tribune

Vacciner sur les lieux de travail plutôt qu'offrir un congé vaccin

La vaccination immédiate de la population active doit être une priorité absolue. Mais le congé vaccin n’est certainement pas l'instrument le plus efficace pour y parvenir.

Aujourd’hui, la perspective de vaccination est le mantra d’une liberté retrouvée, d’une vie sociale et professionnelle renouvelée. Or, le programme de vaccination en Belgique n’avance nullement

Pieter De Koster ©RV DOC

En termes de vaccination, la Belgique se positionne 27e sur 31 pays (EEE plus le Royaume-Uni). Or, on pourrait tout même attendre d’un pays qui affiche un des taux de dépenses publiques (par rapport au PIB) les plus élevés de l’UE, que ces dépenses énormes en matière de santé publique nous assurent au moins des résultats corrects en matière de protection sanitaire. Eh bien non. Le problème d’approvisionnement de vaccins n’est même pas une excuse puisque cela vaut pour toute l’UE.

Notre économie s’écroule sous les mesures sanitaires strictes de quarantaine, de congé de maladie (hospitalisation) et de télétravail. Le télétravail – pour autant que réaliste (pensez à l’industrie) – provoque, après six mois, des symptômes de léthargie, de désintéressement et de défaillance en productivité. Continuer chaque jour de cette façon nous coûte des dizaines de millions d’euros de production et de plus-value ratées. En même temps, environ 40% des infections proviennent vraisemblablement des lieux de travail.

Notre économie s’écroule sous les mesures sanitaires strictes de quarantaine, de congé de maladie (hospitalisation) et de télétravail.

A l'évidence, la vaccination immédiate et efficace de la population active devrait être une priorité absolue.  Jusqu’ici, la protection prioritaire des plus vulnérables a toujours été la voie privilégiée du point de vue épidémiologique et politique. A cette fin, les centres de vaccination procèdent lentement et rigoureusement sur base de critères rudimentaires de "vulnérabilité" (âge et conditions sous-jacentes).

D’un point de vue économique, une autre approche et une priorité additionnelle paraissent nécessaires. Aujourd’hui, les entreprises disposent (enfin) de tests rapides pour vérifier si les travailleurs sont infectés ou non. Demain, une nouvelle formule de petit chômage entrera en vigueur, le soi-disant "congé vaccin". Les travailleurs pourront prendre congé – payé bien évidemment par leur employeur - , pour remplir un devoir civique simple. Ce congé payé couvre non seulement le temps de la piqure mais aussi le temps de se rendre au centre. L’unique preuve requise est la confirmation du rendez-vous (et non pas la preuve de l’administration effective du vaccin).

Approche alternative

Peut-on suggérer une approche alternative ou complémentaire? Procéder à la vaccination directement sur les lieux de travail ? Les services externes pour la prévention et la protection au travail peuvent jouer un rôle clé dans cette approche. Ils sont organisés de façon professionnelle et ils couvrent tous les secteurs d’activité. Ils ont aussi une expertise et une expérience énorme dans le contexte de la protection sanitaire dans des entreprises et disposent d’équipes de professionnels médicaux. 

Chaque jour, ils assurent la prévention, la gestion de risques et la surveillance médicale et ils sont parfaitement en mesure – avec les fameux "autobus" - de vacciner sur place dans les meilleures conditions hygiéniques. Leur expertise est prouvée chaque année avec les programmes de vaccination contre la grippe. Cette approche permettrait de vacciner chaque jour des milliers de travailleurs dans une campagne bien focalisée.

Le congé vaccin n’est pas vraiment un instrument efficace au redémarrage de l’économie.

Les avantages de cette suggestion sont évidents. Une source majeure d’infections (le lieu de travail) est ainsi éliminée. La population active est protégée contre le virus, ce qui permettra de rouvrir la société et faire redémarrer la vie économique à toute vitesse.

Comparons cette approche aux désavantages que présente le congé vaccin. Celui-ci présente une nouvelle charge pour les entreprises, n’impose pas de preuve concluante de vaccination et ne protège que des travailleurs individuels, et non pas une entreprise ou un site entier. Le congé vaccin n’est donc pas vraiment un instrument efficace au redémarrage de l’économie.

Multiples échecs et promesses vides

Un appel récent de la part du secteur de la construction à autoriser l’intervention des services externes de prévention a été rejeté par la "taskforce" campagne de vaccination, sous prétexte que les travailleurs peuvent prendre rendez-vous au centre de vaccination après le travail. Cette réponse manque toutefois de pertinence : l’enjeu n’est pas d’économiser sur le congé vaccin mais d’accélérer le processus de vaccination en le concentrant sur des entreprises dans leur entièreté.   

Après les multiples échecs lors de la phase de démarrage de la vaccination et après toutes les promesses vides sur le déroulement ultérieur de ce processus, il est impératif de rediriger la stratégie de vaccination et de se focaliser sur sa rapidité et l’efficacité. Au lieu de préconiser le congé vaccin il vaudrait donc mieux miser sur l’autobus de vaccination comme un outil permettant d’avancer à pas de géants dans la campagne de vaccination.

Pieter De Koster
Avocat Bird & Bird LLP

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés