Rencontre "franche et directe" entre Michel et Poutine

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Malgré les nombreux sujets de discorde, les relations économiques étaient au cœur de la rencontre entre les deux dirigeants.

"La Russie n’a jamais perdu la guerre froide… parce que la guerre froide n’est pas finie", a dit un jour Vladimir Poutine. Aller à la rencontre du Président de Russie, c’est découvrir, à la place d’un dirigeant statufié de l’ex-URSS, un habile communicateur doublé d’un brillant stratège. Chacune de ses paroles doit être sous-pesée, et elles laissent parfois planer un certain mystère.

À quelques semaines de la présidentielle, Poutine n’a pas raté l’occasion de parler avec le Premier ministre Charles Michel sur l’amélioration des relations économiques entre les deux pays, malgré les sanctions décidées par l’Union européenne.

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La rencontre devait avoir lieu au Kremlin mais le maître des lieux a changé d’avis. Sans explication, hormis "la neige et les encombrements". Vladimir Poutine a reçu Charles Michel ce mercredi dans sa résidence de Novo Ogarevo, à une quarantaine de kilomètres de la capitale russe. La délégation belge a été accueillie dans une forteresse retranchée tapie dans une forêt enneigée. Un château s’y dressait autrefois, mais il fut transformé en datcha de luxe réservée aux dignitaires soviétiques.

La rencontre avec le Premier ministre a débuté avec quarante minutes de retard. Les deux dirigeants se sont serré la main, tout sourire, devant une dizaine de caméras. "Nous sommes très ravis de vous accueillir ici, a lâché Vladimir Poutine, détendu. L’an passé c’était le 300e anniversaire de la visite de Pierre Le Grand en Belgique. Cette année, ce sera le 160e anniversaire de nos relations diplomatiques. Cela s’est passé à l’époque de Léopold Ier, un proche de notre empereur. Cela témoigne du fait que nous avons des relations diplomatiques depuis très longtemps."

Dialogue et stratégie

Vladimir Poutine a mis en avant, parmi les dossiers que les deux hommes allaient aborder, les problèmes agroéconomiques. "Je suis persuadé que votre visite servira au bien de l’économie de nos deux pays", a-t-il conclu. Charles Michel a répliqué, le visage rubicond, un peu ému. "Il y a beaucoup de sujets à évoquer ensemble pour favoriser la compréhension de l’un et de l’autre", a-t-il dit, soulignant qu’il est venu "dans un esprit de dialogue".

En priorité, le Premier ministre a cité les questions de terrorisme et de sécurité, la migration et la situation dans le sud de l’Europe. "L’histoire entre la Russie et l’Europe est faite de hauts et de bas", a-t-il poursuivi, avant de conclure avec une grande diplomatie, qu’il est venu aussi pour "discuter d’une stratégie commune pour développer des partenariats y compris dans le secteur économique".

"Nous nous sommes entretenus sans tabou sur les droits de l’homme."
charles michel
premier ministre

L’entretien a duré deux heures et demie et il fut décrit par une source comme "agréable, professionnel, concentré et argumenté". Et "aucun sujet" n’a été esquivé par Poutine. "C’était une rencontre très intéressante, très longue. Nous avons été méthodiques, nous sommes allés dans les détails. Il était très bien préparé au niveau économique, culturel, a confié Charles Michel. Nous nous sommes entretenus sans tabou de la situation en Ukraine mais aussi sur la question des droits de l’homme."

Les deux dirigeants ont aussi abordé la meilleure manière de "s’attaquer aux causes profondes du terrorisme international, particulièrement au Sahel et en Libye". Selon une source, ils "se sont parlé de manière franche et directe en se disant les choses qui allaient et celles qui n’allaient pas sur chaque dossier, comme l’Ukraine et la Crimée".

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La question des sanctions était au cœur des débats. "J’ai l’impression qu’il y avait une ouverture pour aller de l’avant dans le dialogue entre l’Europe et la Russie", dit le Premier ministre. C’était aussi l’occasion pour les deux hommes de faire tomber des malentendus. "J’ai l’impression que l’on se prête des intentions qui ne sont pas ce que l’autre imagine, a confié Michel. J’ai réussi à lui expliquer que le traité d’association avec l’Ukraine n’est pas un instrument offensif contre la Russie mais un outil de partenariat." Vladimir Poutine a expliqué à son interlocuteur qu’il considère que "le changement de pouvoir en Ukraine est un coup d’État", dit une source.

Les trois jours de visite de Charles Michel visaient à relancer le dialogue et la coopération politique entre les deux pays, mis en veilleuse en 2014 après le déclenchement des hostilités avec l’Ukraine et l’invasion de la Crimée par les forces russes. Depuis quelques années, la Russie mène une "guerre hybride" contre l’Occident.

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Incursions répétées d’avions de chasse dans l’espace aérien, propagande dans les médias proches du Kremlin, Russia Today et Sputnik News, accusations d’ingérence dans les élections… Les sujets de discorde ne manquent pas. Mais ils n’étaient pas au menu de la rencontre des deux leaders, du moins pas en priorité.

Le Président russe ambitionne de restaurer le prestige de son pays et son assise géostratégique face aux élargissements successifs de l’UE et de l’Otan jusqu’aux frontières de la sphère d’influence de Moscou.

Agé de 65 ans, il ambitionne de rester au pouvoir jusque 2025. La présidentielle aura lieu le 19 mars prochain et les sondages le donnent régulièrement vainqueur à 40%.

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