Six fois plus d'inactifs que de chômeurs en Belgique

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Malgré la baisse du chômage, le nombre d’inactifs ne baisse pas. C'est la "face immergée de l'iceberg", selon le professeur Stijn Baert.

Si le chômage en Belgique a baissé au cours des dernières années, ce n’est pas le cas des inactifs. Non seulement le nombre d’inactifs est resté constant, mais ceux-ci sont en outre six fois plus nombreux que les chômeurs.

69,7%
taux d'emploi belge en 2018
En 2018, le taux d’emploi des 20-64 ans en Belgique était de 69,7%, contre 79,2% aux Pays-Bas, 79,9% en Allemagne et 71,2% en France.

Ce sont les malades de longue durée, les prépensionnés, les personnes au foyer, etc. "C’est la face immergée de l’iceberg", affirme Stijn Baert, professeur d’économie à Gand et à Anvers (UGent et UAntwerpen). Il présente ce mardi à Bozar, à Bruxelles, un rapport dans le cadre d’une après-midi d’étude sur le marché du travail organisée par le think-tank Itinera Institute.

En 2018, le taux d’emploi des 20-64 ans en Belgique était de 69,7%. C’est bien moins que la moyenne européenne (73,1%). C’est surtout beaucoup moins que nos voisins directs que sont les Pays-Bas (79,2%), l’Allemagne (79,9%) et, dans une moindre mesure, la France (71,2%). Autrement dit, dans notre pays, des travailleurs moins nombreux doivent prendre soin de davantage de personnes inoccupées.

Les sans emploi sont soit chômeurs, soit inactifs. La différence est que les chômeurs cherchent un emploi tandis que les inactifs ne proposent pas leur travail.

26% d'inactifs

Le chômage belge (4,3% selon Eurostat) se situe en dessous de la moyenne européenne. Par contre, l’inactivité est nettement supérieure. Nous sommes à 26,0% d’inactifs parmi les personnes de 20 à 64 ans. Soit six fois plus que la proportion de chômeurs. La moyenne de l’UE-28 n’est que de 21,7%. En Allemagne (17,4%) et aux Pays-Bas (18%), le nombre d’inactifs est encore inférieur.

Plus inquiétant, depuis 2014 et l’entrée en fonction du gouvernement Michel, on était à 26,7% d’inactifs. C’est donc le statu quo qui prévaut depuis lors.

Les différences d’inactivité entre les Régions sont importantes: 22,9% en Flandre, 29,3% à Bruxelles et 30,5% en Wallonie.

26,0%
d'inactifs
26,0% sont inactifs parmi les personnes de 20 à 64 ans qui ne travaillent pas et ne recherchent pas d’emploi en Belgique en 2018. La proportion est de 18% aux Pays-Bas et de 17,4% en Allemagne.

Quels remèdes?

Comment remédier à cette situation? Stijn Baert avance plusieurs solutions. Les unes concernent les chômeurs, les autres les inactifs.

1. Activer les chômeurs. D’abord, il faut éviter que les gens ne restent trop longtemps au chômage. Non seulement, ils risquent d’être démotivés, mais ils seront, en outre, mal perçus par les employeurs potentiels. Stijn Baert a étudié la question. "Les personnes ayant un an de chômage reçoivent 29% d’invitations en moins à un entretien d’embauche qu’une personne fraîchement diplômée", observe-t-il. "Les chômeurs de longue durée sont perçus comme moins intelligents, moins aptes socialement, moins familiarisés avec les technologies récentes et moins faciles à former."

D’où la nécessité d’une activation rapide. En Flandre, le chômeur reçoit après 6 semaines de chômage un accompagnement personnalisé de la part du VDAB. En Wallonie et à Bruxelles, le Forem et Actiris ont adopté la même stratégie, mais avec un certain décalage. Stijn Baert recommande de proposer aux chômeurs de faire du bénévolat, car cela augmentera leurs chances sur le marché de l’emploi.

Les chômeurs de longue durée sont perçus comme moins intelligents, moins aptes socialement, moins familiarisés avec les technologies récentes et moins faciles à former.
Stijn Baert
Professeur à UGent et UAntwerpen

2. Revoir la dégressivité. Le gouvernement Michel était sur le point d’introduire une dégressivité accrue des allocations de chômage avant qu’il ne tombe en décembre 2018. Baert appuie cette idée qui consiste à proposer une allocation plus élevée qu’aujourd’hui les premiers mois de chômage pour ensuite diminuer plus rapidement vers le seuil minimum. L’idée est de refaire travailler le chômeur avant qu’il ne tombe dans le chômage de longue durée (au-delà d’un an). Par contre, Baert ne conseille pas de limiter le chômage dans le temps.

Je ne conseille pas de limiter le chômage dans le temps.
Stijn Baert
Professeur à UGent et UAntwerpen

3. Réintégrer les malades de longue durée. Le gouvernement Michel avait annoncé en 2018 qu’une personne malade de longue durée pourrait perdre de 5 à 10% de son allocation durant un mois si elle ne se présentait pas à un entretien de réintégration. Ce mécanisme de sanction, quoique plus léger que celui pouvant frapper les chômeurs non constructifs, n’a cependant pas été mis à exécution. Stijn Baert préconise, quant à lui, de prendre des mesures dans ce sens. Il insiste aussi sur une meilleure prévention des burn-out et des efforts accrus de formation continue du personnel âgé.

4. Le Forem et Actiris comme front desk. Les offices régionaux de l’emploi (VDAB, Forem, Actiris) s’occupent des chômeurs et d’autres instances (CPAS notamment) des autres inactifs. Baert préconise une régie unique pour remettre les gens au travail. "Cela ne signifie pas que l’office de l’emploi doit prendre en charge l’ensemble des tâches d’activation pour les inactifs, mais qu’il pourrait jouer le rôle d’un front desk."

5. Réduire les pièges à l’emploi. Cela concerne surtout ceux qui choisissent de rester à la maison, donc de ne pas se présenter sur le marché du travail. Ce qui les retient bien souvent, c’est la perspective de gagner autant en allant travailler qu’en ne travaillant pas. C’est le piège à l’emploi. Une seule solution: augmenter le salaire net des bas salaires. Le Voka (patronat flamand) plaide pour une prime régionale de 100 euros par mois pour ceux qui ne gagnent pas plus de 2.500 euros brut.

6. Réduire les périodes assimilées. Pour inciter les gens à travailler plus longtemps, il faut que la pension corresponde davantage aux années de travail effectivement prestées. Autrement dit, il faut restreindre les périodes assimilées. A contrario, le revenu du travail devrait générer davantage de pensions s’il est perçu tard dans la carrière.

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