analyse

Une fermeture des écoles qui pose mille questions

©Photo News

Du jour au lendemain, on bascule d'un enseignement à l'école vers des cours à distance. Quelles sont les implications de cette décision?

Dimanche soir, la ministre de l'enseignement obligatoire en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), Caroline Désir (PS), a annoncé la fermeture des écoles secondaires et un basculement vers l'enseignement à distance pour les trois jours qui précèdent les vacances. On décode cette décision.

1/ Qu’est-ce qui a provoqué la décision de mettre le secondaire en quarantaine?

La décision a été prise sous l’impulsion de… la Flandre. Inquiet de l’évolution de l’épidémie, le ministre flamand de l’enseignement, Ben Weyts (N-VA), a en effet commandé dare-dare un rapport spécial sur les écoles au Celeval. Les experts ont dessiné plusieurs scénarios.  

Le Premier ministre, Alexander De Croo (Open Vld), a jugé utile de réunir les trois communautés pour prendre une décision commune. La Flandre a joué cavalier seul, décidant de prolonger de 2 jours les vacances de Toussaint à l'image de ce qu'avaient déjà fait les francophones. Eux ont décidé d’aller plus loin. Il y a en effet deux fois plus de contaminations parmi le corps enseignant en Wallonie et à Bruxelles. Justifiant son refus de suivre les francophones, la Flandre a affirmé ne pas vouloir poser de problèmes organisationnels aux parents.

2/ Les écoles ont été averties en même temps que la population, dimanche soir. Pourquoi?

Le rapport du Celeval a été connu des autorités francophones vers 16h30. Il a fallu réagir dans l’urgence, et prévenir le plus rapidement possible tout le monde – parents compris – des décisions prises. En termes de communication, il aurait été impossible de garder l’information secrète en attendant le lundi matin, que les écoles en aient pris connaissance en priorité. "Il fallait aussi leur laisser le plus de marge possible pour se retourner, et agir", explique-t-on au cabinet Désir.

3/ Pourquoi ne pas avoir avancé les vacances?

L’objectif est de mettre la circulation du virus en milieu scolaire sur pause pendant 14 jours (comme une quarantaine). Mettre les élèves  en vacances trois jours supplémentaires est juridiquement compliqué dans le laps de temps imparti. En effet, le décret organisant le calendrier scolaire prévoit 182 jours de classe, avec une latitude de 2 jours à la hausse ou à la baisse. Cette latitude a déjà été utilisée pour prolonger les vacances de Toussaint. Il n’y avait pas d’autre choix que d’organiser l’école autrement.

Certaines communes, comme Mouscron, ont décidé de fermer complètement leurs écoles dès lundi, mais elles risquent de se heurter à des problèmes légaux qu’il faudra résoudre par la suite. Au cabine Désir, on explique aussi que la décision concrétise l’enseignement hybride (2 jours à l’école, 3 jours à la maison) prévu dans le scénario des codes orange et rouge.   

4/ Se prépare-t-on à une fermeture après le 11 novembre?

"On ne sait pas du tout ce qu'il adviendra par la suite, reconnaît-on au cabinet Désir. Seuls les chiffres de l’évolution de l’épidémie dicteront le scénario de l’après-Toussaint. Soit on pourra revenir en présentiel à 100% si la courbe s’est nettement infléchie, soit il faudra poursuivre l’enseignement hybride, soit il faudra passer à 100% en enseignement à distance en fermant les écoles. Rien n’est exclu."

"Seuls les chiffres de l’évolution de l’épidémie dicteront le scénario de l’après-Toussaint."
Cabinet de la ministre de l'enseignement Caroline Désir

5/ Pourquoi ne pas avoir décidé de faire de l’enseignement à distance dès ce lundi?

Il fallait aussi laisser aux établissements, aux enseignants et aux familles  le temps de s’organiser. C’est le branle-bas de combat dans les écoles : on vérifie l’équipement des élèves, on leur permet de récupérer leurs affaires. Du côté des syndicats et des pouvoirs organisateurs (PO), on dit pourtant que se préparer en deux jours sera très compliqué. Les enseignants vont faire de leur mieux pour fournir du travail aux adolescents, mais il risque d’y avoir pas mal de bricolage…

6/ Les écoles et les profs sont-ils prêts en termes d’équipement?

Les écoles ne partent pas du néant, comme c’était le cas fin mars. Une task force "Ecole numérique" a été lancée au mois de juin en FWB. Beaucoup d’établissements ont déjà fait usage des plateformes comme Teams, Smartschool, Classroom ou encore Happi. Cette plateforme a d’ailleurs été installée pour aider les écoles n’ayant encore aucune possibilité d’organiser l’enseignement à distance. Elle est mise à leur disposition par la FWB. 600 écoles et plus de 110.000 utilisateurs s’y sont déjà connectés.

7/ Les élèves sont-ils assez équipés en ordinateurs?

On ne peut pas affirmer que 100% des élèves disposent d’un moyen de se connecter à l’école "en ligne". Une toute grosse majorité dispose de smartphones, mais cela ne suffit pas. La FWB s’était déjà saisie de ce problème durant la première vague, et avait lancé des marchés publics et des partenariats pour équiper les jeunes qui n’ont pas d’ordinateur à la maison. A ce stade, 2.255 ordinateurs ont déjà été distribués via les écoles. L’ASBL DigitalForYouth doit encore fournir 3.800 portables.

2.225
Odinateurs
La FWB a déjà récolté et distribué 2.225 ordinateurs pour équiper les familles qui n'en disposent pas. On en attend encore 3.800.

8/ Va-t-on pouvoir poursuivre de nouveaux apprentissages?

La situation étant très différente du mois de mars, et toutes les écoles ayant déjà pu expérimenter l’enseignement à distance, il n’y a plus de raison pour ne faire que de la remédiation/consolidation.

9/ Un rattrapage de cette crise ne devient-il pas inévitable durant les prochaines vacances d’été? Faut-il s’y préparer?

Dans son rapport, le Celeval évoque un éventuel raccourcissement des vacances d’été. Il permettrait notamment de ne pas accumuler davantage de retard encore pour cette année scolaire. D’autant qu’un prolongement des vacances de carnaval n’est pas exclu. "C’est beaucoup trop tôt pour en parler", dit-on chez Caroline Désir. D’abord, il faut parer au plus urgent.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés