carte blanche

Vous avez dit politique générale et vision sociétale de la mobilité ?

Nous ne pouvons plus attendre 5 ans pour établir une vision globale de la mobilité. Il faut décider aujourd’hui, pas dans 6 mois. Et mettre sur pied une taskforce mobilité.

D'ici 2030, la région amstellodamoise espère compter 200.000 véhicules électriques et fera installer des bornes de recharge pour 70.000 voitures. Au terme d’une adjudication publique, le groupe français Total y installera 20.000 bornes. Quelle différence avec la politique belge !

Johan Portier

Prenons la Région de Bruxelles-Capitale. Elle compte très peu de bornes publiques et ses projets restent flous. Le gouvernement régional a annoncé vouloir installer 11.000 bornes d'ici 2035, mais où, comment, en combien de phases ? Et quel impact sur le réseau électrique ? Des questions qui demeurent sans réponse concrète. La Belgique se fait distancer par ses voisins. Ils ont pris l'autoroute de la voiture électrique, alors que nous en recherchons encore la bretelle d'accès.

Qui fait quoi ?

Cette apparente apathie s'explique entre autres par l'absence d’une vision cohérente de la mobilité. Chaque commune, ville, région semble vouloir édicter ses projets et règles spécifiques. Comme Bruxelles et son projet de péage pour les navetteurs ou d’autres villes et leur seuil maximal d'émissions. Les règles seront tellement disparates qu’il sera impossible de toutes les connaître et les respecter. Et seront-elles supportables sur le plan financier ?

"Les pays voisins ont pris l'autoroute de la voiture électrique, alors que nous en recherchons encore la bretelle d'accès."
Johan Portier
Managing Director LeasePlan Belgium

Approche globale de la mobilité 

D’ici 2026 , le gouvernement ambitionne de n’exonérer fiscalement que les nouvelles voitures de société à zéro émission. Une bonne décision en vue d’une mobilité plus écoresponsable, mais la mobilité ne se borne pas aux voitures de société. La Belgique  compte environ 6 millions de voitures, dont seulement 10 % "de société". Une solution miracle ne peut venir de 10 % d'automobilistes.

Une foule d’autres éléments doivent intervenir : aménagement du territoire, incitants au télétravail, infrastructure, logistique, navigation fluviale, transport routier, conséquences de l'e-économie sur l'état des routes, augmentation du nombre de pistes cyclables, amélioration des transports publics, etc.

En outre, la politique de mobilité est fragmentée entre le local, le régional et le fédéral. Et même à ce dernier niveau, le morcellement s'accentue. La SNCB relève du ministre de la Mobilité, tandis que les instruments de gestion (fiscaux) des voitures de société sont l'apanage de son homologue des Finances. Cela explique pourquoi la fiscalité prend le pas sur la mobilité.

Une taskforce mobilité s'impose d'urgence

Je propose de mettre en place une taskforce regroupant tous les secteurs concernés, afin de développer une vision et une approche globales de la mobilité d’ici 2026. Une sorte de Groupe des 10 avec les ministres compétents, des représentants des transports publics, du secteur automobile, du transport et de la logistique, des cyclistes, des classes moyennes, de l'Union des Villes et Communes, etc.

La mobilité ne se limite pas au secteur automobile. D’autres aspects doivent aussi intervenir dans  ce débat : logement, politique sociale, marché du travail, transport, infrastructures, etc. Certes, le secteur du leasing est au premier rang, car il n’a aucun avenir s'il ne se tourne pas vers un modèle à zéro émission, dans le cadre plus large de la mobilité écoresponsable.

"L'automobile rapporte 20 milliards d'euros par an à l’État, entre autres via les accises sur le carburant et les avantages de toute nature liés aux voitures de société."
Johan Portier
Managing Director LeasePlan Belgium

De nombreuses données ne demandent qu'à être exploitées pour développer un réseau intelligent de mobilité : kilométrage parcouru par type de conducteur, pics de circulation, tendances et évolutions, etc. La taskforce devra aussi réfléchir de manière innovante au coût à payer. L'automobile rapporte 20 milliards d'euros par an à l’État, entre autres via les accises sur le carburant et les avantages de toute nature liés aux voitures de société.

La popularité des voitures de société dans notre pays s’explique très simplement. Face à des charges salariales élevées, les employeurs belges doivent rester compétitifs par rapport aux concurrents étrangers et à leur propre groupe international. Les voitures de société allègent les charges salariales et octroient une partie de la rémunération en avantages en nature plutôt qu'en salaire brut imposable. N’oublions pas non plus que les voitures de société participent au rajeunissement et au verdissement de la flotte belge. Elles percolent ensuite sur le marché de l'occasion pour être acquises à moindre coût par des particuliers.

Pour respecter les objectifs de 2026, il incombe aux autorités de faciliter la transition vers une flotte d'entreprise plus propre. Mais comment y parvenir ? Quel peut en être l’impact sur les finances publiques ? Combien faut-il investir dans une mobilité écoresponsable avec une flotte automobile moins polluante ?

Nous ne pouvons attendre 5 ans pour établir une vision globale de la mobilité. Il faut décider aujourd’hui, pas dans 6 mois. Prenons le taureau par les cornes !

Johan Portier
Managing Director LeasePlan Belgium

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés