À peine proposée, la taxe automatisation en Wallonie est déjà contestée

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Le ministre du Budget Christophe Lacroix (PS) a présenté mercredi un projet de taxe sanctionnant les entreprises qui remplacent des travailleurs par des machines. Son collègue Maxime Prévot (cdH) juge l’idée inconcevable. Il est rejoint par les organisations patronales.

Le projet de taxe sur l’automatisation du ministre socialiste Christophe Lacroix est-il mort-né? Détaillant mercredi au Parlement wallon les grandes lignes de la futur réforme fiscale, le ministre en a profité pour indiquer qu’il travaillait sur une nouvelle taxe sanctionnant l’automatisation dans les entreprises. Il se justifie en expliquant qu’il n’est pas normal qu’une entreprise qui décide de licencier des travailleurs pour les remplacer par une machine ne participe pas à "l’effort global". "Il faut combattre l’automatisation qui entraîne la perte d’emplois de personnes peu qualifiées", indique-t-il en précisant que le numérique en serait dispensé.

Cette dernière précision n’a pas empêché son partenaire cdH de réagir sévèrement. Découvrant le projet hier matin, le vice-président du gouvernement wallon Maxime Prévot ne s’est pas gêné pour tacler l’idée de son collègue socialiste. "L’essor numérique de nos entreprises = enjeu stratégique. Peu compatible a priori avec une taxe sur l’automatisation", a-t-il fait savoir via Twitter. Ce n’est pas la première fois que les deux hommes se fritent. Un désaccord les oppose sur la hausse des additionnels à l’impôt des personnes physiques.

Que cherche la Wallonie?

La réaction est aussi sévère dans les rangs patronaux. À travers cette taxe, certains y voient la main d’un parti socialiste qui se radicalise face à la montée du PTB et qui, après avoir été obligé de retirer son projet de taxe sur le matériel et l’outillage des entreprises il y a deux ans, revient à la charge avec une taxe frappant l’automatisation. "C’est consternant par rapport au message véhiculé par le Plan Marshall. La Wallonie veut qu’on accélère l’industrie du futur tout en la freinant", estime Thierry Castagne, directeur général d’Agoria Wallonie. Du côté de l’Union wallonne des entreprises (UWE), son administrateur délégué Vincent Reuter partage cette inquiétude. "On peut se poser la question de savoir ce que la Wallonie veut exactement. Que fait-elle pour susciter les investissements et moderniser son économie? La Wallonie veut encourager les exportations et elle refuse de signer un traité international. La Wallonie veut être à la pointe dans les télécommunications et elle taxe les pylônes. Et maintenant elle veut taxer les entreprises qui modernisent leurs activités. Le ministre Lacroix dit qu’il ne vise pas le numérique, mais la frontière entre l’automatisation et la numérisation est assez artificielle. Cette taxe sur l’automatisation pénalisera les entreprises qui se modernisent alors que nos entreprises en ont besoin. La Wallonie veut-elle vraiment un secteur privé qui se développe?"

"Cette taxe pourrait causer des pertes d’emplois plus importantes que l’automatisation."
Didier Paquot
UWE

L’inquiétude est partagée par Pierre Rion, le président du comité d’investissement du fonds W.I.N.G. "Si j’en crois les propos du ministre, le numérique ne serait pas touché. Je voudrais alors bien connaître quelle automatisation moderne ne relève pas du numérique si ce ne sont les machines électropneumatiques d’antan ou les barrières automatiques? Si pareille mesure devait passer, il me semble que ce serait une attitude schizophrène de la part du pouvoir de pousser d’un côté un plan numérique qui prévoit un passage rapide à l’industrie 4.0 au bénéfice à moyen et à long terme de notre Région et d’autre part taxer ceux qui vont de l’avant dans cette voie."

Tant à l’UWE que chez Agoria, on estime que cette taxe va avoir un effet désastreux sur la compétitivité des entreprises. "C’est une vision statique de l’économie. Cette taxe pourrait causer des pertes d’emploi plus importantes que l’automatisation en elle-même! Le coût pour les finances publiques risque d’être plus important", estime Didier Paquot, responsable du département économie de l’UWE. À l’inverse, souligne Thierry Castagne, "si une entreprise gagne en compétitivité grâce à la robotisation, elle va y gagner en productivité et au final, elle va réengager. Il faut aussi penser à l’emploi qui sera créé du côté des entreprises qui construisent ces robots. Pas moins de 10.000 personnes travaillent dans ce secteur en Belgique".

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