Un "peut mieux faire" pour Sophie Dutordoir à la tête de la SNCB

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Après un an de mandat, Sophie Dutordoir affiche un tableau de bord contrasté comme patronne de la SNCB. Les syndicats et les navetteurs louent son sens de l’écoute. Mais ils attendent toujours du concret.

Il y a un an, jour pour jour, Sophie Dutordoir prenait officiellement les commandes de la SNCB, remplaçant Jo Cornu comme CEO. C’était le 7 mars 2017. Douze mois plus tard, la question se pose de savoir quelles sont les grandes réalisations de la "première cheminote" du pays. Elle peut se targuer d’avoir poursuivi et concrétisé des projets initiés par son prédécesseur, principalement le Plan pluriannuel d’investissement (PPI) de la SNCB. Grâce à ce plan, l’entreprise va investir environ 3,2 milliards d’euros dans ses activités d’ici 2022.

Même chose pour la digitalisation de l’entreprise, projet auquel elle a donné un coup d’accélérateur avec l’arrivée prévue des informations en temps réel pour les usagers du rail et des outils technologiques pour améliorer les conditions de travail des agents (smart watch pour les accompagnateurs, tablettes pour les conducteurs de train, smartphones pour les deux catégories d’agents).

3,2 milliards €
D’ici 2022, la SNCB va consacrer un budget de 3,2 milliards d’euros à son plan pluriannuel d’investissement.

Elle a fait preuve de courage en mettant fin à des projets qui prenaient du temps à se concrétiser, comme le nouveau système de billetterie (NDS) et le nouveau système de départ des trains (DICE). Or, ces projets ont coûté ensemble près de 50 millions d’euros.

Beaucoup de com

En un an, Sophie Dutordoir n’a certainement pas chômé et s’est investie dans sa nouvelle fonction à la SNCB, mais l’impression qui se dégage est qu’elle a surtout fait de la com’. "Elle manie la communication à merveille. Le dernier exemple en date est le nouveau départ des trains qu’elle a annoncé pour juin devant la Commission infrastructure de la Chambre. Cette information a relégué au second plan tous les autres problèmes de sécurité comme le bien-être des agents", dit-on à la CGSP-Cheminots.

"Elle s’est montrée plus ouverte au dialogue et est beaucoup descendue sur le terrain pour se rendre compte du travail des agents. Mais on attend maintenant que des décisions concrètes soient prises pour améliorer les conditions salariales des agents. L’amélioration de la productivité ne doit pas se faire uniquement sur le dos de ces derniers, avec une réduction des effectifs", renchérit-on à la CSC-Transcom.

Les syndicats louent donc son langage direct et sa franchise. Sa disponibilité à l’écoute, couplée à une certaine maturité des syndicats, explique le calme apparent qui règne sur le front mouvements sociaux. En 2017, la SNCB n’a connu aucune grève liée à son activité, mais l’application, pour la première fois, du service garanti (ou minimum) en cas de grève sera un premier grand test pour Sophie Dutordoir.

Politisation

Les syndicats essaient de comprendre la démotivation qui s’installe chez les cheminots et qui est un phénomène nouveau. Le service communication de la SNCB rappelle que l’entreprise est un paquebot de 19.000 travailleurs et qu’il faut laisser du temps à la nouvelle patronne. Il rappelle que la SNCB a transporté 230 millions de voyageurs en 2017, en progression de 3% par rapport à 2016. C’est, dit-il, le résultat d’une amélioration de l’offre. Mais la ponctualité a chuté, passant de 89,2% en 2016 à 88,3% en 2017.

Sur la question de la gouvernance, la nouvelle patronne de la SNCB donne une fâcheuse impression de politisation des postes de cadres, malgré les compétences des titulaires. La responsable communication Emilie Rossion est étiquetée cdH et le nouveau directeur de la stratégie, Renaud Lorand, ex-chef de cabinet de l’ex-ministre-Président wallon Paul Magnette (PS). La question est de savoir maintenant à qui ira le prochain poste de directeur général "technics" de la SNCB. Surtout que la CEO a la main dans la nomination des cadres. Des cadres-clés ont préféré rendre leur tablier: Giovanni Palmieri (ex-Monsieur RER qui a fait décoller le dossier), Patricia Cuvelier (ex-manager stratégie) et le general manager de l’audit aussi (Yves Knaepen).

"Le bilan est positif en matière d’écoute et d’ouverture, mais sur le terrain, on voit encore peu d’amélioration dans ce que vivent les navetteurs au quotidien. C’est un beau bulletin, mais peut mieux faire", conclut Gianni Tabbone, porte-parole de Navetteurs.be.

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