Relance économique: "Le problème, c'est la diminution des investissements des entreprises"

Etienne de Callataÿ et Geert Noels étaient auditionnés à distance par la commission des Finances de la Chambre. ©Dieter Telemans

Beau débat à la Chambre ce mardi sur le soutien au pouvoir d'achat et la politique de relance à mener. Quatre économistes de renom auditionnés par la commission des Finances.

Le débat fait rage entre défenseurs et détracteurs du soutien direct de l’État à la consommation des ménages. On parle ici des fameux chèques "pouvoir d’achat" dont une version à 300 euros défiscalisés octroyée par les employeurs (sur base volontaire) est en cours de peaufinement au niveau du gouvernement fédéral. Il s’agit d’une décision du superkern. 

La commission des Finances a pour sa part organisé l’audition de quatre économistes réputés autour d’une proposition PS du même acabit: octroyer dix chèques de 20 euros aux revenus imposables ne dépassant pas les 2.000 euros. Des chèques à faire valoir dans l’horeca et la culture en privilégiant l’économie locale. Si l’idée est dépassée par la décision du superkern, elle a permis un débat plus général sur la relance entre les députés et Geert Noels (Econopolis), Gert Peersman (UGent), Herman Matthijs (VUB, UGent) et Étienne de Callataÿ (Orcadia Asset Management)

Ce type de prime n’est pas très populaire auprès desdits économistes. MM. Noels et de Callataÿ se sont notamment rejoints sur un constat de base: le pouvoir d’achat n’a pas globalement reculé en Belgique et les principales victimes de la crise Covid sont à trouver chez les indépendants et parmi les professions libérales. Le député PS Ahmed Laaouej a répliqué que la Banque nationale avait bien signalé une baisse de pouvoir d’achat pour certaines catégories de citoyens. Les deux sont donc exacts.

Tout comme l’idée que dans une économie ouverte telle que la nôtre, ce type de soutien s’évapore au moins partiellement à l’étranger par l’achat de produits d’importation, ce qui diminue d’autant son effet sur l’économie nationale. Difficulté de mise en œuvre, indépendants exclus du dispositif sont encore invoqués pour casser ce type de mesure. 

Des centaines de millions d’euros

Geert Noels est quant à lui parvenu à chiffrer la proposition PS: 640 millions d’euros par an avec un impact limité, par exemple pour l’horeca (7%), secteur parmi les plus durement touchés. M. Noels est sceptique.

Gert Peersman est moins sévère: en cas de crise, ce chèque peut s’avérer salutaire, dit-il. "Compte tenu des taux d’intérêt bas du moment, les mesures temporaires de type "corona" sont possibles sans que cela ne conduise à davantage d’impôts ou d’économies", soutient-il. L’effet sur la dette des mesures temporaires s’atténuant lentement dans le temps, grâce à une inflation supérieure au taux auquel il aura fallu emprunter.

Au niveau des effets retour, l’économiste compare la mesure aux investissements qui peuvent avoir un effet démultiplicateur théorique de quatre sur la création de richesse (un euro investi donne 4 euros de gain). Mais pour une économie ouverte comme celle de la Belgique, cet effet est réduit de moitié. Il est également atténué par les problèmes budgétaires structurels de notre pays. Le chèque peut faire espérer au mieux un effet multiplicateur de 1,5. Peersman le préconise en cas de deuxième vague. 

"Des recherches ont démontré que les investissements publics permettent de réduire la dette plutôt que de l’augmenter."
Gert Peersman
Professeur d'économie à l'UGent

Pour lui, c’est l’investissement public – "le plus efficace en cas de récession" – qui doit faire office de pilier de la relance. Pour autant qu’il ne soit pas financé par des déficits et qu’il améliore la productivité. Celle-ci "augmente naturellement le PIB, donc les recettes fiscales, avec un bon effet sur le ratio de la dette, dit-il. Des recherches ont démontré que les investissements publics permettent de réduire la dette plutôt que de l’augmenter."

"La façon la moins chère de relancer l’économie, c’est d’activer l’épargne constituée par les ménages durant la crise", ajoute-t-il. "Il faut donc une politique de confiance qui passe par des finances saines, sans hausse d’impôts. Le problème n’est pas le pouvoir d’achat mais la diminution des investissements des entreprises. C’est normal en récession mais cela risque de durer longtemps. Ce qui peut entacher notre potentiel de croissance."

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