Sacrifier le plan de relance pour un allongement de l'IVG?

Le président de la N-VA Bart De Wever fait du dossier de la dépénalisation de l'IVG une question communautaire. ©EPA

Les tentatives pour former un gouvernement Arizona trébuchent sur le dossier de l'IVG. Est-ce une bombe à retardement? Qui doit lâcher du lest? Caroline Sägesser (Crisp) rappelle les enjeux de ce dossier.

Cela fait des mois que l'on parle de cette proposition de loi qui doit dépénaliser l'avortement et en assouplir les conditions. Concrètement, le texte étend le droit à l'IVG jusqu'à 18 semaines de grossesse (au lieu de 12 actuellement) avec un délai de réflexion réduit de six à deux jours.

"Ce dossier n'a plus rien à voir avec le fond du problème lui-même. IL se retrouve communautarisé."
Carline Sägesser
Chercheuse au Crisp

La proposition est soutenue par une large majorité de socialistes, de libéraux, d'écologistes, ainsi que par le PTB et DéFI. Par contre, le CD&V, la N-VA et le Vlaams Belang s'y opposent. Et ce débat éthique est en passe de faire capoter la tentative actuelle de former un gouvernement Arizona menée par les trois présidents de partis, Georges-Louis Bouchez (MR), Egbert Lachaert (Open Vld) et Joachim Coens (CD&V).

Bart De Wever a durement prévenu ce weekend: "Je peux vous dire que si des partis donnent le feu vert à une loi que je trouve scandaleuse, ce sera compliqué de faire comme si de rien n'était avec eux le lendemain." Pour le président de la N-VA, "si ces partis pensent qu'ils peuvent sur cette base former un gouvernement avec les socialistes, les communistes et les verts, ils n'ont qu'à le faire. Ce sera un gouvernement nul en Flandre, avec zéro soutien."

Le CD&V, lui, veut inscrire le dossier de l'avortement à l'agenda de la formation d'un gouvernement fédéral. Alors que l'urgence d'un gouvernement de plein exercice est plus criante que jamais, avec la crise engendrée par l'épidémie de Covid, ce dossier mérite-t-il le terme de bombe à retardement dont on l'affuble?

"Les francophones, qui sont les plus désireux de former un gouvernement, se retrouvent donc devant un choix difficile."
Caroline Sägesser
Chercheuse au Crisp

"Ce dossier n'a plus rien à voir avec le fond du problème lui-même, constate Caroline Sägesser, chercheuse au Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politique). Il se retrouve communautarisé, alors qu'il est généralement marqué par la fracture philosophique entre les socio-chrétiens et les laïques. Mais le fait que la N-VA, et Bart De Wever en particulier, en fassent un problème communautaire rend la solution encore plus compliquée. Les francophones, qui sont les plus désireux de former un gouvernement, se retrouvent donc devant un choix difficile. Toutes ces déclarations liées au respect du principe démocratique compliquent encore la donne."

Ce lundi, les choses ont sensiblement bougé. Réunis en bureau de parti, les ténors du PS ont évalué la situation. Plusieurs d'entre eux ont estimé que le premier parti francophone devait entrer dans les négociations, y compris pour discuter avec la N-VA de la formation d'un gouvernement fédéral.
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Quelle porte de sortie est envisageable?

18
semaines
Selon la proposition de loi actuelle, le droit à l'IVG serait étendu jusqu'à 18 semaines de grossesse, contre 12 actuellement.

Il faudrait un nouveau texte. Ou de nouveaux amendements. Les partis pourraient négocier en acceptant la sortie du code pénal mais en adaptant le délai. Ces 18 semaines posent problème au CD&V. La plupart des pays voisins, hormis les Pays-Bas, en restent à environ douze semaines. On pourrait garder le délai actuel ou l'allonger sans aller jusqu'à 18 semaines. Cela fera vraisemblablement partie d'une négociation globale.

Donc, selon vous, ce ne sera pas une bombe à retardement?

Je crois au compromis. Avec le petit regain de l'épidémie, la majorité de la population n'est pas prête à accepter que la formation d'un gouvernement capote sur ce dossier! Heureusement, les vacances arrivent pour calmer le jeu... et mettre autre chose à l'agenda ensuite.

"Les partis savent que l'allongement de l'IVG ne mobilise pas la population!"
Caroline Sägesser
Chercheuse au Crisp

Et les partis en sont bien conscients?

Les partis savent que l'allongement de l'IVG ne mobilise pas la population! D'accord, il s'agit d'un dossier qui garde une importance symbolique. Mais regardez qui se mobilise cette fois-ci? Ceux qui crient au scandale parlent de la "confiscation du processus démocratique". Mais de l'autre côté, parmi les religieux notamment, on n'entend guère de voix. Comme si les plus motivés avaient changé de camp. Les partis sont bien conscients que la population ne veut pas sacrifier un plan de relance pour un allongement de l'IVG.

Pour la N-VA, le dossier de l'avortement est-il devenu une question plus politique qu'éthique?

"Les partis sont bien conscients que la population ne veut pas sacrifier un plan de relance pour un allongement de l'IVG."
Caroline Sägesser
Chercheuse au Crisp

Un peu des deux. Je ne suis vraiment pas sûre qu'au sein de la N-VA tout le monde ait le même regard sur l'aspect éthique. Mais il y a une troisième voie: les nationalistes flamands ont la volonté de revenir dans le débat, de contrôler le jeu. Il y avait un espace à investir, la N-VA en a profité pour faire braquer les projecteurs sur elle, faire parler d'elle sur une question qui occupe aussi son grand rival, le Vlaams Belang.

Finalement, la N-VA veut-elle monter au Fédéral?

C'est la question à 1.000 euros! Moi, je crois que oui. Depuis son départ du gouvernement, en décembre 2018, son rôle ne lui a pas été bénéfique dans les sondages. La population attend un gouvernement avec impatience, la N-VA doit savoir que c'est important pour elle d'y aller.

Quid des tensions au sein du gouvernement flamand?

Ils sont condamnés à s'entendre, même si c'est inconfortable pour l'Open Vld et son président. Il n'y a pas de majorité alternative qui pourrait se former en englobant cette position par rapport à l'IVG.

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