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Une relation au travail à réinventer

Dans certaines branches d'activité, le télétravail est devenu la norme. ©BELGAIMAGE

Le Covid a bouleversé le quotidien de bien des travailleurs. De nouveaux modes de travail sont en passe de s'imposer au-delà de l'horizon de la crise actuelle.

En un an, le Covid a profondément modifié notre rapport au travail. Pour bon nombre d'entre nous, rien ne sera plus jamais comme avant. Certains ont perdu leur emploi, d'autres croulent sous le travail, dans les soins de santé notamment, beaucoup d'autres enfin ont basculé en mode télétravail.

Dans tous les cas, ce sont des quotidiens chamboulés et des certitudes remises en question. Nous avons rencontré "Mous l'Écailler", lassé d'attendre un déconfinement de l'horeca qui, tel un mirage, s'éloigne sans cesse. Il est aujourd'hui facteur chez bpost, un emploi sûr et stable. Adieu la vie d'artiste, bonjour la vie de famille.

Nous avons aussi parlé avec une autre victime du Covid, consultant indépendant dans une banque pendant trente ans. La maladie lui a fait prendre conscience des fragilités de la vie et, lui aussi, a opté pour la certitude en acceptant un contrat de salarié au sein de la même institution. Ce faisant, il renonce à la liberté dont il jouissait en tant que freelance, mais il apprécie la sécurité qu'offre le cadre salarié.

Prenez quelques minutes pour faire le point

Pas de besoin de créer un compte, il suffit d'entrer un mot de passe et de le confirmer pour accéder au questionnaire. Sachez que toutes les réponses sont anonymisées et qu'elles ne font l’objet d’aucune exploitation commerciale.

Certains ont choisi de ne pas se laisser abattre, comme Stijn Goethals, ce chef d'une entreprise qui loue des plantes vertes pour des événements et qui, du jour au lendemain, a vu son chiffre d'affaires tomber à zéro. Dix-neuf années de labeur parties en fumée. Après avoir broyé du noir pendant quelques mois, il a décidé de puiser dans les réserves qui lui restaient pour investir en vue de la reprise. Une reprise à laquelle il croit fermement et pour laquelle il entend être positionné au mieux.

Et puis, il y a ces centaines de milliers de Belges qui travaillent de la maison: une bénédiction pour les uns qui apprécient de ne plus devoir faire la navette, une malédiction pour les autres qui n'en peuvent plus de vivre entre leurs quatre murs.

Machine à café désertée

Une chose est sûre cependant, les règles de distanciation ont complètement modifié la relation de l'homme au travail. Certainement dans les organisations qui fonctionnent à l'ancienne, c'est-à-dire avec un espace où tout le monde pouvait se rencontrer en réunion ou de manière informelle, autour de la machine à café.

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travailleur
D'après la Banque nationale, fin février, un tiers des gens travaillaient de la maison.

D'après la Banque nationale, fin février, un tiers des gens travaillaient de la maison, une proportion inchangée depuis le deuxième lockdown, entamé à l'automne dernier. Dans le secteur bancaire, deux tiers des salariés sont chez eux à plein temps. Le défi est de parvenir à conserver une certaine cohésion au sein des équipes et entre les membres du personnel.

Chez Janssen Pharmaceutica par exemple, 3.000 des 5.000 collaborateurs sont en télétravail depuis un an. Le fait que l'entreprise soit impliquée dans le développement de vaccins contre la pandémie stimule la motivation des gens. Mais l'isolement reste un souci, surtout pour les quelque 800 collaborateurs étrangers, venus d'une cinquantaine de pays différents.

"La crise économique s'est doublée d'une crise du lien social entre les collaborateurs."
Ans De Vos
Antwerp Management School

D'après Ans De Vos, spécialiste RH à l'Antwerp Management School, pour bon nombre d'entreprises, la crise économique s'est doublée d'une crise du lien social entre les collaborateurs. Des enquêtes trimestrielles qu'elle a menées avec sa collègue Kathleen Vangronsvelt, en collaboration avec la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), une priorité s'impose: 86% des 318 employeurs interrogés se disent inquiets au sujet de la santé mentale du personnel. Un chiffre très élevé, selon elle. L'implication des collaborateurs arrive en deuxième position (61%).

Le grand écart

C'est un peu le grand écart, admet Ans De Vos. Les entreprises ont un rôle à jouer dans la lutte contre la pandémie en imposant la distanciation sociale, mais c'est aussi leur responsabilité de veiller à la santé mentale de leurs collaborateurs. Son enquête montre que si certaines entreprises laissent revenir certains membres de leur personnel, c'est d'abord en raison de la nature du travail et ensuite seulement pour la santé psychologique.

Le travail en présentiel cinq jours par semaine semble faire partie du passé.

Or, on sait que l'ambiance de travail et l'esprit d'équipe créent de la loyauté. C'est souvent ce qui retient certaines personnes au sein de l'entreprise. Jusqu'à présent et si l'on se fie aux chiffres des secrétariats sociaux, le télétravail n'a pas provoqué un plus haut taux de rotation au sein des entreprises. Au contraire même. D'après Acerta, 2,4% des salariés ont remis leur démission en 2020; c'est le chiffre le plus bas depuis cinq ans. Ce qui peut se comprendre, vu le contexte économique incertain. En 2019, on était encore à 3,3%.

Modèle hybride

Après une année de pandémie, les entreprises sont désormais en mesure de dresser un premier bilan. Si nombre d'entre elles sont impatientes de voir revenir leurs collaborateurs, le travail en présentiel cinq jours par semaine semble faire partie du passé. Un consensus semble se dégager en faveur d'un modèle hybride, en alternant le confort du travail à la maison avec le lien social que l'on trouve au bureau.

Plusieurs sociétés (Argenta et Telenet, par exemple) viennent d'ailleurs de conclure de nouvelles CCT pour formaliser cette nouvelle façon de travailler.

5 conseils aux managers pour gérer le télétravail

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