analyse

Refédéraliser les soins de santé, pas pour demain

Un débat vif en Flandre, où une importante coupole d’hôpitaux et établissements de soins est en faveur d’un basculement complet des compétences de santé vers les Régions, tout en conservant un financement au niveau fédéral afin de garantir la solidarité. ©Hollandse Hoogte / Ton Toemen

Certains en Flandre souhaitent au contraire une régionalisation plus poussée, mais sans détruire pour autant le socle de financement fédéral.

Le jour où Flamands et Francophones seront amenés à discuter d’une nouvelle réforme de l’État, la régionalisation des soins de santé sera à coup sûr un sujet majeur. La crise du Covid-19 a montré à quel point l’éclatement des compétences avait porté préjudice à un bonne gestion de la crise. Les neuf ministres de la santé impliqués dans le dossier sont devenus emblématiques de cette lasagne institutionnelle belge.

Pour l’instant, le débat vit surtout en Flandre. Le dernier épisode en date en est le plaidoyer d’Icuro-Zorgnet – une importante coupole d’hôpitaux et établissements de soins en Flandre – en faveur d’un basculement complet des compétences de santé vers les Régions, tout en conservant un financement au niveau fédéral afin de garantir la solidarité. "La formule a fait ses preuves au niveau des allocations familiales. Procédons de la même manière pour les soins de santé", a suggéré Margot Cloet, administrateur-délégué d’Icuro-Zorgnet, dans les colonnes du Tijd jeudi. "Ce faisant, nous n’aurions plus neuf ministres de la Santé, mais trois: un Flamand, un Wallon et un Bruxellois", fait-elle remarquer.

Réforme de l'État

L'appel d'Icuro-Zorgnet a fait réagir les partis du nord du pays. Koen Geens, le vice-Premier ministre CD&V, estime qu’une régionalisation complète est en effet la voie à suivre. "La Belgique fonctionne lorsque les compétences sont clairement définies, comme c’est le cas pour l’enseignement, par exemple." Une meilleure répartition des compétences et une réforme de l’État devraient à ses yeux être discutées lors de la formation d'un nouveau gouvernement. "Si nous le réparons correctement, notre pays peut repartir pour 30 à 40 ans."

"Si nous le réparons correctement, notre pays peut repartir pour 30 à 40 ans."
Koen Geens
Vice-Premier ministre

Refédéraliser les soins de santé, comme le préconisent le sp.a et l’Open Vld, s’apparenterait à "un retour au passé" qui n’est pas souhaitable, selon lui. Pas plus que pour la N-VA ou le Vlaams Belang, d’ailleurs.

Efficacité

Libéraux et socialistes flamands refusent toutefois de se laisser enfermer dans cette image de retour au passé.

À l’Open Vld, on ne considère certes pas une éventuelle refédéralisation comme un tabou. "Cette crise a montré qu’il y a un besoin: celui d’une plus grande coordination centrale pour pouvoir prendre des décisions rapides et uniformes en situation d’urgence. Une plus grande coordination à un niveau supérieur n'exclut pas la mise en œuvre à un niveau inférieur sous la forme d'un travail sur mesure", estiment les libéraux flamands. Pas question donc de déshabiller la Flandre de ses compétences.

Pour le président Egbert Lachaert, il faut d’abord raisonner en termes d’efficacité. "Régionaliser ou fédéraliser pour des raisons symboliques n’apportera rien. Nous devons transformer la maison mais il y a un critère: un État plus efficace."

"Régionaliser ou fédéraliser pour des raisons symboliques n’apportera rien."
Egbert Lachaert
Président de l'Open Vld

Au sp.a, on tourne à peine moins autour du pot. "L’organisation de la solidarité entre les personnes malades et en bonne santé relève dès lors du niveau fédéral, au sein de la sécurité sociale", explique le porte-parole du parti, Niels Pattyn.

Mais de la même façon qu’au Vld, il ajoute que "notre système de soins doit fonctionner de manière efficace". À quel niveau cela doit-il être organisé? Balle au centre: "C’est d’une d’importance secondaire."

"Nous avons vu qu'en période de crise, tout le monde se tourne vers le Fédéral."
Sophie Wilmès
Première ministre

Côté francophone, la Première ministre Sophie Wilmès (MR), interrogée par la VRT, tire parmi les enseignements de la crise le fait que les compétences sont trop fragmentées. "Nous avons vu qu'en période de crise, tout le monde se tourne vers le Fédéral. Cela en dit long sur le fonctionnement de notre pays."

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