Publicité
analyse

Après Moreau & Co, c’est l’heure de la relève à Liège

©Anthony Dehez

À Liège, le tissu économique dominant forme une "Sainte Alliance". L’essentiel des leviers est aux mains d’un petit nombre de personnalités économiques et politiques montantes.

Depuis quelques mois, Liège a des airs chagrins. En bord de Meuse, c’est tout un milieu économique qui tire la langue. Comme si Stéphane Moreau, Pol Heyse ou Pierre Meyers avaient emporté avec eux une partie de la fierté légendaire des liégeois. "On est mal, on souffre du dossier Nethys et de l’image qu’il donne de Liège. Il n’y a pas de Liège bashing, c’est normal d’en parler, mais cela impacte tout le milieu économique", explique un acteur de premier plan à Liège.

Pour comprendre l’onde de choc que provoque le scandale Nethys et la trahison des "frères liégeois", il faut remonter au temps des maîtres des forges, à la fermeture progressive de la phase à chaud d’ArcelorMittal et la perte de milliers d’emplois dans son sillage. Liège étant Liège, la reconstruction a été le fruit d’une union sacrée entre partis politiques et forces vives de la ville. "Il fallait essayer de recréer de l’activité nouvelle", se rappelle un témoin.

"Stéphane Moreau incarnait les affaires, pas le développement économique et industriel."

Si la ville doit une partie de sa transformation à l’initiative publique, elle s’est matérialisée par la création de puissants outils économiques comme Noshaq (anciennement Meusinvest), Nethys, l’aéroport de Liège, Ethias, Solidaris, NEB et bien d’autres. "Il y a une force à Liège, c’est sa Sainte alliance. Il y a eu des dérapages, mais il faut retenir une chose: les outils et les politiques savaient travailler ensemble", estime un autre acteur industriel. À l’heure d’évoquer Stéphane Moreau, la pilule ne passe pas. "Il incarnait les affaires, pas le développement économique et industriel", assure une figure liégeoise.

Noshaq la puissante

Au moment d’évoquer le tissu économique liégeois, Noshaq est un acteur incontournable. Présidé par l’ancien co-président d’Ecolo Jean-Michel Javaux et dirigé par Gaëtan Servais, le patron du festival des Ardentes, l’invest, depuis sa création en 1985, a injecté un peu plus d’un milliard d’euros dans l’économie liégeoise, et 510 millions rien que ces 5 dernières années. Puissante, Noshaq se dessine comme un holding privé derrière lequel on retrouve une quinzaine de filiales qui vont de l’immobilier à des fonds dessinés autour de quelques secteurs stratégiques (science de la vie, immobilier et reconversion, numérique, énergie, développement durable et mobilité, agro-alimentaire). "Par sa dynamique, Noshaq a pris beaucoup de place en une dizaine d’années. Outre sa mission historique de financier et d’investisseur professionnel, elle a muté en un acteur de reconversion économique. Elle développe des projets dans des écosystèmes où il y a un manque, comme le Legiapark qui offrira de la visibilité à la biotechnologie", analyse un observateur.

5.000
emplois
Sur ces cinq dernières années, Noshaq a permis de créer ou consolider plus de 5.000 emplois sur Liège.

La toile de Noshaq s’étend au-delà de Liège. On la retrouve dans le capital de sociétés situées à Charleroi, Namur, Nivelles, Hal-Vilvorde, Bruxelles et même aux États-Unis. "L’entreprise a récemment investi dans une société médicale fondée par un liégeois basé aux Etats-Unis. Cela peut surprendre, mais il s’agit d’une stratégie. Un jour, cet acteur dans le suivi des femmes enceintes voudra se déployer en Europe. Avec notre participation, on s’attend à ce qu’il établisse son QG européen à Liège. Tous les investissements réalisés par Noshaq au-delà de Liège doivent s’accompagner de retombées pour Liège à terme", explique un acteur. Sur ces cinq dernières années, le groupe se félicite d’avoir permis de créer ou consolider plus de 5.000 emplois sur Liège.

À côté de ses 279 sociétés dans lesquelles Noshaq est entré dans le capital et ses 462 sociétés en portefeuille, l’invest a tissé une toile avec des participations stratégiques dans Mithra, l’aéroport de Liège, la Socofe (l'outil d'investissement des pouvoirs locaux dans la transition environnementale) ou le pôle image de Liège. Son actionnariat abrite tout ce qui compte dans la stratégie de redéploiement de la région avec des acteurs comme Mithra, NEB (Nethys, Ethias), la FN Herstal, John Cockerill (ex-CMI).

Liège ne serait pas tout à fait la même sans des pôles comme Nethys ou l’aéroport de Liège qui, dans leur sillage, ont permis de créer plus de 1.300 emplois pour le premier et près de 9.000 pour le second.

La suite ? Elle se dessine un peu grâce au départ de Stéphane Moreau & Co, dit-on. "Ils avaient confisqué leurs outils publics. Et ce qui semblait impossible hier ne l’est plus aujourd’hui", estime un proche de tous les dossiers.  On pointe par exemple Elicio, une filiale dans l’énergie renouvelable de Nethys, qui pourrait se muer en giga pôle énergétique de la Wallonie en regroupant des actifs de Socofe et de la SRIW. Des rapprochements entre Nethys et Noshaq ne sont pas non plus exclus pour investir dans le redéploiement de Chertal, un ancien site sidérurgique en bord de Meuse.

"Ils réparent et préparent l’avenir"

Cette évolution repose sur un préalable : un grand nettoyage dans les instances décisionnelles et les conseils d’administration d’une série d’outils publics liégeois jadis sous la coupe de Stéphane Moreau, Pol Heyse, Pierre Meyers ou Bénédicte Bayer. C’est la mission que s’est assignée le quatuor composé de Laurent Levaux, Jean-Pierre Hansen, Bernard Thiry et Renaud Witmeur. Depuis leur arrivée à la tête de Nethys et ses filiales, on ne compte plus les têtes qui tombent comme celle de José Happart à l’aéroport de Liège ou celle de François Fornieri recalé pour un poste d’administrateur chez Noshaq. Chez l’assureur Integrale, le nettoyage est visible. En témoigne, entre autres, l’arrivée de Marc Bolland, le bourgmestre de Blegny, nommé administrateur le 13 juillet dernier. Marc Bolland incarne le renouveau du PS liégeois. En août 2019, il co-signait un courrier dénonçant "l’opacité qui règne chez Nethys".

Aujourd’hui, on retrouve Jean-Pierre Hansen, Bernard Thiry, Laurent Levaux et Renaud Witmeur à tous les étages de la structure Nethys (Ogeo Fund, Socofe, NEB, Elicio, VOO, Win,….) Si personne ne peut dire combien de temps durera leur mission, les deux premiers ne devraient être que de passage, mais les vents liégeois nous soufflent que Laurent Levaux et Renaud Witmeur se sentent bien dans la cité ardente. "Ils réparent et préparent l’avenir".

La relève est en place et travaille au développement économique de Liège. Qui sont ces acteurs avec qui Liège devra compter ?

À côté de cela, la relève est en place et travaille au développement économique de Liège. Qui sont-ils ? Où sont-ils ? Impossible d’être exhaustif, mais en voici quelques-uns avec qui Liège devra compter. Prenons Julien Compère, ancien chef de cabinet de Jean-Claude Marcourt, alors ministre wallon de l’Économie. C’est un homme de l’ombre. Celui que certains qualifient d’étoile montante du PS, est aujourd’hui à la tête du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Liège, le plus grand employeur de la Région, avec plus de 6.000 membres de personnel. À côté du monde hospitalier, on le retrouve comme administrateur à la Socofe, chez Publi-T, chez Publigaz et chez Integrale. Il est également vice-président chez NEB participations. Notons qu’il préside également Bridge2health, la coupole biotech de Liège, essentiellement développée par Marc Foidart, le fils de Jean-Michel Foidart, co-fondateur de Mithra. Marc Foidart est également COO de Noshaq. Depuis 20 ans, il œuvre à l’émergence du secteur de la biotech à Liège. Il a aussi participé au développement de Cide-Socran (devenu Eklo), une structure mise en place pour développer des business plans pour des plus petites structures.

Un échiquier en perpétuel mouvement

Justement, derrière Eklo, on retrouve Joanna Tyrekidis, 37 ans, une étoile montante chez Noshaq. Et forcément, chez Noshaq, impossible de passer à côté de Gaëtan Servais, 53 ans. Incontournable à Liège, il est vu comme celui qui redynamise la cité ardente, notamment via le développement de la Grand Poste, le futur hub créatif de Liège.

Dans le monde des affaires, certains pointent Stéphane Burton, 47 ans, un "Liégeois exilé à Bruxelles" qui, nous dit-on,  a envie de jouer un rôle dans cet échiquier en perpétuel mouvement. Vice-président de Liège Airport, CEO de Sabena Aerospace, il a récemment œuvré au rapprochement avec la Sabca pour donner naissance au holding Blueberry. Liège peut aussi compter sur les réseaux et les projets d’hommes d’affaires comme Laurent Minguet et Pierre L’Hoest (les deux fondateurs d’EVS), ou Jean-Luc Maurange (CEO de John Cockerill).

Ethias qui reste important dans l’écosystème liégeois et le plus gros employeur à Liège dans le domaine non public.

Côté politique, une nouvelle génération emmenée par Frédéric Daerden (récent président de la fédération liégeoise du PS) ou Christie Morreale (numéro deux du gouvernement Di Rupo) a pris la place de Jean-Claude Marcourt (PS) ou de Daniel Bacquelaine (MR). À côté de ces nouveaux cadors de la politique liégeoise, des nouvelles têtes ont fait leur apparition comme Fabian Culot (MR) administrateur chez Noshaq et Enodia (la maison-mère de Nethys); Deborah Géradon (PS), 37 ans, administratrice de l’immobilière du Val-St-Lambert, échevine à Seraing, et future vice-présidente de la fédération du PS liégeois; Bertrand Demonceau, 50 ans, un autre libéral qui monte à Liège. Administrateur et vice-président d’Ogeo Fund, il est surtout le directeur général d'Ecetia, une intercommunale  qui aide les pouvoirs publics dans la gestion et le financement de projets immobiliers.

Liège peut enfin compter sur Philippe Lallemand, administrateur chez Socofe, président de NRB, ancien directeur de l’Institut Emile Vandervelde et surtout CEO d’Ethias. Ethias qui reste important dans l’écosystème liégeois et le plus gros employeur à Liège dans le domaine non public.

Bref, la relève est là. Liège n’a pas attendu que la Justice frappe un grand coup pour tourner la page de l’ère Moreau.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés