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Un Belge sur trois a déjà manqué de médicaments

©Photo News

Test-Achat a mené une enquête sur l'indisponibilité des médicaments. Des anticoagulants essentiels viennent notamment à manquer, faisant exploser la facture du patient obligé de les faire importer.

D’après une enquête menée par Test-Achat, un Belge sur trois s’est déjà retrouvé confronté à une indisponibilité (temporaire) de son médicament. 16% ont déjà connu la mésaventure à plusieurs reprises. En 2015, lors d’une enquête similaire, ce n’était "que" un Belge sur cinq. En novembre dernier, 500 conditionnements différents étaient manquants dans les pharmacies, dit l'association de défense des consommateurs.

"Les médicaments doivent rapporter de l’argent, de préférence beaucoup d’argent. Dans le cas contraire, ils sont sujets aux ruptures de stock, parfois à répétition, jusqu’à ce que les firmes décident d’en arrêter la commercialisation."
Test-Achat

Cette situation inquiète Test-Achat, qui dénonce une stratégie des firmes pharmaceutiques qui cherchent le bénéfice à tout prix. "Les médicaments doivent rapporter de l’argent, de préférence beaucoup d’argent. Dans le cas contraire, ils sont sujets aux ruptures de stock, parfois à répétition, jusqu’à ce que les firmes décident d’en arrêter la commercialisation. C’est le sort de plusieurs vieux médicaments essentiels vendus à bas prix, mais d’une valeur inestimable pour la santé de nombreux patients", dit Test-Achat.

Cette indisponibilité des médicaments trouve de nombreuses explications (lire aussi notre dossier en pages 45 à 49). En cause notamment, le fait que les entreprises pharmaceutiques ont délocalisé une partie de la chaîne de production vers la Chine et l’Inde, qui sont devenues des super producteurs de  matières premières et de génériques.

Les médicaments plus anciens sont devenus vulnérables, parce que plus assez rentables. Progressivement, certains sont retirés du marché. Une situation qui ne pose pas de gros problème lorsque des alternatives existent. Mais ce n’est pas toujours le cas.

Le Marevan, un cas emblématique

Test-Achat pointe le retrait par certaines firmes de médicaments pourtant essentiels au patient. L’association prend le cas du Marevan, produit par Therabel. Un anticoagulant, utilisé pour prévenir les thromboses et les embolies. "Le passage à un autre médicament est complexe, et peut comporter de nombreux risques (hémorragies, caillots)", dit Test-Achat. Or, Therabel, fin 2018, a retiré le Marevan du marché, laissant sur le carreau des  milliers de patients. L’AFMPS a pris le dossier en main, convainquant Therabel de poursuivre la commercialisation au nom de sa responsabilité sociétale: assurer aux patients l’accès à un médicament vital, à un prix abordable.

"Deux ans plus tard, on constate que la firme a pris ses responsabilités à la légère, dit Test Achat. Elle a augmenté de 25 à 60 ses conditionnements, mais n’a pas introduit de demande de prix.  Celui-çi a été multiplié par … 13 (de 1,3 à 17,3 euros), entièrement à charge du patient. Le remboursement n’a pas été réglé  avec l’Inami. L’histoire ne s’arrête pas là. Fin novembre, l’AFMPS a retiré les conditionnements du marché et lancé une enquête, mettant en doute "la qualité, l’efficacité et la sécurité" du dit médicament. En attendant, les pharmaciens doivent se fournir à l’étranger, et les frais augmentent encore pour le patient.

Contactée, Therabel  a expliqué qu’elle était en discussion avec l’AFMPS, le SPF Economie et l’Inami pour régler le problème. Ce vendredi, l’AFMPS a validé l’autorisation de mise sur le marché du conditionnement de 60 pilules après que Therabel ait régularisé les irrégularités. Reste à régler encore la question du prix et du remboursement.

Pour les patients souffrant de problèmes cardiaques, une autre tuile est tombée:  Mylan a aussi décidé d’arrêter de commercialiser son anticoagulant, le Marcoumar, d’ici au mois de juin prochain. Un médicament de la même famille que le Marevan: les coumarines, utilisées par 80.000 personnes en Belgique. 

80.000
patients
En Belgique, 80.000 personnes se voient prescrire un anticoagulant de la famille des coumarines, comme le Marcoumar ou le Marevan.

Test achat insiste auprès des politiques: il faut prendre des mesures pour protéger les médicaments les plus vulnérables, limiter la survenance des pénuries.

Des mesures insuffisantes

Certaines ont déjà été prises. Comme la mise en place d’une plateforme, Pharmastatut, qui permet de contrôler la disponibilité des médicaments. Une loi a aussi été prise en décembre 2019 afin de clarifier les obligations des firmes pharmaceutiques en termes de livraison des produits. Une autre loi, visant à éviter les exportations parallèles (vers les pays où les médicaments seront vendus plus cher) a par contre été bloquée. D’après l’association des pharmaciens (APB), elle aurait pourtant pu résoudre 50% des indisponibilités.

Du côté de l'Association Belges des importareurs et exportateurs, on rappelle que la Cour constitutionnelle s'est en effet prononcée, fin 2019, en faveur des grossistes répartiteurs, qui avaient alors été jugés non-responsables des pénuries de médicaments. L'argment de la Cour, à la lecture des pièces produite, était qu'un pourcentage très faible des médicaments réellement indisponibles avait été exporté.

Test Achat plaide aujourd’hui pour que ce soit le fabriquant, et non le patient , qui supporte les coûts d’importation d’un médicament indisponible en Belgique. L’association suggère aussi qu’un marché public soit organisé quand une firme décide de cesser la commercialisation d’un vieux médicament essentiel, ou faire produire ces médicaments par les autorités via un partenariat public/privé.

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