Une micro-entreprise censée gérer les convocations pour les vaccins

La campagne de vaccination patine (ici, le centre de vaccination de Colfontaine), suite à des problèmes en série liés aux invitations. ©BELGA

La gestion des invitations pour les vaccins contre le Covid-19 a été confiée à Doclr, une toute petite entreprise. Des invitations qui connaissent de nombreux couacs.

Il y a d’abord eu un faux départ: le système d'invitations au vaccin, qui aurait dû être opérationnel le 12 février, ne l’a été que cinq jours plus tard, obligeant le tout nouveau centre de vaccination du Heysel à refermer temporairement ses portes. Il y a ensuite eu des couacs dans les invitations: coordonnées erronées, invitations de personnes déjà vaccinées, décédées, ou non prioritaires... Résultat: seuls 25% à Bruxelles et un tiers en Wallonie ont répondu présents. Bien sûr, la méfiance à l'égard du vaccin AstraZeneca joue, mais l'envoi des premières invitations par email et SMS, sur base de coordonnées peu fiables, y est pour beaucoup. Et de nouveaux dysfonctionnements dans le système étaient signalés ce mardi au Heysel.

La situation devrait s’améliorer, puisque les invitations partent désormais par voie postale – une option qui n’était pas possible précédemment. Et pour éviter de perdre des vaccins, les autorités ont pris des mesures d’urgence. À Bruxelles, les services d’intervention de la police et le personnel des établissements de soin ont été invités à se rendre au Heysel sans rendez-vous. Et la Wallonie a décidé d'assouplir les modalités d’invitation en intégrant de nouveaux groupes cibles, dont les policiers ou les étudiants en dernière année dans les professions de la santé. Mais en attendant, la campagne de vaccination patine.

À qui la faute?

Beaucoup de doigts pointent la responsabilité de Doclr, la société qui a conçu ce système d’invitations. De son vrai nom Paronella, l’entreprise est une toute petite structure – son siège est basé à Haasrode, dans la commune d’Oud-Heverlee, dans une maison particulière où sont domiciliés deux des trois fondateurs et deux autres de leurs entreprises, un cabinet médical et une société de conseil en informatique. Paronella a été créée en 2017 sous forme de société en commandite simple, n’a pas déposé de comptes à la Banque nationale et n’a pas répondu à nos appels.

Doclr, de son vrai nom Paronella, a son siège dans une maison particulière où sont domiciliés deux des trois fondateurs et deux autres de leurs entreprises.

Sa spécialité? Le logiciel Doclr, un système d'agenda en ligne pour les médecins. L’entreprise avait déjà décroché, cet été, un contrat estimé à 509.800 euros pour la centralisation des rendez-vous pour les tests Covid, sans appel à concurrence pour cause d’urgence, selon l’adjudication. Le marché pour les invitations au vaccin a, lui, bien fait l’objet d’un appel d’offres concurrentiel, affirme le porte-parole de Smals, la société adjudicatrice, mais il n’a pas encore été rendu public.

Dans un courrier envoyé à ses collègues ministres de la Santé, le ministre bruxellois Alain Maron (Ecolo) dit avoir exprimé ses craintes dès la sélection de l’entreprise. Il pointe toute une série de problèmes, dont la lenteur du système et le manque de garde-fous pour éviter les erreurs. Et le helpdesk serait réduit à sa plus simple expression – un groupe WhatsApp où une seule personne, qui est également le développeur, semble répondre. "Doclr est une PME", reconnait Jan-Frans Lemmens, porte-parole de Smals, "mais elle a prouvé ses capacités avec la plateforme de rendez-vous pour les tests et nous avons suivi toutes les règles d’adjudication."

Une responsabilité partagée

Et Doclr n’est pas responsable de tout. Si elle est responsable de l’outil en ligne pour l’envoi, la confirmation et le traitement des invitations, c’est en fait Smals qui gère la base de données des codes de vaccination. Organisée sous forme d’ASBL, cette entreprise, présidée par le fameux Frank Robben, ce haut fonctionnaire qui vient d’être désigné ‘big brother de l’année’ pour l'imbrication de ses nombreuses fonctions par la fondation créée par le juriste spécialisée en protection de la vie privée Matthias Dobbelaere-Welvaert.

Smals, qui est le partenaire ICT privilégié des administrations et des organisations publiques du secteur social et des soins de santé, n’est pas un petit joueur: il emploie quelque 2.000 personnes et a développé, entre autres, la Banque Carrefour des Entreprises, l’application Dimona, l’eBox ou le Passenger Location Form.

Il n'est toutefois pas seul responsable de la mauvaise qualité de la base de données vaccination, qui est alimentée par une série d’autres acteurs. Dans la phase actuelle, qui concerne surtout les personnes actives dans les soins de santé, elle se repose sur les coordonnées fournies par la Cocom à Bruxelles et l’Aviq en Wallonie, et quand aucune coordonnée électronique n’est disponible auprès des autorités régionales, sur la base de données CoBRHA. Et là, c’est un bug survenu à l’Inami fin de l’année dernière qui expliquerait pas mal d’erreurs.

Quant aux invitations de certaines personnes jeunes, sans comorbidité, et ne faisant pas partie du personnel de soins, elles ont été envoyées par erreur, mais elles étaient prévues en même temps que celles des patients à risque, explique Smals, pour mieux protéger la vie privée des personnes convoquées... Et les centres de vaccination, qui poussent sur le bouton, auraient leur responsabilité dans ces invitations prématurées.

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