carte blanche

Réorganiser les vacances scolaires pour soutenir la relance post-Covid

Le réaménagement du calendrier scolaire: un dossier plusieurs fois ouvert et refermé. Pourtant, de l’avis général il s’agit d’un impératif pédagogique. Cette réforme serait aussi l’occasion d’aider les secteurs aujourd’hui durement touchés par la crise économique.

Voilà des années que les psychopédagogues plaident pour un réaménagement du calendrier scolaire: des vacances d’été interminables et une année scolaire ponctuée de pauses trop courtes ne sont pas du tout adaptées au rythme biologique des enfants. Au fil des ans, des tentatives concrètes ont été lancées pour remédier à cette situation, sans jamais aboutir. Aujourd’hui, la lutte contre la propagation du coronavirus chamboule de toute façon nos habitudes. Si nous saisissions cette opportunité pour écrire l’histoire?

Savez-vous que les vacances d’été en Belgique comptent parmi les plus longues parmi nos pays voisins? Lorsque l’enseignement obligatoire fut introduit à la fin du XIXe siècle, les grandes vacances permettaient aux enfants d’agriculteurs de prêter main-forte aux récoltes. Depuis, de nombreuses études ont démontré que de longues vacances d’été n’étaient la formule idéale ni pour les élèves ni pour leurs parents.

Des vacances d’automne et de carnaval prolongées offriraient davantage de possibilités de voyages, d’excursions et de loisirs tout au long de l’année, bénéficiant directement aux secteurs de l’horeca et du tourisme.

Aggravation du retard scolaire

D’autant plus que la période des vacances entraîne un retard scolaire supplémentaire chez les enfants issus de familles défavorisées. Celles-ci manquent souvent d’argent ou de temps pour des camps d’été, des visites au musée, ou autres activités éducatives. La Belgique ayant l’un des taux d’inégalité scolaire les plus élevés parmi les pays de l’OCDE, cette constatation, à elle seule, devrait attirer l’attention de nos ministres.

Tenter d’adapter les rythmes scolaires, ce n’est pourtant pas une idée neuve. Une commission parlementaire mise sur pied en 1990 avait ainsi déjà interrogé plus de 1.200 familles[1]. La moitié d’entre elles se montraient favorables à un raccourcissement des vacances d’été, assorti d’une prolongation d’une semaine des congés d’automne et de carnaval. Seuls 14% des familles interrogées étaient formellement opposées à la proposition.

En 2018, une nouvelle enquête voit le jour, et plus de dix groupes cibles sont interrogés, représentant le monde de l’école, l’accueil parascolaire, le monde religieux et plusieurs secteurs économiques.[2] La majorité des participants se prononcent à nouveau en faveur d’une adaptation du calendrier scolaire dans l’intérêt de l’enfant, mais une kyrielle de conditions y sont assorties. C’est l’occasion de procéder également à une réforme en profondeur du système éducatif, de repenser l’offre extrascolaire et d’aligner l’ensemble des calendriers culturels, sportifs, et autres. Bref, tant de changements d’un coup, c’est difficile traditionnellement; le dossier est une nouvelle fois classé.

Nombre de secteurs y gagneraient

De manière intéressante, cette même étude met également en évidence un grand nombre d’avantages, notamment pour les secteurs aujourd’hui durement touchés par la crise économique. Des vacances d’automne et de carnaval prolongées offriraient davantage de possibilités de voyages, d’excursions et de loisirs tout au long de l’année, bénéficiant directement aux secteurs de l’horeca et du tourisme. Le secteur socioculturel pourrait lui aussi étoffer son offre en cours d’année, ce qui permettrait également aux parents de concilier plus facilement travail et vie de famille. Enfin, une meilleure répartition des vacances permettrait de réduire le stress et le risque de burn-out qui accablent le personnel enseignant. Que de perspectives pour des secteurs en crise, et ceci, dès la prochaine rentrée scolaire si on le veut bien.

Car plus que jamais le changement est à portée de main. Cette année, le congé d’automne a duré une semaine de plus, et on envisage de prolonger d’une semaine les vacances de carnaval pour endiguer une troisième vague. Beaucoup d’écoles avaient, l’été dernier, d’ores et déjà organisé des activités éducatives de rattrapage. Quelle occasion unique de se pencher dès aujourd’hui sur l’avenir et, sur base d’un plan d’action solide, de raccourcir les prochaines vacances d’été de deux semaines! Ceci permettrait aux enseignants de ne pas devoir effectuer un nombre d’heures plus élevé, mais de les décaler de manière organisée. Informées à temps, les nombreuses associations que compte notre société civile pourraient également prêter main-forte afin d’organiser ce temps.

Nous nous sommes presque habitués à voir nos horaires chamboulés, au gré de la pandémie. Un nouveau calendrier scolaire pourrait réellement changer la donne, en faveur d’un enseignement plus qualitatif et plus inclusif. La crise actuelle est le moment rêvé de faire preuve de détermination et de faire passer le progrès avant les habitudes.

Audrey Hanard
Associate Partner chez Dalberg, cabinet de conseil à finalité sociale
Sophie Buysse
Fondatrice de Debateville, un programme innovant de débat pour adolescents
Toutes deux sont membres du Groupe du Vendredi

[1]MOURAUX, D., Du rythme d’enfer au rythme d’enfant. Résultats de l’enquête auprès des familles sur le projet d’aménagement des rythmes scolaires, Bruxelles, De Boeck, 1992

[2] Fondation Roi Baudouin, Étude de faisabilité visant à explorer les conditions d’acceptabilité du projet de réforme de rythmes scolaires annuels, 2018, commandé par la Ministre Schyns

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