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Schaerbeek ou le chemin de croix du Parti socialiste

Laurette Onkelinx ©Photo News

Par deux fois, la grande dame du PS, Laurette Onkelinx, s’est cassé les dents en voulant prendre cette commune bruxelloise. Retour à la Cité des Ânes.

C’est un dimanche d’octobre 2006, le 8, exactement. La bataille fait rage à Schaerbeek et la commune est devenue le centre d’attention de toute la Belgique depuis que la socialiste Laurette Onkelinx a jeté son dévolu sur le 1030 avec l’intention d’en devenir la patronne. Déloger le bourgmestre en titre, Bernard Clerfayt (FDF), pas facile. L’homme est populaire. Mais les socialistes sont partout – jusque chez les loups gris turcs dont un des membres se retrouve sur leur liste. De son côté, Clerfayt travaille au corps ses collègues Ecolo. Il sait qu’il existe un accord préélectoral des trois partis PS, cdH, Ecolo pour former une coalition Olivier. Laurette Onkelinx, Joëlle Milquet et Isabelle Durant l’ont signé un an plus tôt, à l’automne 2005. Clerfayt n’en a pas la preuve mais il le sent. Ainsi caresse-t-il Ecolo dans le sens du poil. Tous les budgets communaux sont donnés pour les parcs et les pistes cyclables. "Cela nous faisait mal au ventre, mais Ecolo est un parti comme un autre: il s’achète aussi, si on y met le prix", raconte-t-on dans l’entourage du bourgmestre.

Le jour de l’élection arrive et, effectivement, le PS fait un tabac – doublant son score dans la commune bruxelloise. La liste de Clerfayt, où FDF et MR sont associés, rafle 22 sièges tandis que les socialistes en ont 13. Le cdH décroche cinq sièges et Ecolo 6. La coalition Olivier (PS, cdH, Ecolo) peut donc installer une nouvelle majorité à Schaerbeek. Mais rien n’est joué: la majorité est courte, Clerfayt a cajolé Ecolo. Et… l’écolo ne sait pas voir Laurette Onkelinx en peinture – la mauvaise expérience du gouvernement arc-en-ciel a laissé des traces.

Trop juste, trop court

Isabelle Durant ne le sent pas, cet Olivier. "J’avais fait mettre dans l’accord: ‘si les résultats le permettent, il y aura un Olivier’. L’Olivier était trop juste, trop court", se souvient-elle aujourd’hui. Milieu d’après-midi, "j’ai appelé Onkelinx et je lui ai directement dit que ça n’irait pas. Elle me demande d’attendre, de ne pas me précipiter, quelques bureaux doivent encore être dépouillés".

"J’ai appelé Onkelinx et je lui ai dit directement que ça n’irait pas. Elle me demande d’attendre, de ne pas me précipiter, quelques bureaux doivent encore être dépouillés."
Isabelle Durant
Ecolo

Rien n’est joué, donc. Et Bernard Clerfayt reçoit lui-même un appel de Laurette Onkelinx sur son téléphone portable. "Voilà, nous avons gagné les élections, lui dit-elle. Il serait utile qu’on puisse se voir." L’appel est bref, le rendez-vous est fixé à la maison communale de Schaerbeek vers 18 heures. Clerfayt se doute que si Onkelinx se donne la peine de l’appeler c’est que la coalition Olivier ne tient qu’à un fil… et que tout le monde négocie dans le dos de tout le monde. "Elle parlait d’un ton mielleux", se souvient-on au FDF. "Faux, elle était simplement courtoise", dit-on côté socialiste.

Une première réunion entre Clerfayt et Ecolo a lieu en début de soirée. Isabelle Durant est hésitante, elle sait que le geste qu’elle s’apprête à poser risque d’avoir des conséquences graves. On ne revient pas sur un accord avec le Parti socialiste. "Je recevais des pressions de toutes parts pour coller à l’Olivier, sauf de Jean-Michel Javaux. Lui m’a dit de faire ce qui était le mieux pour ma commune", souffle Durant.

Mais si Clerfayt est parti à la pêche aux écolos, il tente aussi sa chance avec le cdH. Les centristes, toutefois, ne sont pas très chauds. Denis Grimberghs est peu réceptif aux avances du bourgmestre pour intégrer la majorité. Joëlle Milquet est alors toute puissante à la présidence du parti et elle craint que ce retournement d’alliance impacte des accords dans d’autres communes.

Entre une réunion avec Ecolo et une autre avec le cdH, toujours à la maison communale de Schaerbeek, Clerfayt reçoit un SMS de la porte-parole de Laurette Onkelinx sur son téléphone portable – annonçant que le rendez-vous avec la patronne du PS est reporté à 20 heures.

Est-ce ce report de deux heures qui coûtera l’éviction des socialistes de la majorité? Clerfayt va en tout cas redoubler d’ardeur pour retourner Ecolo. Il leur propose de nombreux postes au sein du collège communal, au CPAS, etc. "J’avoue qu’on a été bien payé", confesse Durant.

Les partisans de Clerfayt sont massés devant la maison communale de Schaerbeek, il est un peu plus de 19 heures. Et voilà l’heure des journaux télévisés. "À Schaerbeek, Laurette Onkelinx a presque triplé le nombre de sièges", s’enflamme Di Rupo dans le JT en direct depuis le boulevard de l’Empereur. Laurette Onkelinx embraye: "Nous nous étions effectivement engagés à y aller ensemble avec le PS, le cdH et Ecolo. J’espère être la future bourgmestre de Schaerbeek", dit-elle avec le sourire. À Schaerbeek, c’est le coup de massue chez les partisans du bourgmestre.

La rustine verte

D’autant que va se produire une scène de (quasi-) anthologie de la politique belge. Laurette Onkelinx arrive à la maison communale de Schaerbeek pour son rendez-vous avec Clerfayt. Elle se dirige vers le bureau du bourgmestre – là où elle pense avoir rendez-vous, alors qu’en fait elle doit se rendre… dans le bureau de l’échevin socialiste. Les militants de Clerfayt la voyant arriver dans le bureau du bourgmestre pensent qu’elle vient effectivement prendre possession du bureau. Ils téléphonent à Clerfayt… qui est enfermé avec Ecolo. Durant et Clerfayt battent le rappel: personne ne sort de cette pièce tant que toutes les signatures ne sont pas posées. Clerfayt décroche son téléphone et appelle Laurette Onkelinx: "Voilà, lui dit-il, nous avons signé pour une majorité avec Ecolo. Je vous passe Isabelle Durant, elle est à côté de moi." Sur le téléphone de Clerfayt, Durant dit: "Voilà, je t’avais dit que ce serait trop court".

La suite? Clerfayt téléphone au secrétaire communal, rentré chez lui car pronostiquant d’interminables négociations: "C’est fait. Nous avons une majorité". Durant, de son côté, file vers la RTBF… où elle rejoint Elio Di Rupo et Joëlle Milquet en plateau, tandis que Didier Reynders est en duplex depuis Liège. Tous les trois apprennent en direct l’éviction du PS de la majorité. Grand moment e télévision en direct: "Nous venons de l’apprendre", sourit la journaliste Véronique Barbier à l’antenne.

"Vous venez mettre une rustine verte sur un grand paquet bleu, c’est dommage, ces changements de comportement", fulmine Di Rupo. Milquet prolonge: "Le pouvoir pour le pouvoir, je ne pensais pas que c’était la devise d’Ecolo". Rideau.

Caramba, encore raté

Jusqu’au prochain acte de la pièce – moins spectaculaire, certes —, les communales de 2012. Mais un événement inattendu va néanmoins se dérouler durant la représentation: la scission du MR et du FDF. Les libéraux de Georges Verzin se font la malle et quittent la liste du bourgmestre Clerfayt. Laurette Onkelinx espère, cette fois, pouvoir profiter de cet affaissement – malgré le fait que Clerfayt a récupéré quelques libéraux sur sa propre liste. Mais, caramba, encore raté. Car voilà le cdH Denis Grimberghs qui embarque dans la majorité, avec ses quatre sièges, et vient pallier la défection des quatre libéraux ayant quitté le navire. Le PS de Laurette Onkelinx, lui, fait une opération neutre dans l’affaire et campe à 13 sièges. Toujours dans l’opposition…

[Suivez Martin Buxant sur Twitter en cliquant ici]

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