interview

Réfugié syrien ou médecin bruxellois?

©Pauline Beugnies

Fadi a fait sa demande d'asile en septembre 2015. Reconnu réfugié trois mois plus tard, il cherche désormais à obtenir le droit de pratiquer à nouveau la médecine. L'Echo l'a suivi pendant un an.

"À l’Office des étrangers, l’une des premières questions, c’est: expliquez par quels pays vous êtes passés. Mon interlocuteur était évidemment très étonné quand je lui ai dit que deux ans plus tôt, j’ai pris l’avion avec un visa étudiant pour arriver directement à Bruxelles. Je n’ai pas connu l’exil comme d’autres réfugiés mais je ne pouvais plus rentrer. Je suis syrien d’origine. Avant de venir en Belgique, je vivais au Liban. Mais le pays a fermé ses frontières aux Syriens quand j’étais en Belgique. Impossible de rentrer chez moi ou même d’aller en Syrie. Quand je suis parti, la situation était déjà conflictuelle mais c’était loin d’être le chaos d’aujourd’hui. J’ai eu de la chance d’avoir été en Belgique à cette période".

Coincé en Belgique, Fadi demande l’asile en septembre 2015. Trois mois plus tard, en décembre, il obtient le statut de réfugié. Les tracasseries administratives commencent. Le plus compliqué: faire reconnaître son titre de médecin. "En Belgique, la procédure d’équivalence des diplômes n’est pas claire. Dans un premier temps, j’ai d’ailleurs pensé l’effectuer en Angleterre. Là-bas, c’est très clair: il faut passer un examen. Malheureusement, le pays a refusé ma candidature. Les Anglais sont moins accueillants que les Belges".

Au Liban, Fadi a appris à parler français. Un atout pour s’y retrouver dans toutes les démarches administratives. Confiant, il se tourne naturellement vers la Fédération Wallonie-Bruxelles pour obtenir son équivalence de diplôme. Mauvais choix. "Ils m’ont fait perdre énormément de temps et d’argent. Tout d’abord, leurs demandes n’étaient jamais claires. Ensuite, il fallait que je fasse traduire tout mon dossier qui était en anglais, en français. Pour l’ensemble de mes démarches administratives, j’ai dépensé près de 1.000 euros en frais de traduction. Sans compter les frais de dossier qui s’élèvent à 120 euros".

Mais rien ne bouge. Il décide de faire sa demande à la Communauté flamande. Habitant Bruxelles, il a le choix puisque l’équivalence des diplômes est une matière qui dépend des communautés. Fadi a déposé sa demande en février 2016 en Flandre. Deux mois plus tard, il obtient une réponse positive. Du côté francophone, deux ans et demi après sa première prise de contact, il attend toujours une réponse claire. "J’aurais dû me tourner vers la Flandre dès le début. Ils sont très efficaces. Ils ont accepté mon dossier en anglais. Et de plus, en Flandre, lorsque vous avez le statut de réfugié, toutes les démarches sont gratuites".

Aujourd’hui, Fadi est donc reconnu en tant que médecin. Sur papier, seulement. "Maintenant que j’ai obtenu mon équivalence, personne ne peut me dire les démarches suivantes pour effectivement pouvoir pratiquer en tant que médecin. Apparemment, il faut demander un visa de diplôme en médecine. Ensuite, s’inscrire à l’Ordre des médecins et puis demander un numéro Inami. Mais ce n’est pas encore clair. Je ne suis pourtant pas le premier médecin étranger qui veut travailler en Belgique. Peut-être suis-je le premier médecin réfugié?". Fadi garde le sourire mais la frustration grandit. "À 33 ans, j’ai passé près de la moitié de ma vie à étudier pour devenir chirurgien-urologue. J’aimerais pouvoir exercer". Pour ne pas perdre la main, il s’entraîne aux sutures sur des bananes.

Mariage sur la Grand-Place

Depuis qu’il a obtenu son statut de réfugié, Fadi a aussi entamé des démarches pour pouvoir se marier en Belgique avec sa fiancée libanaise, Dona. Ils sont ensemble depuis 4 ans. En juin 2016, Dona atterrit à Bruxelles. "On s’est rendu à la commune pour lancer la procédure de mariage. La commune a voulu vérifier que ce n’était pas un mariage blanc. Pendant près de deux heures, on a passé un interrogatoire, séparément. Ils ont posé les mêmes questions à Dona pour recouper nos déclarations".

La commune finit par donner son accord. Le 24 juin 2016, Fadi et Dona se sont dits oui pour la vie à Bruxelles. "Équivalence de diplôme, mariage,… Pendant deux mois, j’ai nagé en plein bonheur. J’étais persuadé que ma vie était en train de changer, qu’on avait un avenir en Belgique".

Mais lorsqu’il entreprend les démarches pour le regroupement familial, l’Office des étrangers lui indique que son épouse aurait dû avoir un visa spécifique pour pouvoir se marier, et non pas un simple visa touristique d’un mois. "À la commune, ils m’ont affirmé que le visa touristique était valable. Une fois de plus, je suis confronté à un problème car il y a deux niveaux de pouvoir, l’un local et l’autre communal, qui ne sont pas d’accord entre eux. C’est toujours comme ça en Belgique".

Fadi estime que l’intégration en Belgique n’est pas difficile: "Les gens sont ouverts ici. Mes contacts dans toutes mes démarches ont toujours été cordiaux. Mais ce sont les démarches administratives elles-mêmes qui compliquent le travail d’intégration. J’ai souvent voulu abandonner. Un de mes amis syriens a d’ailleurs laissé tomber. Il a une formation de pharmacien. Mais c’est tellement compliqué d’obtenir l’équivalence de diplôme qu’il a finalement choisi d’ouvrir un restaurant syrien. C’est dommage de perdre ce type de compétence, autant pour lui-même que pour le pays d’accueil".

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