Trop de télétravail tue le télétravail

Le télétravail n'a pas que du bon, notamment en termes d'esprit d'équipe. ©Myriam Tirler

Au-delà de deux jours de télétravail par semaine, la productivité du travailleur diminue, met en garde une étude de l’Ires.

La crise du Covid-19 a amené 40 à 60% des Belges à télétravailler. Les uns l’ont vécu comme une amélioration de leur qualité de vie, les autres comme une contrainte. En tout état de cause, il s’agit d’une petite révolution quant à notre façon de fonctionner au travail.

Reste à savoir jusqu’où la pratique du télétravail peut satisfaire à la fois les travailleurs, les managers et les entreprises? Et jusqu’où les gains de productivité espérés peuvent-ils être envisagés?

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Au-delà de deux jours de télétravail par semaine ou de 50% du temps de travail, l’impact positif sur la productivité s’atténue.

Tel est l’objet d’une étude publiée par l’Ires, l’Institut d’études économiques et sociales de l’UCLouvain. Elle est signée par trois chercheurs: Isabelle Hansez (professeure de psychologie du travail à l’Université de Liège), Laurent Taskin (professeur à la Louvain School of Management) et Jacques-François Thisse (professeur émérite à l’UCLouvain). Ils ont planché sur les avantages et les inconvénients de la formule du télétravail.

Pas plus de deux jours par semaine

Une de leurs principales conclusions est que trop de télétravail diminue ses effets bénéfiques. L’accroissement de productivité dû à la pratique du télétravail est lié à sa fréquence: au-delà de deux jours par semaine, ou de 50% du temps de travail, l’impact positif sur la productivité s’atténue.

Encore faut-il distinguer entre la période pré-covid et la période actuelle. "Avant mars 2020, l’isolement procuré par le télétravail occasionnel offrait la possibilité de travailler de manière plus concentrée que sur un plateau", explique Laurent Taskin. "Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans l’isolement choisi, mais dans la duplication à la maison d’une journée de travail autrefois prestée au bureau. Le seul intérêt est le gain de temps sur les trajets", poursuit-il.

"Les entreprises vont pouvoir transférer une partie de leurs coûts immobiliers vers leurs salariés."
Jacques Thisse
Professeur émérite à l'UCLouvain

Centres urbains désertés

Un autre risque est celui de dévitaliser les centres urbains et d’affaires. Des emplois qui gravitent autour des centres d’affaires (snacks, marchands de journaux, etc.) risquent d’en faire les frais. Ce sont généralement des emplois peu qualifiés, alors que ceux qui télétravaillent sont en général plus qualifiés.

"Il y a un risque de creusement des inégalités. Et on va, en tout cas, arrêter la construction de bureaux pendant un bon moment", prédit Jacques Thisse. L’employeur devrait, par contre, s’y retrouver. "Les entreprises vont pouvoir transférer une partie de leurs coûts immobiliers vers leurs salariés", souligne-t-il.

"Comment maintenir la communauté de travail qui représente davantage que la sommes des individus?"
Laurent Taskin
Professeur à Louvain School of Management

Communauté de travail menacée

La pratique plus intensive du télétravail menace, en outre, l’existence de communautés de travail au sein des organisations. "Certains collaborateurs se limiteront à délivrer ce qui leur est demandé, sans plus. Comment maintenir la communauté de travail qui représente davantage que la sommes des individus? Voilà un véritable enjeu managérial", observe Laurent Taskin.

Pour les travailleurs, enfin, le télétravail peut se révéler à double tranchant. Il est source de satisfactions (autonomie, flexibilité…) mais aussi d’inconfort (ergonomie, conflit privé-professionnel, ambiguïté des attentes…). "Au début du confinement, le télétravail était perçu comme un plus, mais on constate depuis lors une dégradation du bien-être au travail", note Isabelle Hansez, même si cela peut grandement varier selon les personnes et leur cadre de vie.

Il faut des CCT

Les chercheurs de l’Ires invitent les employeurs à formaliser la possibilité de télétravail dans des accords collectifs (CCT) négociés et permettre à leurs salariés d’être dans de bonnes conditions de travail à domicile. La plupart des grandes entreprises ont déjà mis en place des CCT à cet effet. Dans le secteur public, ce sont des arrêtés qui encadrent le télétravail.

Le résumé

  • Le télétravail n’est pas nécessairement la panacée, estiment trois chercheurs de l’Ires.
  • Au-delà de deux jours par semaine, la productivité diminue.
  • Les employeurs peuvent transférer une partie de leurs coûts immobiliers vers leurs salariés.
  • Les centres urbains et quartiers d'affaire risquent d'être désertés.

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