analyse

Voyages à l'étranger: un code couleur qui laisse perplexe

Le château de Chillon, au bord du lac Léman, près de Montreux, est des hauts lieux touristiques du canton de Vaud. ©EPA

Le passage en rouge de trois cantons suscite incompréhension tant en Suisse qu'en Belgique. Le groupe d'experts compte revoir sa méthodologie dès ce mardi.

La mise au ban par la Belgique de trois cantons suisses – le Valais, le canton de Vaud et Genève désormais classés rouges – a suscité de vives réactions côté suisse. C'est "incompréhensible", a déclaré le ministre vaudois de l'Economie Philippe Leuba à l'agence ATS, déplorant "l'impact touristique, mais aussi les dégâts d'image" suscités par cette mesure. «On ne sait pas sur quels critères la Belgique se base», a renchéri sa collègue Rebecca Ruiz, en charge de la Santé.

Face aux frustrations qu’entraîne ce code couleurs tant auprès des vacanciers belges que des destinations européennes concernées, le groupe d’experts à l'origine de la décision se réunit ce mardi pour voir dans quelle mesure le système pourrait être adapté. Car dans l’état actuel, le processus pose à tout le moins quelques questions.

Qui décide?

C’est le Celeval (cellule d’évaluation) qui décide. Le Celeval est présidé par le SPF Santé publique et composé de représentants de Sciensano, du Comité scientifique sur le Covid-19, du Conseil supérieur de la santé, des Régions et Communautés ainsi que des SPF Intérieur et Mobilité. En font partie l’infectiologue Yves Van Laethem (CHU Saint-Pierre) et le virologue Marc Van Ranst (UZ Leuven). Mais on y trouve aussi des experts issus d’autres disciplines et institutions.

La composition du Celeval évolue régulièrement. En fonction des rapports qu'il rend deux fois par semaine, le SPF Affaires étrangères adapte ses recommandations aux voyageurs. Outre la région lémanique suisse, la Mayenne en France et la Navarre en Espagne sont aussi classées rouges.

Avec quels critères?

Le critère principal, c’est le taux d’incidence, à savoir le nombre de nouvelles infections par 100.000 habitants sur les 14 derniers jours. A partir de 100 cas par semaine durant deux semaines consécutives, un code rouge est attribué. Ceci implique qu’on ne peut plus y effectuer des voyages non essentiels et qu’à défaut, au retour, il faut se mettre en quarantaine pendant 14 jours et se faire tester. Entre 20 et 100 cas pour 100.000 habitants, c’est le code orange: la quarantaine et le dépistage sont simplement conseillés. Ces personnes doivent consulter un médecin au premier symptôme. Les zones vertes sont accessibles sans restrictions.

100
contaminations
Le code rouge est attribué à partir de 100 cas par semaine par 100.000 habitants durant deux semaines consécutives.

Pourquoi les cantons lémaniques?

Sur les 14 derniers jours, le taux de nouvelles infections a atteint 23 cas pour 100.000 habitants dans le canton de Vaud, et 10 dans le Valais, alors qu’on est à 44 en Belgique. A Genève, on a un taux d’incidence de plus de 40 cas pour 100.000 habitants. A titre de comparaison, à Anvers, on est autour de 200 cas… La Belgique compte 11 millions d’habitants pour 8,5 millions en Suisse. Soit 20% en plus. Actuellement, on compte 200 cas par jour en Suisse contre 745 en Belgique, soit proportionnellement quatre fois moins. Au Celeval, nous n’avons pu contacter personne qui soit en mesure d’expliquer cet étonnant paradoxe.

"A ce compte-là, on devrait mettre toute la Belgique en zone rouge et nous-mêmes ne plus quitter le pays."
Emmanuel De Bock
Député bruxellois

Le député bruxellois Emmanuel De Bock (Défi) a beaucoup de contacts dans le Valais. Il regrette la légèreté avec laquelle la Belgique a «ostracisé» les trois cantons. "Le canton du Valais est un des moins touchés. Le Tessin, à titre de comparaison, a été deux fois plus touché mais les Affaires étrangères ne le mentionnent pas. Il n’y a actuellement aucune hospitalisation dans le Valais. Interdire de se rendre à Genève, dans le Vaud et le Valais alors que la Suisse connaît un taux de contamination bien moins élevé que la Belgique… A ce compte-là, on devrait mettre toute la Belgique en zone rouge et nous-mêmes ne plus quitter le pays. Le plus fou, c’est qu’il n’y a aucune restriction pour les déplacements intra-Suisse. A quoi joue notre gouvernement?"

A ses yeux, le politique doit d'urgence reprendre la main. "La responsabilité politique, ce n'est pas de se cacher derrière les experts et leurs critères à géométrie variable."

En attendant, le mal est fait et on assiste à des annulations en cascade des tour-opérateurs et autres voyagistes, notamment pour les familles qui partent avec les mutualités dans le Valais et le Vaud.

490 infections par jour en moyenne

Le nombre moyen d'infections au coronavirus continue d'augmenter et est passé à 490,7 par jour entre le 24 et le 30 juillet, indique lundi l'Institut de santé publique Sciensano. Cela représente une augmentation de 68% par rapport à la semaine précédente. Le nombre d'infections en Belgique s'élève désormais à 69.849. Le nombre de nouveaux cas de Covid-19 pour 100.000 habitants poursuit la même tendance à la hausse. Pour la période s'étalant sur deux semaines, et jusqu'au 30 juillet inclus, 47,7 cas ont été recensés (contre 44,3 dimanche). Le nombre d'admissions à l'hôpital progresse aussi avec une moyenne de 24,4 par jour, une augmentation de 60% par rapport à la semaine précédente. Sciensano fait également part d'une moyenne de 2,7 décès par jour. Depuis le début de l'épidémie, 9.845 personnes ont perdu la vie des suites du Covid-19.

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