analyse

Stand up for Wallonia, ou comment l'événementiel s'est reconverti dans la vaccination

Parmi les vingt centres wallons montés et gérés par Stand up for Wallonia figure celui de Colfontaine. ©BELGA

Six entreprises de stands et une société de communication ont joint leurs forces afin de décrocher l'appel d'offres lancé par la Wallonie. Le groupement gère 20 des 40 centres fixes de vaccination.

C'est l'histoire, non pas d'une totale réinvention, mais d'une reconversion assez subite, initiée par une pandémie. À la base, il y a Conceptexpo, l'un des leaders de l'aménagement de stands à l'occasion de salons ou d'expositions. "Une activité qui représentait environ 70% de notre chiffre d'affaires avant la crise", estime le patron, Alain Pajot. Et qui est à l'arrêt complet depuis un an. "Notre dernier salon, c'est Batibouw, en 2020."

Alexandre Velleuer et Alain Pajot. ©Jean-Philippe Jean's

En février 2021, alors que les premiers centres de vaccination se mettent à sortir de terre en Flandre et à Bruxelles, Conceptexpo décide de s'y intéresser de plus près. "Nous nous sommes positionnés pour l'agencement des centres d'Overijse et Zaventem." C'est surtout l'occasion d'anticiper ce qui se passera immanquablement de l'autre côté de la frontière linguistique.

"J'ai sollicité cinq de mes collègues agenceurs de stands en Wallonie. L'idée était de se montrer solidaires et de se regrouper."
Alain Pajot
Managing director de Conceptexpo

"J'ai sollicité cinq de mes collègues agenceurs de stands en Wallonie", se souvient Alain Pajot. Des concurrents: Clip Display, Optimum Concept, Puissance 3, Silver Partners (Choup’s) et Standform. "Parmi les principaux acteurs du secteur. L'idée était de se montrer solidaires et de se regrouper." Afin de pouvoir répondre à une demande importante, et ce, dans des délais serrés.

De fait, mi-février, cela bouge, côté wallon. La Région, via l'Agence pour une vie de qualité (Aviq), lance un appel d'offres pour la mise sur pied de 28 centres – 12 autres suivront une autre procédure. Avec une nouvelle donne. Il ne s'agit pas seulement de s'occuper de l'infrastructure, mais également de fournir les ressources humaines pour la gestion administrative et opérationnelle.

"À l'affût"

C'est là que VO Communication entre en scène. Son directeur, Alexandre Velleuer, et Alain Pujot se connaissent; ils se sont rencontrés à une journée sur le thème de l'intelligence collective et cela a collé entre eux. VO Communication est un groupe actif depuis près de trente ans dans la communication événementielle. Pour les pouvoirs publics belges – la campagne pour le passage aux 30 km/h à Bruxelles était signée VO Citizen –, pour les institutions européennes ou encore, via la filiale VO Event, pour les entreprises.

"J'étais convaincu que, comme en Allemagne, l'événementiel aurait un rôle positif à jouer dans cette crise."
Alexandre Velleuer
Managing director de VO Event et de VO Citizen

Là aussi, le coronavirus a marqué un coup d'arrêt pour VO Event, qui s'est cherché une nouvelle voie dans les événements numériques. N'empêche qu'Alexandre Velleuer était "à l'affût" depuis l'arrivée des vaccins. "J'étais convaincu que, comme en Allemagne, le secteur de l'événementiel aurait un rôle à jouer dans cette crise."

"Stand up for Wallonia"

Ce qui devait arriver arriva. Les deux se sont appelés et entendus. "La gestion opérationnelle d'espaces de ce type-là, c'est ce que nous faisons tout le temps!" Voilà donc VO qui monte à bord du groupement des six. Nom de code: "Stand up for Wallonia", petit jeu de mots en prime. Les sept partenaires postulent pour l'intégralité des centres divisés en lots.

21.500
mètres carrés
Vingt centres à mettre sur pied, cela correspond à 21.500 mètres carrés à aménager, à l'aide notamment de 5.000 mètres courants de cloisons. Environ 100 personnes pour la logistique (chauffeurs, monteurs, logisticiens ou chefs de projet). Et plus de 460 pour la gestion (directeurs, coordinateurs, agents administratifs, stewards ou agents de nettoyage).

Sept entreprises sous une bannière.

Le couperet tombe le 2 mars. "Nous avons reçu la notification dans la soirée", détaille Alain Pajot. Ils ont décroché 20 centres sur 28. "Ce qui nous laissait environ douze jours pour tout monter et engager à tour de bras." Les chiffres, Alain Pajot les connaît. Quelque 21.500 mètres carrés à aménager, en déroulant notamment environ 5.000 mètres courants de cloisons, dans des lieux – halls sportifs, centres culturels, anciens magasins – qui n'ont pas été conçus pour cela. "Le tout, en devant tenir compte des flux. Celui des citoyens et du personnel, avec le maximum de sécurité et de confort. Et celui du vaccin."

Logisticiens, chefs de projet, chauffeurs ou monteurs: une centaine de personnes sont mobilisées pour la mise en place. Auxquelles ont succédé environ 460 autres: 20 directeurs de centres, 13 coordinateurs, 231 agents administratifs, 179 stewards et 20 agents de nettoyage. Programme de formations accélérées à la clef.

Recruter "local"

L'optique est, autant que faire se peut, de recruter localement. Via deux agences d'interim, Manpower et Randstad, disposant d'antennes locales. Avec un coup de pouce du Forem. "Les profils de direction devaient venir du secteur de l'événementiel", explique Alexandre Velleuer. "Mais pour tous les autres profils, les listes fournies par le Forem ont été extrêmement utiles."

"Les listes fournies par le Forem ont été extrêmement utiles."
Alexandre Velleuer
Managing director de VO Event et de VO Citizen

Défi relevé, délai tenu, les centres ont ouvert le 15 mars. "Si nous nous étions portés candidats pour les 28 centres, c'est que nous savions que nous pouvions le faire", assure Alain Pajot. "L'événementiel est un secteur très centré sur les délais." Quelque part, le plus gros défi n'était pas là. Mais dans la coordination de sept entreprises. Dans l'interaction avec une brochette d'interlocuteurs différents, de l'Aviq à la police, en passant par les communes. Ainsi que dans la rencontre de deux mondes ne se croisant pas tous les jours, l'événementiel et le médical.

"Cela a du sens"

Quid des maladies de jeunesse, des couacs qui ont fait leur apparition et ont fortement résonné? "Bien sûr, il y a eu quelques soucis", concède Alexandre Velleuer. "Mais aucun problème majeur n'est à déplorer au cours de cette semaine de montée en puissance. Le processus fonctionne plutôt bien." On précisera que c'est le staff médical qui est aux prises avec la plateforme Doclr.

"J'y trouve un double sens. En tant que citoyen, mais aussi en tant qu'entreprise, en fournissant du travail dans un secteur en difficulté. Et cela, même si nous avons la tête dans le guidon depuis un mois."
Alain Pajot
Managing director de Conceptexpo

"C'est vrai qu'on y a passé des nuits", sourit Alexandre Velleuer. "Mais contribuer à ce processus, à notre niveau, c'est motivant." Même état d'esprit dans le chef d'Alain Pajot. "J'y trouve un double sens. En tant que citoyen, mais aussi en tant qu'entreprise, en fournissant du travail dans un secteur en difficulté. Et cela même si nous avons la tête dans le guidon depuis un mois."

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