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analyse

Vaccination: le compte est-il bon?

En Israël (photo) et aux États-Unis, la vaccination des 12-15 ans a été menée tambour battant. En Belgique, elle est autorisée, mais du bout des lèvres. ©ZUMA Press

En Europe, 70% des adultes ont reçu une première dose. En Belgique, ce cap est franchi depuis un mois. Et ne suffira guère. Comment éviter que l'automne 2021 suive les traces de son prédécesseur?

Mission accomplie? Objectif atteint en tout cas, s'est réjouie ce mardi la Commission européenne, qui s'était engagée à protéger 70% des adultes de l'Union avec au moins une dose pour le mois de juillet. Tout en reconnaissant que le travail est loin d'être achevé puisque le schéma vaccinal n'est complet, et ne déploie toute son efficacité, qu'après l'injection de deux doses – à l'exception du vaccin à dose unique Johnson & Johnson. Pour l'heure, seuls 57% des adultes européens bénéficient d'une protection complète.

Le cap est donc symbolique. Et a, à ce titre, également été dépassé, et fêté, en Belgique, il y a un gros mois. À l'heure actuelle, 83,1% des Belges de plus de 18 ans ont bénéficié d'une première injection (soit 68,7% de la population totale) et 67,9% d'entre eux bénéficient d'une protection complète (54,6% de la population).

83,1%
Belges de plus de 18 ans ayant reçu au moins une dose
À l'heure actuelle, 83,1% des Belges de plus de 18 ans ont bénéficié d'une première injection, ce qui représente 68,7% de la population totale. Du côté des vaccinations complètes, le curseur en est à 67,9% des adultes, soit 54,6% de la population belge.

Comme tout symbole, celui-ci n'est pas exempt de failles. Notamment parce que ce chiffre brandi comme un trophée est une moyenne, derrière laquelle se cachent d'importantes disparités. En Europe, où certains pays sont à la traîne. En Belgique aussi, où le taux de couverture des adultes par une première dose varie fortement d'une Région à l'autre, culminant à 89% en Flandre contre 61% à Bruxelles.

Fossé générationnel et géographique

C'est essentiellement à Bruxelles que les "jeunes" traînent la patte: en Flandre, 81% des 18-34 ans sont passés par la case "piqûre", contre 44% dans la capitale. Ce qui laisse quelque 180.000 Bruxellois et Bruxelloises de moins de 35 ans n'ayant pas encore réagi à leur invitation, chiffre la Cocom, en charge de la campagne à Bruxelles.

44%
Des 18-34 ans vaccinés à Bruxelles
C'est essentiellement à Bruxelles que les "jeunes" traînent la patte: en Flandre, 81% des 18-34 ans sont déjà passés au moins une fois par la case "piqûre", contre 44% dans la capitale.

Limiter l'enjeu des poches de population où la protection vaccinale est faiblarde à Bruxelles tient toutefois du raccourci. Certes, dans le top 10 des communes présentant le plus faible taux de vaccination, on retrouve huit entités bruxelloises. Mais Herstappe (39%) occupe la première place, tandis que Doische (58%) clôt ce classement. La carte dressée par Sciensano l'illustre clairement: le défi est tant bruxellois que carolorégien ou liégeois.

"De larges poches de populations non vaccinées risquent de pousser l’apparition de variants, avec une plus grande transmissibilité et plus efficaces en matière d’échappement vaccinal."
Emmanuel André
Microbiologiste (UZLeuven)

Au risque de jouer les rabat-joie, poursuivons l'élaboration de cette liste de bémols. Aussi scintillante soit leur couverture vaccinale, ni l'Europe ni la Belgique ne sont des îles. Autrement dit, le succès de la vaccination de par le vaste monde les concerne au premier chef. "De larges poches de populations non vaccinées risquent de pousser l’apparition de variants, avec une plus grande transmissibilité et plus efficaces en matière d’échappement vaccinal", nous expliquait en mai le microbiologiste Emmanuel André (UZLeuven).

70%, cela risque de ne pas suffire

Enfin, cet objectif de 70% était celui brandi au début de la campagne, lorsque les variants ne s'en donnaient pas encore à cœur joie. Depuis, Alpha puis Delta sont entrés dans la danse, à chaque fois plus transmissibles, entrainant à la hausse la proportion de la population à protéger afin de frôler tant que faire se peut l'immunité collective. En Belgique, la task force s'est fixé comme objectif de dépasser le cap des 80% de la population en âge d'être vaccinée. Sachant que l'on n'invite à tour de bras qu'à partir de 16 ans, cela signifie que si la vaccination est notre arme principale, elle ne peut être la seule. 

Comment, dès lors, éviter que la rentrée 2021 soit une resucée du (mauvais) scénario de 2020? "D'ici là, la vaccination aura encore progressé, se réjouit l'infectiologue Yves Van Laethem. Et on aura dépassé les 70% d'adultes ayant reçu deux doses, ce qui constitue un bien meilleur blindage."

"Il faudra poursuivre le séquençage, afin de tenir à l'œil un éventuel échappement vaccinal."
Yves Van Laethem
Infectiologue et membre du Conseil supérieur de la santé

Qui devra être combiné avec le maintien des mesures de distanciation dans une série de lieux clos, transports en commun en tête. "De même, il faudra poursuivre le séquençage, afin de tenir à l'œil un éventuel échappement vaccinal."

Gros chantier, si l'on désire éviter l'instauration d'un sésame vaccinal comme en France ou, plus brutal, la mise sous cloche de secteurs entiers comme par le passé: "miser le plus possible sur la ventilation et les mesures de précaution, établissement par établissement".

L'école sous la loupe?

Septembre, cela rime également avec va-et-vient des vacanciers avant la rentrée des classes. Les retours de l'étranger ne pourraient-ils pas être surveillés de plus près, le passeport sanitaire européen étant inspecté avec une rigueur à géométrie variable? "Sans aucun doute, assène Yves Van Laethem. Sans pour autant qu'il faille s'en faire, pour l'instant, quant à la circulation des variants, puisque le Delta devrait représenter, à présent, environ 85% des infections." Inutile, dès lors, de craindre son importation.

"Faut-il poursuivre des investigations poussées dans les classes, afin de détecter et isoler le plus rapidement possible, ou au contraire tolérer une certaine circulation du virus, au vu des résultats de la campagne de vaccination? Les experts sont partagés."
Yves Van Laethem

Reste la question des écoles. "Faut-il poursuivre des investigations poussées dans les classes, afin de détecter et isoler le plus rapidement possible, ou tolérer une certaine circulation du virus, au vu des résultats de la vaccination?" Les experts sont partagés, confesse Yves Van Laethem. Qui se veut relativement confiant. "Septembre ne sera pas nécessairement une poudrière et pourrait se résumer à une succession de vaguelettes. J'espère avoir raison."

Le résumé

  • En Europe, 70% des adultes ont reçu une première dose de vaccin. En Belgique, on en est à 83,1%.
  • Un symbole, certes, mais qui ne suffira guère. Au vu, notamment, des disparités générationnelles et géographiques que cache cette moyenne.
  • Sans parler de la transmissibilité accrue des variants.
  • Pour autant, septembre 2021 ne sera pas nécessairement un mauvais remake de septembre 2020.

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