Washington: l'UE ne met pas assez d'argent dans l'armée

Les Etats-Unis sont de plus en plus inquiets des baisses drastiques des budgets consacrés à la défense en Europe qui risquent de mettre à mal l'Otan et de laisser Washington sans partenaires militaires viables sur le Vieux continent.

Le spectre de l'écart croissant des dépenses militaires des deux côtés de l'Atlantique planera sur le sommet de l'Alliance atlantique qui doit se tenir vendredi et samedi à Lisbonne. Il pose la question du fonctionnement de l'Otan à l'avenir, selon des experts et d'anciens responsables.

Cette baisse des budgets en Europe - moins 8% au Royaume-Uni- est "franchement gênante", affirme à l'AFP Robert Hunter, ancien ambassadeur américain auprès de l'Otan. A Lisbonne, "cela va trotter dans la tête de tout le monde: comment préserver les capacités militaires?", ajoute-t-il.

En ces temps d'austérité budgétaire, les coupes sombres dans les budgets de défense vont aggraver le manque chronique d'hélicoptères et d'avions de transport, dont souffrent déjà les forces britanniques en Afghanistan. "A court terme, il y a moins de fonds disponibles pour des actions communes de l'Otan et de moins en moins de capacités en hommes et en ressources", note Justin Vaïsse, directeur de recherche à la Brookings Institution à Washington. "L'impact à long terme est plus embêtant: la question se posera de savoir si l'Otan conserve une capacité de faire des opérations en commun, avec le risque d'un écart technologique et militaire dont on parle déjà depuis longtemps", explique-t-il. Pour les Américains, l'Otan ne serait alors plus qu'une "force d'appoint", selon lui.

Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a d'ailleurs prévenu en février les Européens que le nouveau concept stratégique qui doit être adopté à Lisbonne ne servirait à rien s'ils n'investissaient pas dans des avions, des hélicoptères et des troupes prêtes au combat. L'insuffisance de moyens "rend plus difficile d'agir et de faire face ensemble aux menaces communes", a mis en en garde Robert Gates.

Pour Justin Vaïsse, "l'importance politique de l'Otan dans la carte du monde américanisé a déjà diminué. L'Otan compte moins". Les Etats-Unis n'ont d'ailleurs pas attendu cette disproportion croissante des capacités militaires pour chercher à nouer des partenariats militaires forts en dehors de l'Otan, comme avec le Japon, la Corée du Sud et l'Australie.

Si les pays membres de l'Otan veulent conserver leur puissance, ils devront sacrifier une part de leur indépendance et mettre en commun leurs ressources, avancent des responsables européens et experts de défense. "Une des idées qui doit être très sérieusement prise en compte est de savoir si chaque pays a besoin de se préoccuper de sa propre défense ou s'il y a quelques domaines où l'on pourrait faire des coopérations avec d'autres pays" explique Robert Hunter.

"C'est un grand saut pour un pays de dire qu'il n'est pas totalement souverain pour sa propre défense, qu'il va dépendre de tel voisin", concède-t-il.

Cette coopération est déjà engagée: la France, l'Allemagne, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas ont créé l'été dernier une flottille commune d'avions de transport tactiques, dotée à terme d'Airbus A400M.

Poussés par le besoin de faire des économies, Paris et Londres se sont également lancés début novembre dans un partenariat d'une ampleur sans précédent en matière de défense, prévoyant la création d'une force expéditionnaire conjointe, la conduite d'essais nucléaires dans un même laboratoire ou encore le partage de leurs porte-avions.

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