Une année atypique pour les parlementaires

De démarrage tardif, il en est aussi question en Wallonie où les députés n’ont pas encore pu débattre de grandes réformes. ©BELGA

L'année parlementaire qui vient de se dérouler a été tout sauf "classique". Petit tour d'horizon à travers le regard de quelques députés...

Une première année de législature hors du commun. Et cela à tous les étages avec, en Wallonie, un gouvernement qui ne s’est installé qu’en septembre, retardant de facto le travail législatif, ou, à l’échelon fédéral, des députés qui ont eu face à eux un exécutif minoritaire. Et on ne parle même pas de la crise du Covid-19 qui a bousculé les repères avec le vote des pouvoirs spéciaux. C’est dans ce contexte que quelques députés livrent leur bilan sous la forme de ressenti humain.

(Non) respect de la parole

"Après les élections, il y a eu plusieurs mois de discutailles stériles et désespérantes. J’avais honte et me suis interrogée sur mon utilité sociétale."
Catherine Fonck
Députée cdH

Direction la Chambre. "J’ai trouvé cela affligeant", envoie la députée de l’opposition cdH Catherine Fonck. "Après les élections, il y a eu plusieurs mois de discutailles stériles et désespérantes. J’avais honte et me suis interrogée sur mon utilité sociétale. Avec la crise du Covid, je vois cette utilité. On m’a traitée de drama queen mais j’ai l’impression d’avoir pu contribuer à faire bouger les choses dans la gestion de la crise en mettant la pression sur le gouvernement. C’est évidemment difficile de faire bouger les lignes quand on est membre d’un petit parti. Heureusement, le poids arithmétique n’est pas tout dans le travail parlementaire. Une connaissance du terrain est très importante."

"C’est très compliqué à vivre ce non-respect de la parole donnée. C’est surtout très compliqué de travailler avec le MR depuis l’arrivée de Georges-Louis Bouchez à la présidence."
Patrick Prévot
Député PS

Novice dans l’hémicycle après avoir été député en Région wallonne, le socialiste Patrick Prévot avoue pour sa part avoir été "déstabilisé" par le changement de décor entre Namur et Bruxelles. "Au Parlement wallon, on savait ce que c’était le respect de la parole donnée. Un accord verbal donné par un cadre du MR pour obtenir le soutien sur un texte législatif était respecté. A la Chambre, il peut toujours y avoir un coup de Jarnac. C’est très compliqué à vivre ce non-respect de la parole donnée. C’est surtout très compliqué de travailler avec le MR depuis l’arrivée de Georges-Louis Bouchez à la présidence car la parole donnée par un député libéral pour faire avancer un texte n’est souvent pas tenue par son président. Cela pèse sur la confiance."

Retard à l’allumage

A quelques encablure de la Chambre, à la Rue du Lombard, les membres de l’hémicycle bruxellois s’apprêtaient à passer la seconde avec l’ajustement budgétaire attendu au printemps quand le coronavirus a débarqué. "J’avais intégré les mécanismes et je commençais à être plus à l’aise dans le travail mais on a été stoppé net par la crise. C’est frustrant d’avoir si peu de réalisations après un an alors qu’on a amorcé une série de propositions", admet Leila Agic (PS), élue comme députée bruxelloise il y a un an.

"J’avais intégré les mécanismes et commençais à être plus à l’aise dans le travail mais on a été stoppé net par la crise."
Leila Agic
Députée PS

La socialiste se réjouit toutefois de la mise en place d’une commission dédiée aux droits aux femmes. "Ces questions étaient autrefois noyées dans la masse au sein de la commission Affaires générales. Le symbole est important, mais cela nous permet aussi d’être plus réactifs. Nous allons voter bientôt un texte relatif aux signalements de violences intrafamiliales en pharmacie."

" Il y avait très peu d’initiatives gouvernementales, ce qui a rendu le travail parlementaire assez compliqué."
David Weytsman
Député MR

Dans l’opposition à Bruxelles, le député David Weytsman (MR) retient surtout le démarrage assez lent. "Il y avait très peu d’initiatives gouvernementales, ce qui a rendu le travail parlementaire assez compliqué: aucun examen de textes et des réponses tardives à nos questions. Au moment du budget, on a pu constater que la majorité souffrait de ne pas avoir pu faire un travail plus approfondi là-dessus au moment des négociations. En regardant la liste de leurs engagements et la marge budgétaire, ils ont compris que ça n’allait pas le faire", estime le libéral qui relève aussi du positif: "On a le sentiment que l’on prend davantage en considération les propositions de l’opposition en intégrant les textes dans le débat général, ce qui est très appréciable!"

Pérennité du contrôle démocratique

"On n’a pas fait œuvre de législateur au cours de ces derniers mois. Cela a été chaque fois reporté."
François Desquesnes
Député cdH

De démarrage tardif, il en est aussi question en Wallonie où les députés n’ont pas encore pu débattre de grandes réformes. "On n’a pas fait œuvre de législateur au cours de ces derniers mois. Cela a été chaque fois reporté", regrette François Desquesnes, député de l’opposition cdH.

Elue pour la première fois, la députée de la majorité Fatima Ahallouch (PS) voit pourtant les choses autrement. "Je n’ai pas cette frustration comme d’autres députés. Le travail de député est aussi un travail de relais. On doit répondre à énormément de sollicitations venant du terrain." Quant à l’Ecolo Stéphane Hazée, il se réjouit de voir le contrôle démocratique se poursuivre. "Le mécanisme de questionnement à distance a permis de poursuivre le travail. Le contrôle démocratique n’a jamais été suspendu".

Un an après les élections

DOSSIER | Un an après les élections

Le Covid-19 a tout changé alors que le paysage semblait bloqué depuis les élections du 26 mai 2019. La crise sanitaire puis économique provoquera-t-elle un sursaut? Comment la politique est-elle pratiquée en ces temps troublés? État des lieux.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés