André Gilles refuse de quitter le conseil d'administration de Nethys

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Depuis son lancement en février, les commissaires de la commission Publifin ont procédé à plus de 150 heures d’audition et entendu 42 personnes. Qu'en ressort-il? Et après?

Fin de l’acte I pour la commission d’enquête Publifin. Vendredi, les commissaires ont terminé leur premier round avec l’audition des présidents des fédérations politiques de Liège. Tour à tour, Willy Demeyer (PS), Daniel Bacquelaine (MR), Dominique Drion (cdH) ont apporté leur éclairage sur la création des fameux comités de secteur au cœur de tout le scandale. À l’exception de Christian Noiret (Ecolo) qui n’a pas été associé aux discussions, le trio a reconnu avoir donné son feu vert à la mise sur pied de ces comités de secteur en 2013 et sur les rémunérations fixes importantes, aucun n’affirme avoir été au courant des dysfonctionnements. Et de renvoyer la balle aux présidents des comités de secteur et au conseil d’administration de Publifin.

André Gilles, l’ancien président du conseil d’administration de Publifin, qui a été réentendu en fin de journée vendredi, circonscrit le problème au travail des présidents des comités de secteur.

150 heures d’auditions

Cette dernière salve de questions marque la fin d’une étape dans les travaux de la commission. Depuis son lancement en février, les commissaires ont procédé à plus de 150 heures d’audition et entendu 42 personnes. La suite? Dans les prochains jours, les députés vont rencontrer leurs experts à huis clos et tenter de dégager une position commune sur une série de recommandations. Un rapport intermédiaire est attendu début mai.

À quoi s’attendre? Les nombreuses auditions ont mis en lumière les dysfonctionnements dans le contrôle des différentes instances de la galaxie Publifin. Il a également été démontré que les actionnaires communaux n’avaient droit de contrôle a posteriori sans pouvoir réellement peser sur les décisions journalières prises par Nethys. Outre un remaniement de la gouvernance, une reprise en main du contrôle concentré chez Nethys, les députés pourraient s’attaquer à la structure même de l’intercommunale en scindant les activités régulées dans le gaz et l’électricité de celles actives sur le champ concurrentiel.

Le PS demande la démission de Gilles

Reste le cas d’André Gilles. Malgré sa démission de la présidence du conseil d’administration de Nethys le 29 mars, il a été reconduit comme simple administrateur chez Nethys et confirmé au poste clé de président du comité exécutif et stratégique de Nethys (lire L’Echo du 14 avril). "Un pied de nez, voire un bras d’honneur", estime Stéphane Hazée (Ecolo). Très remonté, le socialiste Patrick Prévot a été jusqu’à demander à André Gilles de quitter Nethys. "Vous ne devez plus avoir aucune fonction au sein du groupe. Le fait de garder un orteil au sein du groupe est problématique." Pressé de quitter Nethys, André Gilles refuse la démission. "Et vous prétendez ne pas être mon juge!" s’est emporté André Gilles qui justifie son maintien par intérêt pour l’entreprise.

 

Les auditions:

 

  • Willy Demeyer

À la tête du PS liégeois pour quelques semaines encore et bourgmestre de Liège, Willy Demeyer ne cache pas son rôle dans la mise sur pied des comités de secteur.

- Sa négligence par rapport aux comités de secteur: le socialiste reconnaît avoir manqué de clairvoyance au moment de leur mise en place en 2013. "Ces comités avaient une utilité mais nous aurions dû modéliser leur travail. Nous savions que les personnes étaient payées par des émoluments fixes et non négligeables. On aurait pu décider que les membres devaient se réunir une fois par mois avec une rétribution au jeton de présence. Le problème vient du fait que les personnes ne se réunissaient pas."

- Pas touche à Stéphane Moreau: Willy Demeyer n’entend pas lâcher l’homme fort de Nethys. "Je ne demande pas à Stéphane Moreau de faire un pas de côté. Il peut rester chez Nethys." Tout en se disant favorable à une limitation de son salaire à 290.000 euros, il laisse la porte ouverte à des adaptations. "Il faut attirer le personnel et certainement pas faire fuir les talents. Est-on donc à 290.000 euros ou dans certains cas allons-nous plus loin?"

- Ardent défenseur de Nethys: "C’est une réussite économique. Attendons l’audit du gouvernement et les recommandations du Parlement mais je serai extrêmement vigilant et veillerai à l’intérêt de l’entreprise et des Liégeois."

 

  • Daniel Bacquelaine

Sous le feu des projecteurs de par son titre de président de la fédération MR de Liège, le ministre fédéral Daniel Bacquelaine renvoie la balle de tout ce scandale aux présidents des comités de secteur et au conseil d’administration de Publifin.

-Utilité des comités de secteur: Comme chef des libéraux liégeois, Daniel Bacquelaine a donné son aval à la création des comités. "Il y avait un intérêt à créer ces comités de secteur. Nous sommes partis du modèle du bureau exécutif du comité gaz avec une mission de type décisionnel. Bien malheureusement, ces comités n’ont pas été à la hauteur des objectifs qu’on leur a assignés. Je pensais que leur mission allait être définie. C’était au conseil d’administration (de Publifin, NDLR) de fixer le travail de ces comités."

-Vers une entreprise publique autonome? Le ministre fédéral plaide pour un changement radical. "Il faut revoir le modèle pour que la gouvernance soit de meilleure qualité", estime-t-il. "Il y a un problème par rapport au costume ‘intercommunale’. Faut-il évoluer vers une entreprise publique autonome ou sortir les actifs concurrentiels du champ public? La commission doit répondre à ces questions."

-L’avenir de Stéphane Moreau: Daniel Bacquelaine botte en touche. "Ce n’est pas le rôle du président de la fédération de décider de l’avenir de Stéphane Moreau. Mais je n’aime pas les mélanges des genres. Soit on est businessman, soit on fait de la politique." Quant à son salaire, le libéral rappelle qu’il a voté un texte au Fédéral qui limite les rémunérations des managers publics à 290.000 euros. "Mais je ne suis pas naïf, je sais que dans certains secteurs concurrentiels, il faut une part de variable."

 

  • Dominique Drion

Ex-président de la fédération liégeoise du cdH et ancien vice-président de Nethys et Publifin, Dominique Drion vient de lâcher l’ensemble de ses mandats suite à l’éclatement du scandale.

-Jamais eu vent d’un dysfonctionnement: Comme Willy Demeyer et Daniel Bacquelaine, Dominique Drion a reconnu avoir eu connaissance de la hauteur des rémunérations des membres des comités de secteurs. "Mais si j’avais eu l’information d’un dysfonctionnement, j’aurais réagi."

-Liège-Bastogne-Liège: Dominique Drion a expliqué avoir eu le feu vert de Benoît Lutgen, le président du cdH, pour la mise en place des nouvelles structures de l’intercommunale. "Avec Stéphane Moreau, nous sommes allés voir Benoît Lutgen pour lui présenter la structure du groupe. Notre entretien s’est terminé par un feu vert."

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