Un cadre pour transférer les chômeurs temporaires vers les écoles et hôpitaux

Un texte encadrant la mise à disposition des chômeurs temporaires est en chantier sous l'égide du ministre de l'Emploi Pierre-Yves Dermagne. ©BELGA

Au ministère de l'Emploi, on prépare un cadre pour organiser la mise à disposition de chômeurs temporaires dans les secteurs vitaux. Pas dans l'industrie. Les chômeurs, eux, sont demandeurs.

D'un côté, la Belgique compte à nouveau beaucoup de travailleurs mis au chômage temporaire suite à la fermeture du secteur horeca et aux restrictions imposées aux secteur événementiel, aux sports et à la culture. D'un autre côté, les hôpitaux, les écoles et les entreprises font face à un absentéisme grandissant en raison de la multiplication des contaminations et des quarantaines. Ce double mouvement interpelle: n'y aurait-il pas moyen d'organiser un système de vases communicants entre le réservoir des chômeurs temporaires et celui des employeurs désemparés?

Le texte de loi "ciblera les secteurs vitaux, tels les hôpitaux et les écoles, pas l'industrie."
Cabinet Dermagne

Le ministre fédéral de l'Emploi et le CEO de la fédération Agoria ont soulevé l'idée. "Ce serait très utile que des personnes du secteur événementiel puissent, par exemple, venir faire temporairement de l'assemblage en industrie", a souligné Marc Lambotte à la fédération des secteurs de la technologie. Pierre-Yves Dermagne a annoncé, quant à lui, qu'il proposerait au gouvernement De Croo un système autorisant des personnes en chômage temporaire à travailler dans un secteur en crise.

Sur base volontaire

"Le texte est en chantier au SPF Emploi, nous disait-on ce lundi au cabinet Dermagne. Il fait partie des projets prioritaires. Il s'agira d'un arrêté ou d'une loi. Il ciblera les secteurs vitaux, tels les hôpitaux et les écoles, pas l'industrie. Il rendra possible et bétonnera la mise à disposition de chômeurs temporaires, sur base volontaire." Il ne concernera donc pas les entreprises privées également confrontées à des pénuries de personnel, en dépit de la demande des secteurs.

Il existe différents moyens juridiques qui permettent d'organiser des échanges de travailleurs.

Cela ne signifie pas que pareil processus soit impossible actuellement. "L'Office national de l'Emploi (Onem) le dit de manière explicite dans ses instructions: le travailleur d'un employeur A mis en chômage temporaire peut aller travailler temporairement pour un employeur B via des contrats journaliers", explique Kathelijne Verboomen, directrice du centre de connaissances du groupe de services de relations humaines Acerta. "Mais nous leur conseillons de formaliser cela dans un accord tripartite, de sorte que l'employeur A sache pour combien de temps l'employeur B compte utiliser son travailleur, car l'Onem n'en dit rien."

Besoin d'un cadre légal clair

C'est une partie du problème: on manque d'un cadre légal clair. "Cela fait des années que nous demandons que les règles deviennent plus souples et qu'il soit prévu dans la loi qu'un travailleurs de l'entreprise A puisse se mettre temporairement au service d'une entreprise B sans mettre en danger son ancienneté, etc.", relève Marc Lambotte. Cela ne date pas de la crise Covid-19, la problématique resurgit chaque année lors des périodes de vacances d'été notamment.

66%
des travailleurs
Selon une enquête d'Acerta, 66% des personnes sondées se disent prêtes à travailler temporairement pour un autre employeur.

En l'absence d'un tel cadre et au-delà de la formule initiée par l'Onem, il existe différents moyens juridiques qui permettent d'organiser des échanges de travailleurs, reprend Kathelijne Verboomen qui cite, à titre d'exemples, la suspension du contrat actuel alliée à la signature d'un deuxième contrat, ou encore le contrat à employeurs multiples.

Mais cela reste compliqué. Il y a, en outre, un gros déficit d'information, ajoute le CEO d'Agoria: les chômeurs temporaires ne sont pas tenus informés des possibilités d'emploi temporaire dans d'autres entreprises. Des plateformes d'échanges existent certes çà et là, "mais le problème est que ces personnes ignorent leur existence", selon Marc Lambotte.

Deux Belges sur trois prêts à bouger

Tout cela est d'autant plus dommage que la demande est présente des deux côtés de la barrière. Acerta vient de mener un sondage auprès de 2.072 Belges actifs: 66% d'entre eux, soit deux travailleurs sur trois, sont prêts à exercer temporairement une fonction similaire chez un autre employeur si le leur traverse des difficultés financières. À deux conditions: qu'ils conservent le même salaire et la possibilité de retourner ensuite chez leur employeur initial.

Si les écoles ferment toutes, la tentation remontera, chez les chômeurs temporaires, de ne pas "rempiler" ailleurs pour rester auprès de leurs enfants.

La disponibilité des travailleurs augmente lorsque leur emploi actuel est en jeu, ce qui semble logique. Ceux des secteurs de la communication, de l'événementiel, de l'horeca et du tourisme affichent ainsi un degré d'ouverture supérieur à la moyenne. Sans doute parce qu'ils sont, ou ont été longtemps, au chômage temporaire. Et ils sont plus disponibles qu'il y a six mois.

"Avant l'été, les perspectives de sortie de la crise virale semblaient susceptibles d'intervenir rapidement, explique Kathelijne Verboomen. Aujourd'hui, c'est beaucoup moins clair et de nombreux travailleurs au chômage temporaire commencent à en avoir assez. Ils veulent reparticiper à la vie de la société et être valorisés par leur travail."

Reste une inconnue: si les écoles ferment toutes, la tentation remontera, chez les chômeurs temporaires, de ne pas "rempiler" ailleurs pour rester auprès de leurs enfants. "Quand on ferme les écoles, l'impact sur l'emploi est direct", confirme Marc Lambotte. L'étude d'Acerta n'avait pas envisagé cette hypothèse.

Tout savoir sur le coronavirus

Pour tout savoir sur l'évolution de la situation sanitaire et ses conséquences économiques et sociales; lire les dernières news, les décryptages et opinions, rendez-vous dans notre dossier "Coronavirus".

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés