Réforme de l'impôt des société: il est minuit moins cinq

©Hollandse Hoogte / Peter Hilz

La pression fiscale élevée pour les entreprises reste le problème numéro un aux yeux des investisseurs étrangers lorsqu’ils envisagent de venir s’installer en Belgique. C’est ce qui ressort du Baromètre de l’attractivité de la Belgique, édition 2017, proposé par les consultants de EY.

Cela fait des mois que le gouvernement tente de se mettre d’accord sur un projet de réforme de l’impôt des sociétés. Avec un taux nominal de 33,99% sur les bénéfices, la Belgique est le pays le plus cher de l’Union européenne, tandis que d’autres pays ne ménagent pas leurs efforts pour proposer des taux d’imposition de plus en plus compétitifs. Ainsi, la Grande Bretagne a ramené son taux à 18% et les Pays-Bas à 20%. "Ce que fait le gouvernement est irresponsable, estime Herwig Joosten, associé chez EY. On parle beaucoup, mais on ne fait rien. Au final, nous risquons de ne plus être pris au sérieux à l’étranger."

Ce sur quoi planche le gouvernement, c’est de réduire le taux nominal et de compenser le manque à gagner pour les finances publiques par la rationalisation des niches fiscales, à commencer par les intérêts notionnels. Ce faisant, on élargirait la base d’imposition, ce qui est une tendance générale, encouragée d’ailleurs par la Commission européenne. Le problème, ce sont ces niches fiscales : lesquelles conserver et lesquelles supprimer ? On devine le lobbying intense qui se développe en coulisses de la part des secteurs concernés…

Un cru moyen

Plus globalement, l’année écoulée a été un cru moyen pour les investissements étrangers en Belgique, d’après le rapport d’EY. En 2016, notre pays a attiré exactement 200 projets d’investissement étrangers, soit une baisse de 5% par rapport à 2015 qui était, il est vrai, une année record (211 projets). Nous occupons ainsi le 8e rang du classement des pays européens les plus attractifs et devons laisser passer, comme c’est le cas depuis plusieurs années, des pays voisins comme l’Allemagne, la France et les Pays-Bas.

En ce qui concerne les créations d’emplois, la Belgique n’est que 18e de la classe européenne. Avec 3.309 nouveaux emplois issus de projets d’investissement étrangers directs, on observe néanmoins une légère progression (+4%) par rapport à l’année dernière. Moins bien toutefois que la progression observée à l’échelle européenne (+19%).

Plus significatif encore est le ratio du nombre d’emplois par projet. En Europe, un investissement génère en moyenne 44 emplois nouveaux, contre 16,5 seulement en Belgique. Cet écart tient aussi à la nature des investissements opérés. Beaucoup de projets en Belgique relèvent de la vente et du marketing, un secteur beaucoup moins riches en emplois que l’industrie manufacturière ou la logistique par exemple.

Bruxelles et la Wallonie se distinguent

Au niveau des régions, la Flandre reste la région la plus attractive du pays, avec 105 projets contre 48 en Wallonie et 47 à Bruxelles. Mais la Flandre a néanmoins régressé par rapport aux 141 projets enregistrés en 2015. Le même constat est valable en termes d’emplois créés : 1.804 postes en Flandre (contre 2.387 en 2015), 845 en Wallonie (733 en 2015) et 660 à Bruxelles (48 seulement en 2015).

Autre contraste notable : là où la Flandre motive surtout des investisseurs qui étaient déjà présents (investissements d’expansion), Bruxelles attire la majorité des nouveaux projets (61% contre 14% pour la Flandre). "Bruxelles a une carte importante à jouer dans les nouveaux secteurs d’activités comme l’e-commerce ou la recherche par exemple, mais elle n’exploite pas encore suffisamment son potentiel urbain", souligne Marie-Laure Moreau, experte chez EY.

Stagnation américaine

Enfin, on observe une stagnation inquiétante des projets d’investissement en provenance des Etats-Unis, alors que les Américains ont toujours été les premiers investisseurs étrangers en Belgique. Ce constat est en grande partie lié à l’absence de progrès dans la réforme de l’impôt des sociétés. "Les Américains ont toujours été très sensibles au taux facial à l’impôt des sociétés, plutôt qu’à tel ou tel incitant fiscal spécifique", note Marie-Laure Moreau. Cette stagnation américaine est heureusement en partie compensée par le dynamisme des investissements français sur notre territoire.

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