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Un diagnostic social d’urgence

Rédacteur en chef adjoint

Le gouvernement se penche enfin sur un plan de relance. Une bonne nouvelle qui ne doit pas éclipser l'état délabré de notre société. Le suicide d'Alysson en est un rappel douloureux.

Ça y est. On voit enfin se dessiner l’esquisse d’un plan de relance pour notre pays. Le médecin en chef du plan, Thomas Dermine, décrit dans ces pages comment il partira comme convenu de l’aide européenne : 5,15 milliards d’euros, dont il perçoit un effet de levier potentiel pouvant pousser l’impact économique jusqu’entre 10 et 20 milliards. Sous réserve bien sûr d’un déblocage de la situation au niveau européen (la Hongrie et la Pologne jouent les contrariétés) et d’un accord à la belge entre les Régions dont les premières escarmouches n’augurent rien de bon. Ne boudons pas notre plaisir, Thomas Dermine veut « changer le logiciel ». C’est tout ce qu’on lui souhaite.

L’ancien animateur du plan Catch à Charleroi le sait : il doit reconstruire un récit économique sur une terre brûlée. Certes l’Economic Risk Management Group note un impact économique moindre lors du deuxième confinement. Jeudi, il a calculé un recul de 17% du chiffre d’affaires de nos entreprises, moitié moins que lors du premier confinement, et surtout plus ciblé sur certains secteurs. D’ailleurs, autre (relativement) bonne nouvelle de la semaine : les exportations de nos pharmas ont bondi de 50% lors du premier confinement, confirmant notre rôle clé dans la lutte contre la pandémie.

Ces poignées de chiffres mettent du baume au cœur, mais ce ne sont que des chiffres.

Le suicide d’Alysson, jeune barbière liégeoise fauchée dans sa jeunesse pour avoir dû mettre la clé en-dessous du paillasson, nous montre par sa violence combien notre société est à genoux. On ne compte plus le nombre d’indépendants en état de détresse financière et psychologique. Ceux pour qui les aides ne sont pas adaptées ou pas suffisantes.

La Belgique ne pourra mener son plan de relance que si, dès aujourd’hui, le monde politique pose un diagnostic complet de la société. Et qu'il panse ses plaies au plus vite.

Notre jeunesse n’est pas mieux lotie. Soixante pour cent de nos étudiants en études supérieures sont en décrochage scolaire, 27% des 18-24 ans présentent des troubles de l’anxiété, 65% estiment avoir moins appris. Un enseignement en difficulté, c’est toute une connaissance qui s’effrite, une relève qui s’affaiblit, l’avenir de notre pays en péril.

Or, pour mener un combat, il faut une armée en ordre de marche et non un groupe d’éclopés. La société civile, les services d’aide, parent au plus pressé, éteignent quelques incendies, mais ne peuvent pas prendre cette responsabilité à bout de bras. La Belgique ne pourra mener son plan de relance que si, dès aujourd’hui, le monde politique pose un diagnostic complet de la société. Et qu’il panse ses plaies au plus vite.

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