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interview

Yves Coppieters: "L’abandon du masque, ce n’était pas l’avis des experts"

Pour Yves Coppieters, "le masque représente une bonne protection individuelle et collective." ©Photo News

Pour l'épidémiologiste de l'ULB, l'abandon du masque n'est pas une bonne idée. Par contre, il ne plaide pas pour l'obligation vaccinale.

Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur à l’ULB, réagit aux décisions prises par le comité de concertation vendredi.

Supprimer les masques partout sauf exception, ce n’était pas l’avis des experts. Est-ce bien prudent?

Ce n’était en effet pas du tout l’avis des experts. C’est plutôt le résultat d’un compromis politique dans une volonté de satisfaire la demande flamande d’assouplissement, demande justifiée par son meilleur taux de vaccination. Le masque représente pourtant une bonne protection individuelle et collective. L’abandon du masque risque en outre d’entraîner des situations paradoxales, notamment par rapport au covid safe ticket qui entre bientôt en vigueur à Bruxelles.

Généraliser le covid safe ticket est-il une bonne idée?

Le covid safe ticket me semble indiqué pour les grands événements, comme les congrès, les grandes compétitions sportives ou les concerts. Je suis sceptique en revanche quant à l’intérêt d’utiliser le covid safe ticket comme mesure de prévention dans la vie de tous les jours, dans les magasins ou l’horeca par exemple. Là, on se trompe d’outil.

"Je ne suis pas pour l’obligation vaccinale."

Le ministre-président Rudi Vervoort et le réseau des hôpitaux bruxellois Iris demandent d’ouvrir le débat sur la vaccination obligatoire. L’Italie, elle, a déjà franchi le pas. Qu’en pensez-vous?

La vaccination obligatoire est intéressante pour convaincre le personnel des soins de santé. Mais il ne faudrait pas étendre le débat à d’autres secteurs, comme l’enseignement ou les services par exemple, parce qu’on entre alors dans une démarche coercitive. Ce serait une erreur par rapport aux efforts accomplis par la population pour se faire vacciner. À titre personnel, je ne suis pas pour l’obligation vaccinale, nous avons encore le temps de sensibiliser et de persuader.

Les critiques émises à l’encontre de la quarantaine en milieu scolaire sont-elles justifiées?

Cela va en effet un peu trop loin. Les protocoles sont tellement lourds que les écoles n’ont pas les ressources pour pleinement les appliquer. Ce sont des mesures très contraignantes pour les élèves et les parents, et qui ne se justifient pas par rapport à la couverture vaccinale actuelle. Il va falloir admettre que le virus circule, mais cela ne change pas pour autant la configuration de l’épidémie.

"Grâce à la vaccination, on n’observe pas de dynamique exponentielle."

Comment stimuler davantage la vaccination à Bruxelles?

Je ne partage pas entièrement cette image de Bruxelles à la traîne en matière de vaccination. C’est effectivement le cas chez les 12-17 ans, mais ce n’est pas le cas chez les plus de 18 ans et encore moins chez les plus de 65 ans. Je ne suis pas certain que le taux de vaccination chez les 12-17 ans à Bruxelles soit un bon indicateur. Ce que nous visons, ce n’est pas l’immunité collective mais l’immunité de groupe, en particulier parmi les groupes de personnes vulnérables. Il faudrait compléter le dispositif actuel par une démarche de proximité, en passant par le médecin de famille ou certaines associations par exemple.

Comment voyez-vous les prochains mois et le début de l’hiver?

C’est essentiellement l’inconnu qui prévaut. Les contaminations risquent d’augmenter mais il faudra voir s’il existe une vraie dissociation entre les contaminations et les formes graves de covid. Je pense que nous sommes déjà en train de confirmer cette dissociation. Le virus circule beaucoup, mais la situation dans les hôpitaux reste largement maîtrisée. Grâce à la vaccination, on n’observe pas de dynamique exponentielle.

Les phrases-clé

  • "Le masque représente une bonne protection individuelle et collective."
  • "Il faudra voir s’il existe une vraie dissociation entre les contaminations et les formes graves de covid."
  • "Grâce à la vaccination, on n’observe pas de dynamique exponentielle."

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