Ce mardi 3 septembre, nous serons tout juste 100 jours après les élections législatives du 26 mai.

100 jours donc sans gouvernement fédéral de plein exercice. Et même 256 jours si l’on prend en compte la période d’affaires courantes entre la démission de Charles Michel quelques jours avant Noël et le scrutin printanier. Le compteur commence donc à afficher des chiffres interpellants.

Citoyens, observateurs et responsables politiques ont quasiment intégré la lenteur à former un gouvernement comme "normale".

Or, à ce stade, la formation d’un nouveau gouvernement fédéral est dans les limbes. Il ne se passe rien ou presque. Ce n’est pas faire injure aux informateurs royaux, Didier Reynders et Johan Vande Lanotte, de le souligner: un vrai début de négociation n’a même pas eu lieu. Et ce n’est pas la réunion exploratoire à sept, organisée mercredi soir, qui change ce sentiment.

Plus fort encore: personne ne semble s’émouvoir vraiment de cette paralysie. Citoyens, observateurs et responsables politiques ont quasiment intégré cette lenteur comme "normale". Le sentiment d’urgence est presque inexistant.

La torpeur estivale a certes un côté anesthésiant. Mais il y a d’autres raisons. Le côté inextricable de la situation, où aucune coalition ne semble politiquement acceptable, est évidemment le problème majeur. L’absence de pression extérieure – de l’Europe ou des marchés – est un autre facteur.

541 jours

Le souvenir des fameux 541 jours sans gouvernement lors de la crise de 2010-2011 reste dans les mémoires. Pourquoi se dépêcher? Après tout, la Belgique avait traversé cette période sans souci grave. Pour preuve, la croissance avait bondi de 2,7% en 2010 et de 1,8% en 2011, des chiffres jamais atteints depuis lors.

Au passage, on rappellera que ces 541 jours étaient une exception, même dans un pays où former une majorité n’a jamais été une sinécure. Le précédent record du genre était de 194 jours (avant le gouvernement Verhofstadt III en 2007).

Alors, tout va bien? Comparaison n’est pas raison. Il y a de sérieux motifs de s’inquiéter. D’abord, le gouvernement qui expédie les affaires courantes n’a jamais été aussi faible: les partis qui le composent ne représentent que 38 sièges sur 150 à la Chambre, ce qui signifie tout de même un sérieux déficit démocratique. Qui plus est, l’exécutif se vide de ses leaders: après Kris Peeters en juin, Didier Reynders et Charles Michel sont en partance vers des destins européens. Que le dernier qui parte n’oublie pas d’éteindre la lumière!

Ensuite, des nuages sombres pointent à l’horizon sur le plan économique. Le budget belge risque de déraper. Logique puisque le gouvernail n’est plus vraiment tenu. On attend d’un jour à l’autre les dernières projections du "comité de monitoring", cet organisme qui surveille la trajectoire budgétaire de la Belgique. Mais selon nos informations, elles s’annoncent mauvaises

Enfin, le contexte international (Brexit, guerre commerciale…) est tout sauf réjouissant. Un indicateur pour vous le montrer: l’IFO. Ce baromètre sur le climat des affaires en Allemagne, publié en début de semaine, est une excellente jauge de l’évolution de l’économie. Or, il est au plus bas depuis 2012. La première économie de la zone euro, sa locomotive, le principal partenaire commercial de notre pays, cale. Il est de plus en plus vraisemblable qu’on se dirige vers une récession. Rien ne presse, vraiment?

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