Taxe Tobin: le ministre des Finances a parlé trop vite

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Le gouvernement fédéral n'a pas l'intention de reculer sur la taxation des transactions financières. L'Europe se dit étonnée des déclarations de Johan Van Overtveldt.

Ce samedi 23 janvier, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt avait déclaré que les projets visant à établir cette taxe étaient, dans l'état actuel des choses, inacceptables.

Attention les secousses. Le raid solitaire du ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) contre la taxe Tobin n'a pas reçu - et c'est un euphémisme - l'aval des autres partis de la coalition fédérale.

Plusieurs sources gouvernementales, au MR et au CD&V, indiquent que la position exprimée par le grand argentier de la Belgique ne reflète "en aucun cas" la position du gouvernement fédéral.

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Mieux même: le gouvernement, Premier ministre en tête, n'a aucunement l'intention de changer son fusil d'épaule par rapport à la taxation des flux spéculatifs financiers.

Dans l'entourage de Charles Michel, on indique qu'une "mise au point, un recadrage, par rapport à une prise de position personnelle et non concertée du ministre des Finances" devra avoir lieu la semaine prochaine lors d'un conseil des ministres restreint.

Les différents partis de l'opposition ont vivement critiqué l'idée de revenir en arrière sur la taxe Tobin.

Le député cdH Benoît Dispa s'est ainsi inquiété samedi des "louvoiements" du ministre des Finances N-VA Johan Van Overtveldt. "En annonçant vouloir enterrer la taxe sur les transactions financières, puis en démentant ses propres propos, tout en multipliant les objections à l'égard de cette taxe, le ministre des Finances N-VA sème le doute quant à ses intentions profondes", a jugé samedi le parlementaire cdH.

"Cette taxe Tobin, c'est une opportunité pour créer davantage de justice et d'efficacité fiscale au plan européen. La Belgique a joué, par le passé, un rôle en pointe sur ce sujet. Mais il est clair que M. Van Overveldt est davantage le ministre des grandes banques, des multinationales et des spéculateurs que celui de la justice fiscale", a dénoncé Georges Gilkinet (Ecolo), membre de la Commission des finances de la Chambre.

Ecolo qui demandait un rappel à l'ordre du ministre. Message reçu semble-t-il.

La ferme opposition du ministre des Finances Johan Van Overtveldt aux propositions de taxation des transactions financière actuellement discutées entre dix pays européens dont la Belgique constitue une "reculade inacceptable", avait estimé samedi le député PS Ahmed Laaouej. "Contrairement à ce qu'affirme le ministre, la taxe est un élément de régulation. Veut-il revivre la crise des subprimes de 2008? Ce serait irresponsable. Par ailleurs, elle constitue une source de financement pour la relance structurelle de l'économie, les investissements dans les services publics voire la coopération au développement", a argumenté M. Laaouej.

 

Selon nos informations, le lobbying exercé par les financiers, notamment par le patron de la bourse de Bruxelles Vincent Van Dessel, pour que la Belgique abandonne sa position pro taxe Tobin est très important, mais la question n'est pas à l'ordre du jour.

"Probablement la N-VA est elle plus en phase avec ce genre d'évolution, ce n'est pas notre cas", dit-on chez les libéraux francophones. "Nous estimons que, même si c'est symbolique, les spéculateurs doivent payer. Nous différencions les investisseurs, ceux qui sont utiles à l'économie, et les prédateurs, purement spéculateurs. Ceux-là, ils faut qu'ils contribuent".

La Belgique est, avec la France et huit autres Etats européens, membre d'un groupe d'Etat réclamant une taxe européenne sur les transactions financières.

Une taxe sans cesse repoussée

En 2011, les pays de la zone euro avaient émis la volonté d’imposer une taxe sur les transactions financières, censée entraver la spéculation financière, mais aussi permettre aux Etats de récupérer une partie des fonds engagés pendant la crise financière pour soutenir les banques.

L’idée était d’unifier le taux de la taxe déjà en vigueur dans certains pays de l’Union européenne. Mais très vite, des pays comme la Grande-Bretagne s’y sont opposés.

L'Europe surprise

La Commission européenne a exprimé sa surprise lundi après les déclarations de Johan Van Overtveldt. "Nous n'avons en aucune façon été informés du fait que la Belgique pourrait se retirer de la TTF. La Belgique a joué un rôle de soutien fort tout au long du processus de négociation", a déclaré lundi une porte-parole de la Commission européenne.

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