Vidéos diffusées par le SLFP-Police: une décision "stratégique" assumée

Vincent Gilles ©Photo News

Alors que les vidéos dénonçant les violences policières pullulent sur la toile, le SLFP-Police a recours aux mêmes méthodes pour dénoncer la violence à l'égard des forces de l'ordre.

Deux policiers de la zone de police Bruxelles-Nord sont en incapacité de travail à la suite d'une intervention menée vendredi soir sur la place Liedts, à Schaerbeek. Alors qu'ils tentaient de procéder à une arrestation, les deux agents ont été encerclés par la foule. Dans une courte vidéo diffusée dimanche sur Twitter par le SLFP-Police, on aperçoit l'individu prendre la fuite et de nombreux jeunes s'encourir. Ce n'est pas la première fois que le syndicat policier le plus important du pays publie une vidéo pour dénoncer la violence exercée à l'égard des forces de l'ordre. Une arrestation difficile à Anderlecht et les jets de projectiles en marge de la manifestation Black Lives Matter avaient déjà été relayés par ce biais.

La séquence de vendredi a été largement répercutée au nord du pays, notamment par la N-VA qui parle "d'images presque quotidiennes à Bruxelles" ainsi que par le Vlaams Belang. "La profession a été tellement attaquée que certains collègues qui se sentent acculés veulent utiliser les mêmes armes que ceux qui les accusent de violences policières. Et que cela puisse alimenter l'extrême droite, ils s'en fichent", confie un bleu de la capitale qui explique que l'omniprésence des smartphones ne facilite pas le métier. Des perquisitions seraient, par exemple, mises à mal en raison d'images de patrouilles en civil diffusées sur des réseaux sociaux comme Snapchat.

"Nous avons deux objectifs: montrer aux citoyens qui vivent loin de tout cela ce qu'est notre réalité dans certains quartiers bruxellois et forcer le politique à se ressaisir et à sortir de l'angélisme."
Vincent Gilles
Président du SLFP-Police

La diffusion de vidéos par une organisation syndicale ne doit donc rien au hasard. Le président du SLFP évoque une "décision stratégique prise dans un contexte de bashing injuste. Avec deux objectifs: montrer aux citoyens qui vivent loin de tout cela ce qu'est notre réalité dans certains quartiers bruxellois et forcer le politique à se ressaisir et à sortir de l'angélisme", explique Vincent Gilles. Soulignant qu'une vidéo de 2 minutes vaut mieux que tous les discours, le syndicaliste entend bien recourir à cette méthode pour que le prochain accord de gouvernement intègre ses doléances, à savoir l'effectivité des peines pour les auteurs de violence contre les forces de l'ordre et la fin des circonstances atténuantes pour ce type de faits.

Interrogé sur les éventuelles conséquences négatives de cette méthode de lobbying, Vincent Gilles répond qu'il n'en a pas encore identifiées. Même la récupération par le Vlaams Belang? "Je ne suis pas maître d'eux. S'ils reprennent des images avec un commentaire reflétant leur vision de la vie qui n'est pas la mienne, je ne me sens pas responsable."

"Intolérable, la violence à l'égard d'un représentant de la force publique doit être sanctionnée fermement. Mais on laisse faire la justice."
Eddy Quaino
Permanent CGSP

Une position que la CGSP ne rejoint pas. Le syndicat socialiste affirme qu'il ne procédera jamais de la sorte, estimant que ce n'est pas le rôle d'une organisation syndicale de véhiculer des images pouvant déboucher sur une hausse des tensions sur le terrain. "Intolérable, la violence à l'égard d'un représentant de la force publique doit être sanctionnée fermement. Mais on laisse faire la justice", commente Eddy Quaino. Selon ce permanent CGSP, la situation s'améliore tout doucement. "La sévérité est d'usage dans deux tiers des dossiers. Pour le tiers restant, les organisations syndicales ont la possibilité d'interpeller un procureur général référent."

Risque de stigmatisation

Alors que le nombre de faits criminels a fortement baissé durant la dernière décennie dans la Région-Capitale, la diffusion de ces vidéos pourrait induire un sentiment inverse au sein de la population. La CGSP redoute d'ailleurs une stigmatisation des habitants de la capitale, renforcée par l'usage du qualificatif "racaille bruxelloise" par le SLFP.

"Les émeutes de 1991 avaient duré trois jours et puis c'était fini. Ici, c'est continuel! Même avec toute la diplomatie nécessaire, le moindre contrôle dégénère."
Vincent Gilles
Président du SLFP-Police

Et le syndicat libre de rappeler qu'un tiers des policiers victimes de violences physiques ne font pas dresser de procès-verbal, selon l'unique étude sur la violence contre la police réalisée en 2013. "La situation ne s'est pas améliorée. Les émeutes de 1991 avaient duré trois jours et puis c'était fini. Ici, c'est continuel! Même avec toute la diplomatie nécessaire, le moindre contrôle dégénère. Une certaine catégorie de personnes crient pour avoir de l'aide et les policiers se retrouvent face à la foule", rapporte Vincent Gilles.

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