carte blanche

Subventionner les emplois ne règlera pas le chômage

Arrêtons de créer de nouvelles subventions à l'emploi qui ne sont rien d’autre qu'un gaspillage de fonds publics.

Les chômeurs de longue durée, à savoir les personnes au chômage depuis plus d'un an, sont difficiles à réintégrer sur le marché du travail. La Belgique en compte proportionnellement beaucoup. 40% des chômeurs belges sont sans emploi depuis plus d'un an, ce qui nous place nettement au-dessus de la moyenne européenne de 32%. C'est un problème que nous devons résoudre.

Rudy Aernoudt. ©doc

Œuf de Colomb

Dans l’accord de gouvernement fédéral, l’œuf de Colomb a, semble-t-il, été trouvé. Il repose sur une logique simple: mettre les chômeurs de longue durée au travail, non pas en cherchant à pourvoir les postes vacants, mais en créant des emplois subventionnés. Il s’agit en quelque sorte de les «vendre» à des institutions, principalement publiques, avec en guise d’appât des subventions allant de 36.000 à 39.000 euros. Sachant qu’un chômeur coûte en moyenne 40.000 euros par an, c’est un bénéfice pour la société allant jusqu’à 3.000 euros par personne, explique ainsi le patron d’Actiris, étiqueté PS.

Nous voici, à nouveau, face à une logique politique qui n’a ni queue ni tête.

Premièrement, le coût d’un chômeur constitue une dépense budgétaire puisque le gouvernement lui paie des allocations. Dire qu’il s’agit d’une économie parce que ces allocations ne lui sont plus versées quand il trouve du travail n’a bien entendu aucun sens. En raisonnant par l’absurde, nous pouvons alors convertir toutes les allocations de chômage en subventions et nous n’aurions plus de chômeurs ni de dépenses de chômage... Magique, non? 

«En raisonnant par l’absurde, nous pouvons convertir toutes les allocations de chômage en subventions et nous n’aurions plus de chômeurs ni de dépenses de chômage... Magique, non?»
Rudy Aernoudt
Professeur UGent

Deuxièmement, le coût du chômeur de 40.000 euros par an se compose de l’indemnité de chômage, en moyenne 12.000 euros, et de frais d’accompagnement de l’ordre de 2.000 euros. Le reste est une perte de recette, à savoir le fait que le chômeur et son employeur hypothétique ne paient pas de cotisations de sécurité sociale ni d’impôt sur le revenu. Il s’agit donc d’une dépense de 12.000 euros, d’un coût d’administration publique de 2.000 euros et d’une perte de recette de 26.000 euros. Une dépense de 12.000 euros serait donc substituée par une dépense de minimum 36.000 euros, trois fois plus élevée donc.

Troisièmement, concernant les frais de conseil de 2.000 euros, cela ne changera pas car je suppose que les services d’accompagnement (VDAB, FOREM, Actiris), qui ensemble représentent plus de 10.000 fonctionnaires, ne seront pas affectés par la mesure ; bien au contraire. 

Quatrièmement, le benchmarking budgétaire avec la France, qui expérimente les Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD), est peu pertinent étant donné que le coût des chômeurs de longue durée en France est estimé entre 15.000 et 18.000 euros, soit moins que la moitié du coût des chômeurs de longue durée belges. Les subventions françaises s’élèvent par ailleurs à 18.000 euros, soit la moitié également. Le coût relativement faible des chômeurs de longue durée français est aussi, bien sûr, dû au fait qu’en France, comme dans tous les pays d’Europe à l’exception de la Belgique, les allocations de chômage sont limitées dans le temps.

Rien de neuf sous le soleil

Au final, l’approche présentée comme «radicalement différente» n’est donc rien d’autre qu’un projet de plus pour subventionner les emplois. Une approche qui, au lieu de se focaliser sur une politique économique qui forme, motive et contrôle les chômeurs, préfère utiliser le robinet classique des subventions.  

"Créer des emplois et atteindre l'objectif d'un taux de participation de 80% à l'horizon 2030 ne se fera pas avec des subventions mais avec une politique économique visant à encourager les entrepreneurs à recruter grâce à une réglementation du travail flexible et un environnement fiscal et parafiscal moins étouffant."
Rudy Aernoudt
Professeur UGent

Il existe, du reste, déjà, des «aides à la promotion de l’emploi» (APE), qui s’apparentent à ce même type de subventions; des subventions presque exclusivement destinées aux autorités locales, aux organisations sans but non lucratif et aux CPAS.

Et qui ne ne sont pas marginales... Il s’agit d’un montant annuel – montant qui va d’ailleurs crescendo, car le budget a triplé en 15 ans – de plus d’un milliard d’euros finançant environ 50.000 personnes. La moitié de ces personnes disposant d’un diplôme d’étude secondaire supérieur, elles devraient être capables de s’insérer sur le marché de travail. Ce système existait auparavant en Flandre, mais a déjà été supprimé depuis bien longtemps. Un exemple à suivre, à mon avis. 

Créer des emplois et atteindre l'objectif d'un taux de participation de 80% à l'horizon 2030 ne se fera pas avec l’un ou autre programme de subventions mais avec une bonne politique économique visant à encourager les entrepreneurs à recruter grâce à une réglementation du travail flexible et un environnement fiscal et parafiscal moins étouffant. Arrêtons de créer de nouvelles subventions à l'emploi qui ne sont rien d’autre qu'un gaspillage de fonds publics, un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre en ces temps difficiles.  

Rudy Aernoudt
Professeur UGent

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