chronique

Roberto Martinez plutôt qu’Elio Di Rupo

Entrepreneur et auteur

Avec son plan Get Up Wallonia, le ministre-président wallon semble se fier davantage aux "coups de génie" d'une star internationale de la consultance qu'aux vertus d'une démarche collective. Il devrait s'inspirer de la démarche de l'entraîneur des Diables rouges.

"Talent wins games. Teamwork and intelligence win championships" ("Le talent permet de gagner des matchs, le travail d'équipe et l'intelligence vous font remporter des championnats"). 

Alexander De Croo, lors de son intronisation au 16 rue de la Loi, cette semaine, s’est fendu d’une citation attribuée à Michael Jordan, le meneur de jeu de l’équipe de basketball américaine Chicago Bulls, dans les années 1990, objet du documentaire "The Last Dance", mis en ligne récemment sur Netflix. 

Le gouvernement wallon mise sur son "Michael Jordan", le consultant international PwC, dont il espère qu’il lui serve tout cuit un plan d’action à succès.

Dans la seconde moitié des années 1980, Michael Jordan s'affichait déjà comme un dieu vivant sur les parquets de la NBA. Pourtant, l’équipe de Chicago échouait chaque année au pied du podium du championnat américain de basket, le trophée ultime lui échappant chaque fois. 

Virevoltant, marquant souvent plus de la moitié des points pour son équipe, Michael Jordan ne parvenait pas à hisser seul les Bulls au sommet de la NBA. 

Place au jeu collectif

Les choses commencèrent à changer avec l’arrivée d’un nouvel entraîneur, Phil Jackson, à la tête de la franchise américaine. Phil Jackson imposa un nouveau style de jeu. Il parvint à rallier Michael Jordan à l’esprit et au nouveau schéma tactique d’un modèle basé sur l’offensive dite en triangle. En résumé, au lieu de tout miser notamment sur ses légendaires paniers en suspension, Michael Jordan accepta de jouer plus collectif. L’entraîneur des Bulls avait compris que l’une des raisons de l’échec des Bulls à s’imposer en championnat découlait paradoxalement du talent surnaturel de son joueur phare. Pour les équipes adverses, il suffisait de concentrer suffisamment les efforts de défense sur «MJ» pour contrecarrer la force de frappe ultime des Bulls. Sans réduire ses capacités de percée dans le terrain adverse, Michael Jordan se mit à multiplier plus fréquemment les passes décisives vers ses coéquipiers positionnés tactiquement, en triangle, au bord de la raquette, lesquels se chargeaient de terminer les actions.

La suite appartient à l’Histoire. 

Les Chicago Bulls remportèrent six championnats de NBA au cours des sept années qui suivirent. Exploit inégalé depuis.

Le jeu collectif avait surpassé le surnaturel des stars.

Quel rapport avec Roberto Martinez et Elio Di Rupo? Tout, en fait.

Avant l’arrivée de Roberto Martinez à la tête de l’équipe nationale belge de football, Marc Wilmots, son prédécesseur, consacrait peu de temps aux préparations tactiques. L’entraîneur jodoignois préférait s’appuyer sur le charisme de ses tauliers. Il misait sur la liberté et les éclairs de génie des individualités du noyau. 

Dans le passé, ce type d’approche s’est déjà avéré suffisant

Au milieu des années 2000, le sélectionneur de l’équipe de France, Raymond Domenech, avait laissé la clé des Bleus à son meneur de jeu, Zinédine Zidane. Résultat: une finale de Coupe du Monde de football, en 2006. Mais quatre ans plus tard, cette conduite des affaires a mené l’équipe de France à terminer prématurément son tournoi mondial dans le tristement célèbre bus de Knysna, en Afrique du Sud…

En Belgique, les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes. Jusqu’à son départ, le modèle Wilmots a buté sur le plafond des quarts de finale des grandes compétitions internationales.

Son successeur Roberto Martinez a tout modifié en important une philosophie de jeu inspirée des influences dites du "football total", popularisé par le meilleur joueur néerlandais de tous les temps, Johan Cruyff. 

Dans le "football total", l’un des principes veut que le joueur qui mène une action individuelle soit couvert immédiatement à son poste par l’un de ses co-équipiers. On y mélange la vision du jeu partagée, la capacité d’initiative individuelle et la solidarité collective…  

On connaît la suite.  Les Diables rouges trônent aujourd’hui en tête du classement mondial FIFA, après avoir ramené une troisième place en Coupe du Monde, en 2018. 

Rien n’arrive par hasard.

Di Rupo, Marc Wilmots, même impasse

Au vu de la conduite des affaires en Wallonie, Elio Di Rupo, le ministre-président wallon, s’insère davantage dans le sillon creusé par un Raymond Domenech ou un Marc Wilmots que dans celui d’un Phil Jackson ou d’un Roberto Martinez. 

Get Up Wallonia ne sait pas encore véritablement où il va, ni comment l’équipe pourra jouer collectif sur base d’un schéma cohérent et performant, permettant d’enfin espérer des résultats.

La semaine dernière, le locataire de l’Élysette a dévoilé quelques bribes du calendrier qui attend l’élaboration du plan Get Up Wallonia, censé remettre l’économie wallonne en selle après douze années de plan Marshall… 

Le gouvernement wallon mise sur son Michael Jordan, en l’occurrence, ici, un consultant international, la société PwC, dont il espère qu’il lui serve tout cuit un plan d’action à succès

Il ne faudra pas être trop pressé. Les détails du plan ne seront pas connus avant le mois d’avril 2021. 

Le ministre-président wallon compte aussi, visiblement, sur les éclairs de génie des autres acteurs du terrain wallon. Le plan, divisé en trois piliers, s’appuiera sur les contributions de trois "tasks force", dont la plus large comptera pas moins de… 47 contributeurs, comptant tout ce que la Wallonie compte de "voix autorisées"

On devine que les efforts de synthèse à mener pour donner une cohérence à l’ensemble seront considérables, d’ici le printemps prochain. 

Get Up Wallonia ne sait pas encore véritablement où il va, ni comment l’équipe pourra jouer collectif sur base d’un schéma cohérent et performant, permettant d’enfin espérer des résultats. 

On croise néanmoins les doigts pour que l’histoire ne se termine pas dans un bus…

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