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Quel plan de relance pour l'enseignement à l'ère post-covid?

Cinq priorités se dégagent pour assurer la transition entre l’école d’aujourd’hui et l’école de demain.

Nous sommes en l'an I de l'ère post-covid. Malgré la troisième vague, les dirigeants politiques s’activent et esquissent les plans de relance afin de se préparer au monde de demain.

Comme souvent, le secteur de l'enseignement ne sera pas ou peu inclus dans ces plans. Peut-être parce que les manquements de ce dernier ne sont pas visibles de manière aussi spectaculaire que celui de la santé. Une chose est certaine, il n’en reste pas moins indispensable à réformer également.

S’il ne fallait en citer que cinq, quelles seraient les priorités qui permettraient d’assurer la transition entre l’école d’aujourd’hui et l’école de demain?

Soufiane Amzur

1. Une vraie politique du numérique

Enseignants et élèves l’ont compris. Ce n'est pas avoir une politique numérique que de mettre les étudiants derrière un ordinateur et simplement transposer ex-cathedra un cours physique en cours virtuel.

La pandémie aura d’ailleurs mis en exergue le fait que les jeunes souffrent plus de la « fracture numérique » que les professeurs. Savoir utiliser Snapchat, Instagram ou TikTok n'est pas gage de garantie qu'ils pourront utiliser une suite bureautique, vérifier les sources qu’ils trouvent sur internet ou qu’ils aient assimilé les codes silencieux qu’une visio-conférence impose.

Il faut investir sur des moyens humains mais également techniques pour former ces professeurs afin qu’ils forment à leur tour la jeunesse de demain. Cela signifie également utiliser plus massivement les standards ouverts et les logiciels libres comme indiqué dans la déclaration de politique du gouvernement wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et surtout, pour les chercheurs dans le domaine de l'éducation, faire de l'open-data une véritable priorité pour faciliter la recherche et aider le politique à prendre des décisions éclairées.

2. Remettre l'autonomie de l'élève et son émancipation au centre de l’école

Mon professeur de mathématiques avait sa propre vision de l’utilité de l’école, il nous disait "le but ultime de l’école est que l’élève apprenne à apprendre". Cette formule est d’autant plus vraie qu’il est impossible aujourd’hui de présenter aux élèves un instantané des compétences techniques à maitriser dans un monde en constante mouvance.

L’objectif serait de développer l’agilité intellectuelle de l’étudiant, l’apprentissage par projets, le travail en collaboration afin de développer, entre autres, ses compétences de savoir-être et de savoir-faire sans être contraint de suivre un programme étriqué.

Pourtant, force est de constater que l’école n’est bien souvent qu’un espace rigide où on apprend à régurgiter la matière préalablement enseignée dans l’unique but d’avoir une bonne note. Il faut dès lors prévoir des espaces de liberté pédagogique absolues pour les professeurs afin qu’ils puissent proposer des problèmes liés à la vie actuelle qu’il faudra résoudre selon ses propres moyens.

L’objectif serait de développer l’agilité intellectuelle de l’étudiant, l’apprentissage par projets, le travail en collaboration afin de développer, entre autres, ses compétences de savoir-être et de savoir-faire sans être contraint de suivre un programme étriqué.

3. Investir massivement dans la petite enfance

Les études sont unanimes. C'est à ce moment-là que se forme une grosse partie de la personnalité de l'enfant et surtout, c’est là que les inégalités commencent à se construire. Sans intervention, elles continueront à se creuser. En témoignent les résultats PISA qui nous amènent à la conclusion qu’il ne fait pas bon d’être un enfant venant d'un milieu social défavorisé.

Investir massivement dans cette petite enfance c'est réparer l'ascenseur social bloqué au sous-sol et cela avant que cela ne coute trop cher. Il est en effet plus avantageux de régler les inégalités dès qu’elles se créent plutôt que de corriger le tir plus tard.

4. Programme de mentoring pour les professeurs... mais également pour les élèves et leurs parents

L’accompagnement des professeurs en début de carrière est indispensable et est de plus en plus documenté dans la littérature scientifique. Ce qui l’est moins, c’est la nécessité d’accompagner les élèves et leurs parents dans ce périple scolaire qui dure plusieurs années.

En tant que professeur, j’ai parfois été frappé par le manque de connaissances basiques des parents et élèves.

En tant que professeur, j’ai parfois été frappé par le manque de connaissances basiques des parents et élèves: temps et espace de travail dédiés à l’élève pour l’étude, l’importance de l’hygiène de vie, comment motiver son enfant à faire mieux quand il rentre avec une mauvaise note sans basculer dans la réprimande qui n’aura qu’un effet court terme, etc.

Ces simples informations pratiques pourraient lutter contre les inégalités de réussite mais également les inégalités d'orientation qui touchent principalement les classes de la population les plus fragilisées.

5.Dédier un budget "Recherche et développement" pour l'éducation

Le budget R&D de n’importe quelle entreprise du top 20 mondial dépasse de loin le budget total alloué à l’enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il ne nous viendrait pas à l’esprit de dissocier le progrès technologique de la recherche scientifique. Comment dès lors espérer qu’émergent de nouvelles pratiques pédagogiques ou de nouvelles méthodes d’apprentissages sans disposer d’un budget en conséquence? C’est un fait, un enseignement qui n’évolue pas est destiné à mourir. Si nous ne réagissons pas, il entrainera également dans sa chute tout espoir de perspectives futures. Futur qui est d’ores et déjà bien incertain...

Soufiane Amzur
Professeur de mathématiques et d'économie, membre de l'initiative inaugurale 40under40

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