Un Belge sur 4 de plus de 40 ans utilise des statines

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Depuis 2002, le nombre d’utilisateurs de statines a quadruplé. Or une étude du KCE montre que le traitement à titre préventif (soit 88% des cas) n’est pas toujours justifié.

Entre 2002 et 2012, le nombre de Belges qui se font prescrire des statines, ces médicaments censés faire baisser le taux de cholestérol, est passé de 400.000 à 1.500.000. Or ces médicaments ne sont pas toujours utilisés à bon escient, prévient le KCE, le Centre fédéral des soins de santé, dans une étude publiée hier. L’argumentation tient en quelques points.

→ Surconsommation.
Un Belge sur quatre âgé de plus de 40 ans utilise des statines. L’âge moyen des utilisateurs de statines est de 68 ans. Or dans 88% des cas, ces médicaments sont prescrits à titre préventif. Les 12% restants des utilisateurs ont déjà été victimes d’un incident cardiovasculaire (infarctus, AVC, etc.). Le médecin regarde si le patient présente un risque, ceci en mesurant la tension artérielle, le taux de cholestérol dans le sang, s’il est fumeur ou non. Le problème est que le seuil de traitement a considérablement diminué en même temps que la baisse des prix.

→ Baisses des prix.
Lorsqu’elles ont été introduites sur le marché, dans les années 1990, les statines coûtaient très cher à la Sécurité sociale. Depuis lors sont apparus des médicaments génériques et les prix ont baissé. Aujourd’hui, deux tiers des patients traités avec des statines utilisent des génériques. Résultat: le coût total des statines (contribution personnelle du patient + remboursement) est passé de 170 millions d’euros en 2002 à plus de 270 millions en 2011, avant de retomber à environ 160 millions en 2016 sous l’effet des baisses de prix et de la stabilisation du nombre d’utilisateurs. Si l’on ne considère que le coût pour la Sécu, on est à 130 millions d’euros en 2016, soit environ 90 euros par patient par an.

→ Efficacité limitée.
La prise de statines ne donne pas les mêmes résultats d’un patient à l’autre. Le rapport coût-efficacité est meilleur chez les patients à risque élevé, tandis que chez les personnes porteuses d’un risque plus faible, ce rapport coût-efficacité est moins clair. De plus, l’analyse de la consommation individuelle montre que 65% des utilisateurs ont une mauvaise observance thérapeutique. Soit ils ne prennent pas leur pilule tous les jours, soit ils arrêtent le traitement en cours. C’est surtout chez les patientes, jeunes, dont la prescription a été rédigée par un médecin de famille (et non par un spécialiste) que l’observance est la moins bonne.

→ Effets secondaires.
Environ 7 à 30% des utilisateurs de statines signalent des douleurs musculaires (myalgies) à un moment ou l’autre. "Ces plaintes restent toutefois souvent vagues et bénignes, et disparaissent généralement à l’arrêt du traitement", tempère toutefois le KCE. Dans certains cas plus rares, il y a un risque de développer du diabète ou de déclencher des hémorragies cérébrales. Ces effets secondaires restent cependant les mêmes, quel que soit le profil du patient. Autrement dit, pour un patient traité à titre préventif, l’effet secondaire sera plus difficile à justifier et à accepter que pour le patient qui présente un risque élevé d’incident cardiovasculaire. "Il est important de prendre le temps de discuter avec le patient des avantages et inconvénients des statines et de la nécessité d’une bonne observance thérapeutique", insiste le KCE.

→ Prévention et hygiène de vie.
Les statines peuvent créer chez le patient une fausse impression de sécurité. Cela peut sembler une évidence mais un mode de vie sain reste le facteur le plus important pour éviter les maladies cardiovasculaires et leurs conséquences. Si toutefois cela s’avère insuffisant, un traitement préventif par statines pourra être envisagé. Le KCE proposera d’ici l’été prochain un outil online qui aidera le patient et son médecin à prendre la décision de passer ou non à un traitement médicamenteux.

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