Van Ypersele réveille la réaction en chaîne du débat sur la prolongation du nucléaire

©Dieter Telemans

Garder le nucléaire en attendant de rattraper le temps perdu en matière de renouvelable? Le climatologue notoirement antinucléaire rallume le débat.

Prolonger les centrales nucléaires? Le serpent de mer divise la Belgique entière depuis la loi de sortie, qui prévoit leur fermeture entre 2022 et 2025. Alors quand un climatologue de renom, Jean-Pascal van Ypersele, opposé de longue date à l’énergie atomique, se prononce en faveur d’une prolongation de centrales au-delà de la date butoir, les partisans de l’atome prennent la balle au bond. À l’image du Forum nucléaire: "L’ancien vice-président du Giec plaide pour la prolongation de quelques centrales nucléaires", a tweeté le lobby du secteur, renvoyant vers les propos que le climatologue de l’UCLouvain a tenus dans le journal De Zondag.

Largement relayée, l’information a pu surprendre, venant d’une personnalité notoirement antinucléaire. Et le premier intéressé d’assurer que sa position n’a pas fondamentalement changé: l’abandon du nucléaire exige des mesures qui n’ont pas été prises. "Tous ceux qui se réjouissent un peu rapidement de ce que j’ai dit en laissant croire que c’est le nucléaire qui va permettre la décarbonation en Europe font une erreur grave", nous dit-il.

Souffler la flamme bleue?

Reste qu’à moyen terme, entre deux maux, il préfère donc l’électricité nucléaire, dont la production n’émet que peu de gaz à effet de serre, à celle au gaz. "Alors que le sujet est d’atteindre la neutralité carbone, ce dont on parle avec le plus d’enthousiasme, c’est de la construction de nouvelles centrales au gaz. Ça ne me semble pas être la meilleure manière de décarbonner!", souligne-t-il.

"Il ne faut pas que les opérateurs du nucléaire puissent indûment tirer parti de cette éventuelle prolongation."
Jean-Pascal van Ypersele

D’où la nécessité à ses yeux de prolonger le nucléaire belge. Le climatologue défend néanmoins des conditions très strictes de sûreté et de rentabilité. "Il ne faut pas que les opérateurs du nucléaire puissent indûment tirer parti de cette éventuelle prolongation", plaide-t-il.

Une position qui a le don d’irriter Ronnie Belmans, professeur à la KULeuven et CEO d’EnergyVille, une plateforme de recherche consacrée aux énergies durables. "Je ne connais rien au climat, je suis ingénieur en énergie et ce que je peux dire, c’est qu’il est possible de fermer les réacteurs entre 2022 et 2025. Ça prend deux ans de construire une centrale TGV (turbine-gaz-vapeur, NDLR). Des centrales à haut rendement qui tourneraient toute l’année et qui fourniraient de l’énergie à nos pays voisins, comme les Pays-Bas et l’Allemagne, qui ferment leurs vieilles centrales à charbon. Si on prolonge le nucléaire de dix ans, qu’est-ce qu’on fait après? Le problème est qu’on doit donner aux investisseurs un signal clair. L’incertitude se fait au détriment de tout le monde."

Problème périphérique

Les deux hommes, que l’on a interrogés séparément, sont en tout cas d’accord sur une chose: la question de la prolongation du nucléaire est périphérique en regard de l’enjeu. "Quand on parle d’énergie, on se focalise beaucoup trop sur l’électricité, et sur le nucléaire. Or ce n’est qu’un des multiples aspects de la question, reprend Van Ypersele. Moi, le défi qui m’empêche parfois de dormir, c’est la réduction des émissions de gaz à effet de serre en Belgique et dans le monde. Le premier objectif, c’est de diminuer la consommation d’énergie dans tous les domaines. Ça demande de revoir la manière dont on se déplace, dont on se chauffe, dont on fabrique les produits industriels, dont on les transporte…"

"Nos centrales nucléaires ne représentent qu’environ 10% de l’effort à fournir d’ici dix ans…"
Ronnie Belmans CEO Energyville

Ronnie Belmans dégaine une poignée de chiffres: "Les règles européennes exigent qu’en 2030, on produise un tiers de notre consommation énergétique globale à partir de sources vertes, ça représente 150 térawatt-heure (TWh). Pourquoi se concentre-t-on sur l’électricité, qui ne représente que 18% de la consommation finale d’énergie? Nos centrales nucléaires, quand elles tournent de façon optimale, ne représentent que 16 TWh, soit environ 10% de l’effort à fournir d’ici dix ans…" Si la consommation ne change pas. Car, conclut van Ypersele, "il faut aller le plus vite possible vers une sobriété énergétique qui n’existe pas aujourd’hui".

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