analyse

Une facture Covid salée pour l'enseignement supérieur

Les étudiants masqués retrouveront les auditoires dès lundi. ©BELGA

La rentrée en mode Covid-19 entraîne des "surcoûts importants" pour les établissements supérieurs, dont les finances étaient déjà soumises à rude épreuve avant la crise.

Masque en tout temps, sens de circulation unique, gel hydroalcoolique à foison, équipement vidéo en auditoire... Bien des dispositions ont été prises dans l'enseignement supérieur pour garantir une rentrée en toute sécurité ce lundi.

5%
Des cours
A l'Université Saint-Louis, moins de 5% de la charge d'enseignement sera délivrée en distanciel pur.

Quasi partout, c'est au présentiel que la priorité sera donnée. À l'UCLouvain, par exemple, 80% des cours se tiendront en auditoire et 20% à distance. Du côté de l'Université Saint-Louis à Bruxelles, on table sur moins de 5% des enseignements en distanciel.

Des objectifs ambitieux, d'autant que ces acteurs doivent limiter l'affluence sur leurs campus, mais aussi dans leurs auditoires, où seul un siège sur deux pourra être occupé. Outre le travail colossal qu'ils représentent en termes logistiques, tous ces aménagements ont un coût. Et dans un enseignement supérieur sous-financé, c'est loin d'être un détail.

Facture de la crise

En avril dernier, un peu plus de deux millions d'euros avaient été débloqués par la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) pour permettre aux établissements supérieurs de prendre des mesures afin d'aider les étudiants touchés par la crise. Des moyens très rapidement engloutis...

"À l'Université Saint-Louis, on a reçu une subvention de l’ordre de 50.000 euros. C'est dérisoire et ce fut entièrement absorbé par des mesures sociales prises aux bénéfices des étudiants entre mars et juin", se souvient le recteur Pierre Jadoul. "Pour cette rentrée particulière, il y a évidemment des surcoûts extrêmement importants. Rien qu'en termes d'équipement des auditoires, on est déjà à environ 300.000 euros", explique-t-il.

Ces dépenses supplémentaires, elles seront à charge des établissements. Une note salée que les universités envisagent de présenter prochainement à la ministre Valérie Glatigny (MR). "Nous allons rédiger un rapport synthétique et solliciter une intervention du gouvernement", assure Pierre Jadoul.

Obtiendront-elles gain de cause? Au vu de l'état préoccupant des finances de la FWB, dont l'endettement atteindra les 10 milliards fin 2020, ce n'est clairement pas gagné.

Sous-financement récurrent

"Ce qui m'inquiète, ce n'est pas tant le coût immédiat de la crise Covid, mais plutôt la déterioration de la situation financière des universités depuis plusieurs années", souligne le recteur de l'Université de Liège (ULiège), Pierre Wolper.

"Ce qui m'inquiète, ce n'est pas tant le coût immédiat de la crise Covid, mais plutôt la déterioration de la situation financière des universités."
Pierre Wolper
Recteur de l'ULiège

Le constat n'est pas neuf: l'enseignement supérieur est victime d'un sous-financement, aggravé par la hausse indéniable de la population étudiante.

Avec le contexte d'enveloppe fermée, en vigueur en FWB depuis la fin des années 1990, c'est un réel problème. Dans les faits, cela signifie qu’au fur et à mesure qu’augmente le nombre de jeunes s’inscrivant dans les universités et hautes écoles, le montant moyen dont ces établissements disposent pour encadrer et former chacun d’eux diminue.

Certes, un refinancement à hauteur de 50 millions a été promis par les autorités politiques à l'horizon 2024, mais il reste "très insuffisant" de l'avis des acteurs du secteur. D'après eux, il faudrait 50 millions d'euros en plus chaque année... Autant dire qu'on en est loin, très loin.

"Les difficultés financières de la FWB ne peuvent pas mettre à mal cet engagement."
Valérie Glatigny
Ministre de l'Enseignement supérieur

"Cinquante millions sur la législature, c’est mieux que rien nous dit le politique, mais ça n'en reste pas moins totalement insuffisant", martèle Pierre Jadoul. Ce dernier, tout comme Pierre Wolper, ne cache d'ailleurs pas son inquiétude quant à l'arrivée effective de ces moyens d'ici 2024.

Au cabinet de la ministre Glatigny, on se veut rassurant. Sur les 50 millions promis l'an dernier, "cinq ont déjà été alloués pour l’année 2020", explique-t-on. "Les 45 millions restants seront échelonnés sur les quatre prochaines années. Les difficultés financières de la FWB ne peuvent pas mettre à mal cet engagement."

"Modèle pas tenable"

C'est noté, mais à plus long terme, comment améliorer la situation? "À un moment, il va falloir comprendre que le modèle actuel n'est pas tenable", assène le recteur de Saint-Louis.

"La construction actuelle n'est pas tenable dans la durée."
Pierre Jadoul
Recteur de l'Université Saint-Louis

Une réflexion sur le montant des minervals, plafonnés depuis plusieurs années, ne pourra probablement pas indéfiniment être exclue, même si cette piste n'enthousiasme ni les autorités publiques, ni les établissements supérieurs. La possibilité de faire contribuer davantage les étudiants européens non résident au coût de leur formation, tout comme une réflexion sur les critères de finançabilité, sont d'autres volets d'action potentiels.

Et au-delà du financement public? Mécénat et partenariat public-privé peuvent évidemement constituer des sources de revenus complémentaires, mais "on ne résoudra pas l'ensemble du problème de cette manière", conclut Pierre Wolper.

Les étudiants resteront tous finançables

La crise du Covid-19 a chamboulé le deuxième quadrimestre de l'année dernière. Dans ce contexte, la Fédération des étudiants francophones (Fef) avait demandé que tous les étudiants finançables en 2019-2020 le restent en 2020-2021.

De quoi parle-t-on exactement? A l'heure actuelle, le statut d'étudiant finançable dépend d'un calcul complexe des crédits obtenus par un jeune, et donc de sa réussite dans un certain nombre de matières.  Après des échecs répétitifs ou de nombreuses réorientations, une université ou une haute école peut refuser d'inscrire un étudiant devenu "non-finançable".

Vu les conditions particulières dans lesquelles s'est déroulée la deuxième partie de l'année académique, le politique a toutefois décidé d'immuniser cette année dans le calcul de la finançabilité. Résultat: les jeunes qui étaient finançables l'année dernière le restent, même s'ils ont échoué.

Une bonne idée? "Les intentions sont très généreuses, mais pour les étudiants, ce n'est pas nécessairement un bon plan", estime Pierre Jadoul. D'après lui, certains pourraient notamment tarder à envisager une réorientation de leur parcours.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés