Richard Miller: "Michel II? Je signe à deux mains!"

©Frédéric Pauwels / HUMA

Richard Miller, c’est l’éminence grise du MR. Depuis 1982, il a participé à l’élaboration de tous les programmes électoraux des Réformateurs. Nous avons rendez-vous à la terrasse d’un restaurant du quartier Louise, à deux pas du siège du MR. Richard Miller arrive à pied, décontracté. Et pour cause: il fait beau, les rues de Bruxelles sont beaucoup plus calmes que d’habitude, il règne comme un parfum de vacances. "Cet établissement est le point de chute au MR", confie-t-il.

Il a préparé l’entretien, car il a amené un carnet de notes manuscrites. "Depuis 1974, j’écris tout dans des cahiers, c’est ainsi que j’entretiens une perspective historique sur l’évolution du parti. C’est comme ça aussi que je tiens tout le monde dans le parti", lance-t-il sur le ton de la boutade.

Richard Miller est chargé de définir la ligne idéologique du parti mais aussi de parer aux attaques. Ainsi par exemple, le MR a-t-il vraiment trahi l’électeur francophone en s’associant avec la N-VA en 2014, contrairement à sa promesse de campagne? Richard Miller s’inscrit en faux, et renvoie la balle au PS. 

"Ce sont Magnette et Di Rupo qui, au contraire, n’ont pas respecté l’électeur en décidant, dès le lendemain de l’élection, qu’il fallait absolument un gouvernement de gauche pour la Wallonie. Compte tenu de cette fermeture idéologique, alors que l’électeur avait pourtant voté pour nous, nous n’avions pas d’autre choix que de prendre contact avec la N-VA. C’est un véritable tour de force de la part de Charles Michel et Olivier Chastel que d’avoir monté un tel gouvernement, après que le PS a négocié pendant 540 jours sans le moindre résultat."

©Frédéric Pauwels / HUMA

Aujourd’hui, Richard Miller se dit comblé du résultat. 

"Notre mot d’ordre était la création d’emploi. Nous avons tenu notre engagement puisque nous en sommes à près de 200.000 nouveaux postes créés. Les dépenses de chômage sont en baisse, ce qui est une grande première dans l’histoire récente du pays. Le tax shift représente 8 milliards d’euros de baisses de charges sur le travail, alors que le Centre Jean Gol avait esquissé un scénario de 5 milliards. Et si on considère ce que ce gouvernement a réalisé pour les indépendants en très peu de temps, il aurait fallu des années de discussions avec le PS pour réaliser trois fois moins. En ciblant l’emploi, nous faisons du social."

Reste qu’avec un seul parti francophone associé à trois partis flamands, certains ne manqueront pas d’épingler un problème de légitimité.

"Nous sommes remontés dans le gouvernement wallon, alors qu’il eut été politiquement plus simple de laisser Magnette s’enfoncer."
Richard Miller
MR

"Non, réfute Richard Miller, car ce que nous avons réalisé pour l’emploi et pour les indépendants bénéficie aussi aux Wallons. De plus, nous sommes remontés dans le gouvernement wallon, alors qu’il eut été politiquement plus simple de laisser Magnette s’enfoncer. Nous avions le problème que Magnette avait décidé de faire la guerre au gouvernement fédéral. La surprise créée par Benoît Lutgen a été pour nous l’occasion d’harmoniser les leviers wallon et fédéral. C’est tout bénéfice pour l’activité économique qui, à nos yeux, est la clé pour maintenir la Belgique."

Peut-on imaginer poursuivre l’aventure avec un gouvernement Michel II? 

"Je signe des deux mains. Si le résultat des urnes le permet, il faut y aller", répond Richard Miller sans hésiter. Et quid du communautaire alors? Pourra-t-on une nouvelle fois convaincre la N-VA de laisser au frigo ce qui constitue, à la base, sa raison d’être? "J’espère que tout le monde fera preuve de sagesse. Ce qui compte pour le citoyen à l’heure actuelle, c’est de relancer la dynamique de l’emploi. Le communautaire n’est pas prioritaire, surtout si l’on considère qu’on n’a pas encore implémenté dans son entièreté la sixième réforme de l’Etat."

Droitisation du MR?

Reste qu’à force de fréquenter la N-VA, le MR ne risque-t-il pas de perdre son âme? Richard Miller réfute l’idée d’une droitisation du MR, et pointe ses petits cahiers. "Je dispose d’une perspective historique du parti. Qu’il s’appelle PLP, PRL ou MR, il est resté un parti de centre-droit. Il y a certes des sensibilités qui peuvent varier selon les personnes. Entre Christine Defraigne et Alain Destexhe, il y a une différence, tout comme entre Georges-Louis Bouchez et moi-même d’ailleurs. Mais le paquebot MR lui continue d’avancer et de tenir son cap de centre-droit."

On pourrait se demander si au contact du MR, la N-VA ne se serait pas quelque peu centrisée?
Richard Miller
MR

Même si, par moments, cela a quelque peu chauffé en interne, admet-il. Les visites domiciliaires sont un exemple parlant à cet égard. "J’ai plaidé au sein du bureau du parti pour que le projet de loi soit amendé, afin de tenir compte des motivations humanitaires des personnes qui logent des réfugiés. Se substituer à l’autorité publique représente bien sûr un problème, mais ça part d’un sentiment louable. Il fallait également prévoir une garantie supplémentaire avec l’intervention d’un juge d’instruction. Cet épisode a montré la capacité du MR de mener un débat en interne, et la capacité du Premier ministre d’imposer au gouvernement de mettre un dossier en attente. C’est aussi un bel exemple qui montre que ce n’est pas la N-VA qui a le dernier mot sur tout."

Le vieux sage du MR ose même ceci: "On pourrait retourner la question et se demander si au contact du MR, la N-VA ne se serait pas quelque peu centrisée?"

Quoi qu’il en soit, la situation sécuritaire ayant radicalement changé, le gouvernement n’avait que faire de se demander s’il pratiquait une politique de droite ou de centre-droit. 

"Dans la vie d’un gouvernement, il n’y a pas que l’accord de gouvernement qui compte. Il y a aussi la réalité des événements. Au lendemain des attentats, nous avons pris des dispositions, comme l’extension de la garde à vue, non pas parce qu’il fallait pratiquer une politique de droite, mais parce que c’était nécessaire pour assurer la sécurité des citoyens. De même, nous avons procédé jusque fin 2017 à 1.622 expulsions de condamnés en séjour illégal, contre seulement 378 sous le gouvernement Di Rupo. S’agit-il d’une politique de droite? Non, c’est tout simplement nécessaire pour notre sécurité."

©Frédéric Pauwels / HUMA

Cette fermeté n’enlève rien, selon lui, au côté "humain" de la politique migratoire du gouvernement. "C’est un peu facile de caricaturer la situation en parlant des bons contre les fachos. Ce n’est tout simplement pas vrai. Depuis 2015, le gouvernement a accordé 35.000 statuts de réfugiés. Il a également accordé 3.216 visas humanitaires, contre 959 seulement sous Di Rupo."

Notre interlocuteur se retrouve-t-il pour autant dans le style Francken? (A noter que l’interview a été réalisée avant l’enfermement de la première famille au centre fermé 127bis de Steenokkerzeel, NDLR.) "Theo Francken respecte en tous points l’accord de gouvernement. Il gère un département difficile dans un contexte international marqué par une crise migratoire sans précédent. Le gouvernement a décidé de ne pas laisser l’immigration illégale se développer et de prévenir l’apparition de campements de type Calais. Je n’ai jamais entendu l’opposition suggérer la moindre ébauche de solution sur ce point. Pour le reste, Theo Francken suscite, il est vrai, régulièrement la polémique par des propos qu’Olivier Chastel, au nom du parti, a dit ne pas partager."

Interdire le parti Islam

Le MR compte-t-il, comme Francken, surfer sur la peur suscitée par l’islam? 

"J’ai toujours été attentif à opérer la distinction entre la population de confession musulmane et ceux qui enseignent, distillent et imposent un islamisme incompatible avec nos valeurs démocratiques européennes. La commission attentats a montré le travail de sape mené contre les valeurs européennes par des courants financés par l’Arabie saoudite à travers le centre culturel de la Grande Mosquée de Bruxelles. Je regrette qu’il ait fallu attendre 2014 pour que des cours de citoyenneté, que j’avais pourtant suggéré dès 2004, soient introduits dans nos écoles."

Il pointe au passage la myopie du PS sur cette question. "Laurette Onkelinx a toujours affirmé qu’il n’y avait pas problème avec la Grande Mosquée. Ce n’est qu’une fois que la Sûreté s’en est inquiétée qu’il y a eu une prise de conscience de cette haine qui se propage et qui s’appuie sur une vision de l’islam qui enferme les musulmans eux-mêmes."

"Le jeune qui se rend dans une librairie musulmane à Bruxelles ne trouvera que des livres d’inspiration wahhabite. C’est un réel problème."
Richard Miller
MR


Le constat posé, quelles solutions faut-il envisager? Miller suggère de miser sur un "contre-discours musulman""Le jeune qui se rend dans une librairie musulmane à Bruxelles ne trouvera que des livres d’inspiration wahhabite. C’est un réel problème. A cela s’ajoute le problème de la radicalisation dans les prisons où le travail effectué est insuffisant."

Enfin, Richard Miller voudrait purement et simplement interdire le parti "Islam" qui entend se présenter dans plusieurs communes bruxelloises. "J’avoue que ce n’est pas facile pour un libéral mais je demande une réflexion sur la façon de mieux encadrer la création d’un parti politique. C’est quand-même incroyable qu’un parti puisse se présenter avec la volonté d’en finir avec notre justice pour la remplacer par la sharia."

Ce parti Islam, ne s’agit-il pas d’une bande d’illuminés? "Non. répond Richard Miller. Dans les grandes villes, le parti Islam risque de réaliser un score qui pourrait amener certains partis démocratiques complaisants à conclure des accords avec eux au soir des élections, lorsque la tentation est là. Imaginez les problèmes que cela ne manquerait pas de provoquer dans les écoles, les piscines publiques, etc."

Modifier la Constitution

Faudrait-il dès lors évoluer vers une laïcité à la française qui accorde beaucoup moins de latitude aux religions? Miller appelle à la prudence. "La laïcité ne résout pas tous les problèmes, comme on peut le voir dans les banlieues françaises. Il faut trouver un équilibre entre la séparation de l’Eglise et de l’Etat d’une part, et la préoccupation d’intégration d’autre part. Il faut éviter d’abandonner les personnes."

C’est pourquoi il compte déposer dès la rentrée de septembre deux propositions de modification de la Constitution. "Premièrement, nous voulons introduire le principe de la neutralité de l’Etat et de l’impartialité de son action. Deuxièmement, nous voulons introduire la notion d’abus de droit, qui signifie par exemple que personne ne peut invoquer la liberté d’expression pour porter atteinte aux droits et aux libertés des autres. Je porterai ce débat pour le MR à la rentrée."

Il est l’heure de prendre congé de notre hôte. Bientôt démarrera la campagne, il faudra peaufiner le programme électoral et mobiliser les troupes. Mais avant cela, Richard Miller a une échéance autrement plus importante: dans une semaine, il sera, à 63 ans, grand-père pour la troisième fois!

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