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Thierry Bodson, un régionaliste en route vers un destin fédéral

Le Liégeois Thierry Bodson est le nouveau président fédéral de la FGTB. Nommé provisoirement, il pourrait être confirmé dans cette fonction lors d'une élection prévue en septembre prochain.

Sa langue en poche, il ne l’a jamais eue. À 59 ans, Thierry Bodson, qui vient d’accéder provisoirement à la présidence fédérale de la FGTB, va devoir manier le verbe avec prudence. 

À la croisée des chemins, son organisation syndicale traverse une période mouvementée. Prendre sa tête, même si ce n'est que pour quelques mois, n’aura rien d’un fleuve tranquille. Relance post-Corona, négociation d’un accord interprofessionnel et élections sociales ne sont que quelques-unes des échéances qui se profilent à très court terme.

Régionaliste modéré

Habitué à avoir les coudées franches à la FGTB wallonne, ce régionaliste, mais pas "antifédéraliste", aura dès maintenant pour tâche de réaliser la synthèse des différentes composantes du syndicat. Entre des ailes flamande et francophone qui divergent fréquemment sur la ligne à adopter, mais aussi des centrales et régionales aux approches et méthodes différentes, le natif de la Cité Ardente aura probablement fort à faire. 

Sa grande expérience dans la maison rouge constituera indéniablement l'un de ses atouts. Entré à la FGTB en 1992, après avoir travaillé comme ouvrier boucher et dans une banque, Bodson y a progressivement gravi les échelons. Après six années à la tête de la régionale Liège-Huy-Waremme, il accède en 2008 au poste de secrétaire général de l'interrégionale wallonne.

Pas anti-fédéraliste

Souvent décrit comme un régionaliste, Thierry Bodson souligne avant tout qu'il n'est pas un "anti-fédéraliste". "Le régionalisme, c'est s'assurer que la politique économique est en phase avec les besoins spécifiques d'une région par rapport à une autre. Tout régionaliser dans le pays, comme le préconise la N-VA, y compris la sécurité sociale et le droit du travail, ce n'est pas acceptable pour nous", précise-t-il. 

Un homme de conviction

Très impliqué dans la lutte contre l’extrême droite, actif dans celle contre les inégalités, Bodson a ses convictions chevillées au corps. Dans les médias, il ne pratique jamais la langue de bois. Parmi ses sorties, on retiendra notamment son plaidoyer en faveur d'un départ d'Elio Di Rupo de la présidence du PS en 2017, ou encore ses appels répétés après les élections pour des coalitions le plus à gauche possible, entendez PS-Ecolo-PTB. 

Ses convictions, il n'hésite pas non plus à les défendre sur le terrain. Sa participation à une grève en 2015 lui a d'ailleurs valu d'être poursuivi par la justice pour "entrave méchante à la circulation", après qu'il ait pris part avec seize autres personnes au blocage de l'E40 à Cheratte.

Cette liberté de parole et d'action, Bodson n'en disposera sûrement plus autant à la présidence fédérale. Pourra-t-il s'en accommoder? Pas sûr... Dans sa première déclaration à son nouveau poste, il a d'ailleurs contredit la version donnée par le syndicat quant aux motifs de l'éviction de Robert Vertenueil. Là où la FGTB citait clairement une rencontre avec le président du MR Georges-Louis Bouchez comme une cause, Bodson assurait que cela n'avait "aucun lien"... avant de se rétracter peu après. 

"Négociateur aguerri", "pugnace" et "pragmatique", ce proche du socialiste Jean-Claude Marcourt, pourrait bien surprendre. "Il a la carrure pour endosser un costume de président", lâche un de ses soutiens.

Concédant un style différent de son prédécesseur, parfois plus radical dans ses propos, Bodson a en tout cas annoncé qu'il comptait partir à la rencontre des instances afin de "valider" une série de positions. Une première étape avant son élection en septembre? Peu d'observateurs en doutent.

Influence du PTB

Le PTB n'influence pas les débats de la FGTB, du moins, pas plus qu'un autre parti, estime le nouveau président du syndicat. "C'est nous qui allons vers les partis progressistes pour leur faire part de nos priorités", assure-t-il.


Les 5 dates clés

  • 1960: Naissance à Liège
  • 1992: Entre à la FGTB Liège-Huy-Waremme en tant que responsable du service chômage 
  • 2008: Thierry Bodson prend la tête de la FGTB wallonne
  • 2013: Elevé officier du Mérite wallon
  • 2020: Il succède à Robert Vertenueil à la présidence fédérale du syndicat

 

 

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