Une piste pour soigner les cancers des enfants sans chimiothérapie

©Bloomberg

La recherche contre le cancer des enfants, un domaine plutôt délaissé par les grandes entreprises pharmaceutiques, vient d’enregistrer une belle avancée à l’Institut de Duve (UCLouvain).

Y aura-t-il bientôt une alternative à la chimiothérapie pour soigner les enfants souffrant d’un cancer? Les résultats de recherches menées depuis 4 ans par la Professeure Anabelle Decottignies et son équipe de l’Institut de Duve (UCLouvain), à Bruxelles, le laissent entrevoir.

"Nous avons identifié une protéine capable de bloquer l’action des télomères de certaines cellules malignes", annonce aujourd’hui Anabelle Decottignies. Les résultats de ses recherches viennent d’être publiés dans la revue scientifique "Molecular Cell". "Il s’agit d’un nouveau moyen d’enrayer la prolifération des tumeurs sans avoir recours à la chimiothérapie."

Les télomères se situent à l’extrémité de nos chromosomes. Avec l’âge, ils raccourcissent naturellement, ce qui entraîne le vieillissement des cellules. Dans le cas de cellules cancéreuses, les télomères restent, par contre, vaillants. Ils ne raccourcissent pas. Les cellules cancéreuses ne vieillissent dès lors pas et continuent à se diviser rapidement, formant des tumeurs et des métastases.

Ciblage d’un mécanisme alternatif

Dans la plupart des cas de cancers chez l’adulte, les cellules cancéreuses peuvent réactiver l’expression d’un gène embryonnaire. Au premier stade du développement embryonnaire, nos cellules sont "éternellement jeunes" grâce à une enzyme: la télomérase. Dans 90% des cancers de l’adulte, cette enzyme peut se réveiller, favorisant la formation de tumeurs et de métastases.

C’est la première fois qu’on trouve une cible aussi spécifique pour contrer les cellules cancéreuses chez l’enfant.
Anabelle Decottignies
Maître de recherche à l'Institut de Duve (UCLouvain)

Dans les autres cas, les cellules cancéreuses développent un système alternatif. Ce mécanisme, appelé ALT ("Alternative Lenghtening of Telomeres"), se met en place bien plus fréquemment chez l’enfant (dans 30% des cancers pédiatriques environ). D’où l’intérêt des travaux réalisés à l’UCLouvain.

Protéine-clé

"Après quatre années de travail, nous avons identifié une protéine qui permet de bloquer ce mécanisme ALT", précise la Professeure Decottignies. "Nos travaux nous ont permis d’identifier une protéine-clé qui intervient dans ce processus ALT: la protéine 'TSPYL5'. Elle est indispensable au bon fonctionnement des télomères des cellules cancéreuses, mais pas des télomères des cellules utilisant la télomérase, ni des cellules saines".

En éliminant cette protéine, les cellules cancéreuses meurent suite au dysfonctionnement de leurs télomères. "C’est la première fois qu’on trouve une cible aussi spécifique pour contrer les cellules cancéreuses chez l’enfant", se réjouit Anabelle Decottignies.

Tous les cancers ne sont pas concernés par cette découverte. Dans le cas de la leucémie, par exemple, qui représente un quart des cancers pédiatriques, ce mécanisme ALT n’intervient pas. Par contre, pour d’autres cancers comme des sarcomes (le cancer des os notamment), ou le glioblastome (cerveau), le mécanisme ALT présente bel et bien une piste intéressante qui pourrait un jour être une alternative aux chimiothérapies administrées aux enfants.

 

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