Vers une pénurie d'experts-comptables et de conseillers fiscaux?

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Face aux contraintes réglementaires croissantes, les experts-comptables et conseillers fiscaux voient grimper leurs primes d’assurance. Le secteur attire de moins en moins les jeunes. On risque une pénurie d’ici quatre à cinq ans.

L’inflation de nouvelles réglementations et les amendes qui bien souvent les accompagnent rendent le travail des experts-comptables et des conseillers fiscaux plus difficile qu’auparavant mais aussi plus risqué. Au point que les professions économiques voient leurs primes d’assurance augmenter. "Bientôt nous risquons de ne plus pouvoir nous assurer", prévient le président de l’ICE, Bart Van Coile.

Hausse du risque

Les tâches des comptables et fiscalistes n’ont cessé de s’étendre. Ils ont dû intégrer le nouveau Code des sociétés, le nouveau Code de droit économique, le nouveau droit successoral. Ils doivent aussi inscrire leurs clients dans le nouveau registre UBO (Ultimate beneficial owner), les mettre en ordre par rapport aux règles anti-blanchiment, tenir compte des règles devenues plus contraignantes en matière de protection de la vie privée, etc.

"Les nouvelles obligations sont souvent assorties d’amendes."
bart van coile président de l’institut des conseillers fiscaux et experts-comptables

"Ça devient vraiment très compliqué. D’autant que ces obligations sont le plus souvent assorties d’amendes", indique Bart Van Coile. "Si les choses ne sont pas faites dans les règles, le client peut se retourner contre son conseil et exiger des dommages et intérêts." L’importance du montant des litiges a tendance à augmenter. Dans certains cas, on parle de plus de 100.000 euros.

Le résultat, c’est une hausse proportionnelle des primes d’assurance pour couvrir les éventuelles fautes professionnelles.

Si on ajoute à cela un marché peu concurrentiel, avec seulement trois polices qui couvrent ce type de risque, on comprend mieux pourquoi les primes ne peuvent qu’augmenter. "S’assurer convenablement va devenir de plus en plus difficile pour les membres de notre profession."

Un effet Panama Papers?

On pourrait objecter que ces réglementations contraignantes sont quelque part le résultat des scandales comme les Panama Papers qui ont entaché la réputation du secteur. Bart Van Coile estime qu’il ne faut pas se tromper de cible. "Ceux qui ont trempé dans ces affaires ne sont pas des consultants reconnus. Ils ne sont pas soumis aux mêmes règles déontologiques. De tels scandales devraient au contraire renforcer la position des consultants reconnus."

Quant aux consultants qui se laissent aller à trop de "créativité", Bart Van Coile estime que le législateur peut se prémunir contre ce fléau en s’assurant que "les textes législatifs soient juridiquement irréprochables, ce qui est loin d’être toujours le cas".

Digitalisation

Fusion | Interlocuteur unique

L’ICE est l’Institut des Conseillers fiscaux et des Experts-comptables, l’instance née de la fusion en juin 2019 de l’IEC (Institut des Experts-comptables et des Conseils fiscaux) et de l’IPCF (Institut Professionnel des Comptables et Fiscalistes agréés). Le nouvel institut compte environ 15.000 membres (dont 3.000 stagiaires).

Les priorités du président Bart Van Coile pour la profession sont de trois ordres: soutenir les membres en tant qu’interlocuteur unique auprès des pouvoirs publics, réduire les contraintes administratives et réglementaires et, enfin, réussir la transition digitale. 

 "La simplification administrative ne peut être réduite à quelques slogans creux. Nous voulons que les entreprises puissent travailler au bénéfice de l’économie, sans subir la pression de réglementations tatillonnes ou de sanctions."


 

La digitalisation ne devrait par contre pas constituer une menace pour le secteur, explique Bart Van Coile. "Elle peut au contraire venir en aide aux professions économiques. Certaines opérations de routine peuvent être facilitées par la digitalisation et rendre la charge de travail moins importante. Mais cela ne portera jamais que sur une partie de notre travail. Le conseil fiscal et la planification nécessitent un accompagnement et un contact direct avec le client. C’est ce qui absorbe la plus grande partie de notre temps."

Crise de vocations

Bart Van Coile s’inquiète enfin du manque de vocations dans le secteur de la comptabilité et du conseil fiscal. "Ceux qui partent à la pension sont plus nombreux que les jeunes qui se lancent. Nous risquons d’avoir un sérieux problème d’ici quatre ou cinq ans. Il faut montrer aux jeunes le bon côté de notre métier qui est aussi une manière d’entreprendre."

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