Rouler au superéthanol en Belgique? Pas pour tout de suite

©Photo News

Le superéthanol E85 sera peut-être bientôt disponible dans les stations-service. C'est en tout cas le souhait de Marie Christine Marghem (MR) qui a lancé une procédure d'autorisation par arrêté royal. Mais ce n'est qu'un début...

Si la ministre fédérale de l'Energie et de l'Environnement Marie Christine Marghem (MR) veut autoriser la vente de superéthanol, celui-ci n'est peut-être pas près de remplacer votre essence traditionnelle. "Tout sera une question de volonté politique", analyse Olivier Neirynck, directeur technique de la Brafco, la Fédération belge des négociants en combustibles et carburants.

Selon lui, "le succès de la E85 dépendra d'Alexander De Croo." Et ce, parce que le ministre des Finances Open Vld sera seul pour décider du taux d'accise qui sera appliqué. Et rien ne permet de dire à l'heure actuelle qu'Alexander De Croo prendra exemple sur l'Allemagne, qui a totalement exonéré du droit d'accise les biocarburants... Et en est devenue le deuxième plus gros consommateur, derrière la France. 

Et on ne peut pas dire qu'en ce qui concerne les biocarburants, la Belgique incite à la consommation. "Si M. De Croo applique la même politique que Johan Van Overtveldt lors de la mise sur le marché du XTL-HVO (un diesel synthétique fabriqué via l'hydrogénation d'huile végétale), il n'y aura pas de clients pour la E85", prévient M. Neirynck. Et pour cause: l'ex-ministre des Finances CD&V lui avait appliqué un taux d'accise plein de 600€/m³. Résultat, le XTL est désormais vendu à 2€/L. "Le calcul est vite fait avec un diesel à 1,40€/L", ajoute le directeur technique de la Brafco. 

Aménagement nécessaire

La E85, qui est comme son nom l'indique composée d'environ 85% de bioéthanol, demande l'acquisition et l'installation d'un boîtier régulateur. Celui-ci permet de contrôler le débit du taux d'octane présent dans le carburant pour réguler le rendement du moteur. Un investissement absolument nécessaire pour permettre à votre véhicule de rouler au superéthanol. En France, si le boîtier coûte entre 700 et 1.300€, des incitants fiscaux ont été mis en place pour en faciliter l'acquisition. Mais selon Olivier Neirynck, "rien n'est encore discuté, encore moins envisagé à l'heure actuelle en Belgique."

Volonté politique

La solution pour M. Neirynck serait que le ministre des Finances applique le même taux 0% qui a été appliqué pour le CNG (gaz naturel). "Soit les accises seront élevées et on se retrouvera avec la même situation qu'avec le HVO, soit le gouvernement applique une logique environnementale et pratique des incitants fiscaux. Atténuer le 'frein accisier', c'est une question de volonté politique qui permettrait en plus de diversifier l'offre en carburants et ne pas tout miser sur l'électrique", estime-t-il.

Atténuer le "frein accisier" sera une question de volonté politique.
Olivier Neirynck
Directeur technique de la Brafco

Logique environnementale, mais pour quel gain environnemental? "Bien sûr, si on produit des biocarburants de première génération, c'est à dire à l'aide de betteraves, de maïs, d'huile végétale, on monopolise des cultures pour la fabrication du carburant", expose Olivier Neirynck. À ses yeux, le futur est à chercher ailleurs. "Si on produit du carburant de la même manière, mais avec des déchets, là l'impact environnemental est nul! On parle alors là des biocarburants de deuxième génération", indique le directeur technique. "Si le gouvernement se pose des questions, il n'y a qu'à regarder les investissements du secteur pétrolier en ce sens. Total, Eni etc y croient plus que de raison."

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect