100 millions pour une ferme d'insectes à Liège

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La société Beetle Genius a l'ambition de construire une usine de production de farine animale à base d'insectes à Engis. Un investissement de 100 millions.

Le rendez-vous est fixé à Bruxelles vers 13h . Autour de la table, l’homme d’affaires français Yasid Sabeg et son fils Karim Sabeg. Ils sont ici pour parler business avec un projet d’investissement d’une centaine de millions d’euros dans une ferme à insectes à Engis dans la région liégeoise.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, il est probablement utile de faire les présentations. Ancien commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances sous le gouvernement Sarkozy de 2008 à 2012, Yasid Sabeg est surtout connu dans l’Hexagone pour présider la société de high-tech Communications et Systèmes, spécialisée dans les matériels de surveillance et de télécommunication, qu’il dirige depuis Bruxelles et avec laquelle il s’est construit une assise financière. Mais derrière son profil d’industriel, Yasid Sabeg se décrit aussi comme un défenseur de la diversité. Au lendemain de l'élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis, il a lancé un "manifeste pour l'égalité réelle".

Son fils Karim, polytechnicien et diplômé de Solvay, est quant à lui ingénieur système de formation. Il se décrit aussi comme un autodidacte.  C’est lui qui est à la base du projet Beetle Genius. Beetle, qui signifie coléoptère. "Ce projet m’est venu en regardant une émission sur la surexploitation des océans. L’homme est aujourd’hui obligé d’élever en ferme les poissons et de pêcher 4 tonnes de poissons dans les océans pour nourrir une tonne de poisson dans ses fermes."

Du ténébrion à la farine

Depuis 2017, avec l’aide de scientifiques, dont ceux de la faculté agroalimentaire de Gembloux, et de meuniers, Beetle Genius prend forme. "L’idée du projet est d’utiliser des ténébrions meuniers (une espèce d'insectes coléoptères qui affectionne notamment les farines de céréales, NDLR) pour produire des protéines qui serviront à nourrir la pisciculture, l’élevage de cochons et les petits animaux domestiques. La larve est transformée en farine et en huile animale. Cela a demandé des mois de recherches."

L’idée du projet est d’utiliser des ténébrions meuniers pour produire des protéines qui serviront à nourrir la pisciculture, l’élevage de cochons et les petits animaux domestiques.
Karim Sabeg
CEO de Beetle Genius

Pour les besoins de la recherche, une petite usine a été construite à Séville en 2018 afin de confirmer le procédé. "Nous avons une petite ferme à Séville où nous testons notre technologie. On produit actuellement une centaine de kilos de farine par mois. Une fois le procédé validé et techniquement au point, nous pourrons passer à une échelle industrielle en Belgique."

120 emplois et 100 millions à Liège

Direction Engis où Beetle Genius veut construire sa première grosse unité de production. "Le projet évoque une production de 25.000 tonnes de farine sèche protéinée par an et 11.000 tonnes d’huile. Pour y parvenir, la société va construire une ferme d’insectes dont le cheptel sera capable de produire 75.000 tonnes de larves. Le modèle doit par la suite être dupliqué dans une deuxième usine en France et une troisième en Espagne", explique Yasid Sabeg. "Chaque ferme possédera sa propre nurserie où les adultes se reproduisent pour donner naissance à des larves. Les larves sont, elles, transformées en aliments avant qu’elles ne deviennent des chrysalides."

Le projet évoque une production de 25.000 tonnes de farine sèche protéinée par an et 11.000 tonnes d’huile.
Yasid Sabeg
co-fondateur de Beetle Genius

Pour implanter son usine à Liège, la société convoite un terrain de 22 hectares en bord de Meuse. "Le bâtiment fera 100.000 m², 20 mètres de haut. Nous créerons entre 100 et 120 emplois directs, et 450 emplois indirects", estime Yasid Sabeg. "Nous pourrions lancer la construction de l’usine fin 2020. Elle sera construite par module, et la production débutera en 2021 pour arriver à sa pleine capacité fin 2022."

D’ici le lancement des activités wallonnes, qui seront dirigées par Christian Van Dorpe, un ancien d’Engie, Beetle Genius doit boucler les financements. Une étape que Yasid Sabeg relate avec confiance. "La maison mère va devoir lever 30 millions d’euros. Il faudra également lever des fonds pour la filiale belge. On a besoin d’environ 100 millions d’euros. Nous sommes actuellement en discussion avec la Région wallonne pour qu’elle entre dans le capital du projet à Liège. Nous remercions d’ailleurs le ministre de l’Économie Willy Borsus qui soutient le projet", précise Yasid Sabeg. Actuellement, le dossier est à l’étude à la SRIW, où les responsables attendent des compléments d’information avant de donner leur réponse.

Économie circulaire

Ambitieux, les deux hommes présentent leur dossier comme un projet d’économie circulaire. "Nous ne détruisons pas l’environnement, on capture le surplus agricole pour nourrir nos insectes qui produiront des larves. Le produit final permettra quant à lui d’aider les agriculteurs à mieux nourrir leurs animaux. La crise du coronavirus a confirmé la philosophie du projet. Les gens veulent consommer dans un environnement local. Un tel écosystème permettra à la Région wallonne de produire localement sans dépendre de l’exportation lointaine", s’enthousiasme Karim Sabeg.

Les gens veulent consommer dans un environnement local. Un tel écosystème permettra à la Région wallonne de produire localement sans dépendre de l’exportation lointaine.
Karim Sabeg
CEO de Beetle Genius

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