435 millions d'euros de déficit en 2020 pour la Wallonie

Jean-Luc Crucke et Elio Di Rupo lors de la présentation de budget wallon pour l'année 2020. ©BELGA

Le gouvernement wallon présente un "budget de transition" en déficit de 435 millions d'euros en 2020. Un conclave plus approfondi est prévu en mars.

Le chiffre est désormais arrêté. Le déficit wallon s’élèvera à quelque 435 millions d’euros en 2020. C’est ce qui ressort du conclave budgétaire wallon, arrivé à son terme mercredi soir et dont les résultats ont été présentés ce jeudi matin à l’Élysette.

"Nos travaux n’ont pas été évidents compte tenu des difficultés de financement énormes de la Région", a entamé le ministre-président Elio Di Rupo, alors qu’il présentait un budget dit "de transition". Et pour cause, "le gouvernement a été mis en place il y a à peine sept semaines. Les cabinets ne sont toujours pas complets". Dès lors, "les équipes ont fait un travail remarquable pour aboutir à un budget 2019 ajusté et un budget initial 2020".

Retour à l'équilibre en 2024

D’autres déficits sont plus importants et fondamentaux.
Jean-Luc Crucke
ministre du Budget

Le cap évoqué dans la déclaration de politique régionale (DPR) est confirmé: le retour à l’équilibre est fixé à 2024, quand aucune nouvelle taxation ne sera mise en œuvre. D’ici là, un déficit de 334 millions d’euros sera constaté pour 2019, comme le budgétait déjà le conseil supérieur des finances il y a peu, avant de grimper, comme évoqué, en 2020.

Mais "tout n’est pas que paramètres économiques", a défendu le ministre du Budget Jean-Luc Crucke. "Il y a des politiques qui doivent d’abord servir aux citoyens. Pour nous, il y a d’autres déficits qui sont plus importants et fondamentaux (que les budgétaires, NDLR). Comme de développer une stratégie de croissance dans un contexte de stagnation, par exemple, mais aussi la lutte contre la pauvreté ou l’insuffisance d’accès à certains services de soins de santé ou encore contre le changement climatique,... C’est aujourd’hui qu’il faut agir, hic et nunc, sur ces points. Et en débloquant des moyens à cet effet, nous avons décidé de nous mobiliser pour y répondre."


350 millions d'euros d'investissements stratégiques en plus 

C’est à ce titre, par exemple, que des investissements stratégiques additionnels de l’ordre de 350 millions d’euros ont été mis sur la table par rapport à ceux déjà repris dans la masse des travaux à réaliser en 2020. Deux pôles sont visés: le climat et les nouvelles technologies et l’innovation. 

Ces pôles sont "essentiels pour assurer le développement wallon et atteindre les objectifs et ambitions évoqués dans notre déclaration de politique régionale", analysait Elio Di Rupo. Seront alloués 223 millions d’euros à la thématique climatique (logement, isolation...) et 127 millions pour les nouvelles technologies

À quoi sera consacré le budget wallon?

Dans la foulée, d’autres dépenses ont aussi été annoncées par thématique

  • Économie. On parle ici d'un soutien aux infrastructures de recherche, aux centres d’innovation et de développement et à l’écosystème technologique, pour quelque 300 millions d’euros. Ou encore d'un soutien aux commerces de proximité et à la vitalité des centres-villes, dans le cadre du plan "horizon-proximité", pour lequel 10 millions seront mobilisés. Pour ce qui est de l’appui à l’intelligence artificielle, à l’industrie 4.0 et à Digital Wallonie, 18 millions seront mis sur la table. Enfin, 33 millions d’euros seront débloqués pour financier des projets industriels expérimentaux, a souligné le ministre de l’Économie et de la Recherche, Willy Borsus.
  • Mobilité. 80 millions d’euros par an seront prévus pour encourager les alternatives à la voiture et, en particulier, développer les transports publics wallons. 3,7 millions en 2020 devront, par exemple, permettre d’augmenter l’offre de bus tant en zone urbaine que rurale, quand 4,5 millions seront réservés au verdissement de la flotte. Autre exemple: 5,4 millions seront attribués à la mise en œuvre progressive de la gratuité, évoquée dans la DPR, à commencer par une diminution des abonnements des 18-24 ans et des publics précarisés, a évoqué le ministre du Climat, de l’Energie et de la Mobilité, Philippe Henry. 
  • Santé et emploi. La ministre Christie Morreale a évoqué une réforme de l’accompagnement des personnes en recherche d’emploi, dotée de 6 millions d’euros. Ou encore une rénovation des institutions d’hébergement des personnes handicapées, afin d’améliorer le confort des résidents, budgétée à 50 millions.
  • Infrastructures. 3 millions d'euros seront mis à contribution pour améliorer la sécurité de l’aéroport de Charleroi, quand dix millions seront destinés à l’amélioration énergétique des infrastructures sportives, par exemple. Pour ce qui est du logement, le ministre Pierre-Yves Dermagne a annoncé 100 millions d’euros pour 2020 à destination de la rénovation des logements publics, quand 31,4 millions seront destinés à la création de nouveaux logements. Enfin, les agences immobilières sociales, les régies de quartier et l’association de promotion du logement verront leur financement augmenter de 20%.
  • Fonction publique. Un programme de formation du personnel a été budgété à 3 millions d’euros, a annoncé la ministre compétente, Valérie De Bue. Il en va là de 5 jours par an, contre un demi par an à ce stade. Une application unique (contre 33 logiciels pour l’heure) sera aussi lancée en matière de subsides (traitement et paiement), et ce afin de répondre aux défis de la digitalisation de l’administration Wallonie. Coût total? 2 millions d’euros.
  • Environnement. Céline Tellier a évoqué un fonds de protection de l’environnement qui recevra 70 millions d’euros. Objectif? Conduire à une réduction de l’utilisation de pesticides, notamment.

Un possible coup de bâton de l'Europe?

Mais, "en réalité, le travail budgétaire réalisé ici ouvre surtout des perspectives", a résumé Elio Di Rupo. "Il se poursuivra par un conclave approfondi en mars pour optimiser les moyens financiers de la Région", a complété le ministre-président.

La Commission sortante a laissé entendre qu’une flexibilité doit être actionnée.
Elio Di Rupo
Ministre-président wallon

Quid d’un possible coup de bâton de l’Europe? "Nous avons fait la demande à l’Union européenne qu’elle ne mette pas en déficit le montant des investissements que nous allons effectuer en matière de climat et de nouvelles technologies. Car nous prenons nos responsabilités", a expliqué Elio Di Rupo. Et Jean-Luc Crucke d’embrayer: "Si l’on ne tente pas (une demande de dépérimétrage, NDLR), on ne peut pas espérer obtenir quoi que ce soit. Et ce dans deux thématiques où l’Europe demande précisément d’investir. Et puis, on le fait parce que l’urgence aujourd’hui nous l’impose. Ne réagir que demain, coûterait plus cher".

Le gouvernement a-t-il bon espoir que sa requête passe? "La Flandre a fait exactement la même démarche en matière de mobilité", a tenu à souligner Elio Di Rupo. "Nous serons plusieurs pays et régions à demander un dépérimétrage". De plus, "la Commission sortante nous a laissé entendre qu’une flexibilité doit être actionnée", a conclu le ministre-président.

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