tribune

Un an de télétravail, entre blues et prison dorée

porte-parole d’AG Insurance

Le télétravail à 100% depuis un an entraîne chez moi une perte de repères et de sens, mais aussi une perte sociale qui commence à faire des dégâts.

Il y a un peu plus d’un an (cela me paraît presque être dans une autre vie), j’avais un jour de télétravail par semaine. Un jour fixe. Le mardi. Parce que ça permet de commencer la semaine en douceur et de ne pas courir pour accompagner mes filles à la piscine après 17h. Mon petit mardi à moi. Une journée qui me permettait aussi et avant tout de me concentrer sur des projets de réflexion ou de création, sur des articles de fond à écrire ou sur des présentations à préparer. Une journée à laquelle ma tête et mon corps aspiraient chaque semaine, comme une petite bulle d’oxygène, une parenthèse nécessaire dans une semaine généralement bien chargée.

La bulle a éclaté

Mais la parenthèse est devenue un chapitre entier, un livre même. La bulle a éclaté.

Elle n’en est plus une. Elle avait déjà éclaté depuis mars 2020, c’est vrai. Mais il y avait des tas de petites bulles pour la remplacer, ces journées qui s’allongeaient, ce soleil qui brillait et ces pauses au jardin qui rechargeaient les batteries. Les écoles étaient fermées, la double casquette de maman et télétravailleuse était parfois dure à gérer. Et pourtant, ça me parait bien plus difficile un an plus tard…

Laurence Gijs.

Depuis un an, ma bulle d’oxygène est devenue une prison dorée.

Ma maison est devenue mon bureau; ou est-ce mon bureau qui est devenu ma maison? Honnêtement, je ne sais plus. La frontière n’est pas claire, elle se brouille de plus en plus. Et les perspectives de retour au bureau, le vrai, celui de Bruxelles, me paraissent tellement loin.

Mon mardi est devenu mon lundi, mon mercredi, mon jeudi et mon vendredi.

Et quand c’est fini, on recommence. Les journées sont longues à parler à son écran. L’ordinateur est sur la table du séjour. Il suffit de l’allumer dès qu’on descend les escaliers. D’entrer le mot de passe avant même de dresser la table du petit déjeuner. De répondre à deux ou trois e-mails avant d’aller conduire les filles à l’école. Bien souvent le seul moment de la journée où je sors de ma cage dorée…

Sérieusement, vous croyez que le télétravail est un avantage? Jusqu’il y a un an, je le pensais aussi.

Il est là, encore, pendant la pause de midi. «Combien de mails sont arrivés pendant que je coupais les légumes? Je vais vite vérifier le temps de réchauffer la soupe. Combien alors? 10, déjà? Dont un du big boss, deux du responsable marketing. Et un estampillé ‘Urgent’… Bon je vais les traiter directement ». Quand c’est fait, il est déjà 13h50, la soupe est tiède et la prochaine réunion vidéo Teams débute dans 10 minutes. La pause midi, j’en ferai une « vraie » demain. Ou après-demain.

L’ordinateur est toujours là quand les filles rentrent de l’école. Les e-mails arrivent aussi quand vient le moment de préparer le repas du soir ou de superviser les devoirs. Le boulot est à la maison et la maison est remplie des préoccupations du boulot.

Le charme du travail a disparu

Avec le télétravail à 100%, on perd une grande partie de tout ce qui fait le charme et le plaisir du travail. Les collègues, les discussions, les moments informels et ce qu’on appelle si justement la «culture» d’entreprise !

À la maison, le café est certes meilleur qu’au bureau, mais au fil des jours, il n’a plus de saveur. Il est avalé en 2 minutes, toujours devant l’écran. Là où il était pris avec plaisir à la machine à café ou à la kitchenette, avec un, deux ou cinq collègues. Il représentait une vraie pause, et permettait bien souvent d’engager des discussions nécessaires ou des brainstormings inattendus mais créatifs! Ce petit moment informel n’existe plus.

Le télétravail à 100% depuis un an entraîne chez moi une perte de repères et de sens, mais aussi une perte sociale qui commence à faire des dégâts. Je suis quelqu’un de sociable, je ne suis décidément pas faite pour travailler seule. Je suis une collaboratrice au sens le plus pur du terme. J’ai besoin de collaborer et de discuter pour m’enthousiasmer, pour évoluer et pour délivrer!

Je rêve du jour où je pourrai fermer la clé de ma prison dorée pour retrouver ma bulle d’oxygène du mardi.

Le mauvais café de la machine à café me manque. Les chaises ergonomiques et colorées me manquent. Le lunch au mess avec les collègues me manque. Le re-coiffage vite fait dans l’ascenseur me manque. Les trajets en train du matin et du soir, mes « sas de décompression » si nécessaires pour faire le trait d’union entre ma vie de collaboratrice et ma vie de maman, me manquent.

Les contacts humains me manquent

Je n’ai pas écrit cet article aujourd’hui pour qu’on me plaigne ou qu’on me dise qu’il y a pire. J’en suis pleinement consciente. Je sais que c’est pour la bonne cause, que si on est obligés de travailler chez soi, c’est pour se protéger, protéger les autres et faire descendre cette foutue courbe Covid-19. Je ne devrais pas me plaindre. Je pourrais être hospitalisée aux soins intensifs, ou y travailler.  Avoir perdu un proche ou mon job. Je le sais et je le mesure. Alors, je relativise. Il y a pire, je vais bien et il y aura une fin à tout ça.

En attendant, je continue à "mordre sur ma chique", comme on dit chez nous. J’arrête de ressasser et je bosse du mieux que je peux, je me focalise sur les projets motivants et les belles réussites professionnelles de ces derniers mois, dans des conditions pas faciles. En espérant pouvoir les fêter très vite en "présentiel" avec mes collègues. Même à distance. Même avec le masque et les mains détruites par le gel hydroalcoolique.

Sérieusement, vous croyez que le télétravail est un avantage? Jusqu’il y a un an, je le pensais aussi. Mais maintenant, je rêve du jour où je pourrai fermer la clé de ma prison dorée pour retrouver ma bulle d’oxygène du mardi. Mes collègues. Et même les retards de la SNCB.

Par Laurence Gijs, Télétravailleuse depuis un an (et porte-parole d’AG Insurance*)

*L’auteur s’exprime en son nom propre. 

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