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analyse

Bras de fer autour du sauvetage de Liberty Steel à Liège

À Liège, Liberty Steel emploie 722 personnes et risque, sous peu, de stopper ses activités. ©EPA-EFE

La Région wallonne pourrait accorder un prêt de 37 millions d'euros à Liberty Steel à condition que ce dernier cède les outils industriels.

La sidérurgie liégeoise retient son souffle depuis quelques semaines. Au centre des inquiétudes: l’avenir de Liberty Steel et ses 722 emplois!

Pour comprendre le fil de ce énième coup de bambou dans l’histoire du bassin liégeois après le plan de fermeture d’Arcelor en 2003, les désillusions suite à la fusion entre Arcelor et Mittal Steel en 2004 et la fermeture de la phase à chaud en 2011, il faut prendre la direction de Londres, siège de la société financière Greensill Capital et actionnaire de Liberty Steel. Derrière Greensill, on retrouve le conglomérat GFG Alliance.

La grande désillusion

Présente dans les secteurs de l’énergie, des mines, des métaux, des services financiers, cette galaxie pèse près de 15 milliards de dollars. En 2018, le groupe rachète à ArcelorMittal une série d’actifs européens dont, à Liège, ses laminoirs à froid de Flémalle (deux lignes de galvanisation) et Tilleur (fer blanc). Un an plus tard, Sanjeev Gupta, le patron de Liberty Steel, promet une centaine de millions d’euros d’investissements…

"Il y avait des doutes, mais on nous a toujours dit que Gupta avait les moyens de ses ambitions. Or, on n’a jamais rien vu. Ces 100 millions promis à Liège, c’était des paroles en l’air. "
Jordan Atanasov
Responsable syndical à la CSC

La suite ne sera que désillusions chez les travailleurs et la faillite de Greensill, créancier de Liberty Steel, risque de donner le coup de grâce à ce qui reste de la sidérurgie liégeoise. "Nous avons très peu d’informations. Greensill, c’est un système nébuleux. Je suis un habitué de ces situations et nous n’avons jamais été naïfs. Il y avait des doutes, mais on nous a toujours dit que Gupta avait les moyens de ses ambitions. Or, on n’a jamais rien vu. Ces 100 millions promis à Liège, c’était des paroles en l’air. On n’a jamais vu le plan industriel", regrette Jordan Atanasov, responsable syndical à la CSC.

Par ricochet, suite aux problèmes de Greensill, Liberty Steel Liège et Dudelange (au Luxembourg) a été placée en réorganisation judiciaire depuis le 11 mai et "il existe un risque important à court terme qu’elle ne puisse poursuivre ses activités", estimait le ministre de l’Économie Willy Borsus (MR) début juin.

722
emplois
Derrière le dossier de Liberty Steel à Liège et l'avenir, voire la survie des lignes de galvanisation et de fer blanc, il y a surtout 722 emplois.

La piste NLMK

Face au spectre d’une faillite, la Région wallonne a mandaté la Sogepa pour qu’elle tente de dégager une piste de sauvetage. La Région se dit prête à injecter 37 millions d’euros à travers un prêt, le temps de retrouver un repreneur. "Mais ce prêt doit s’entourer de conditions", assure un proche du dossier. "Il nous faut d’abord des garanties sans quoi on risque de ne plus revoir cet argent. Ensuite, Liberty Steel doit s’engager à lancer une cession transparente de l’outil de manière à pérenniser l’activité."

"Liberty Steel doit s’engager à lancer une cession transparente de l’outil de manière à pérenniser l’activité."
Un acteur du dossier

Pour de nombreux observateurs et acteurs du dossier, si l’avenir du fer blanc à Tilleur et les services de support semblent compromis, les deux lignes de galvanisation présentent un réel intérêt sur le plan industriel. "Le plan élaboré par la Région wallonne et la Sogepa consiste à mettre en sécurité ces outils et les endosser ensuite à un autre acteur industriel", dit-on. Parmi les potentiels repreneurs, le nom de NLMK est cité à différents niveaux. "Cette piste aurait même du sens quand on sait que le site de NLMK à la Louvière va être en surcapacité de production suite à des investissements. Il aura donc besoin de nouveaux débouchés pour ses produits", explique une source proche du dossier.

"Nous devons réfléchir à prendre un décret pour défendre les intérêts stratégiques de la Région."
Laurent Léonard (PS)
Député wallon

Un décret pour forcer la main?

Interpellée par la Sogepa lors des dernières médiations, la direction de Liberty Steel semble pour l’heure sourde aux demandes de la Région et travaille sur un autre scénario qui consiste à intégrer les actifs liégeois et luxembourgeois dans l’entité roumaine. Une restructuration semble pourtant inévitable! À moins, comme le propose le député socialiste Laurent Léonard, que la Région wallonne force la main. « On doit sauver ce fleuron. Il y a urgence. Nous devons réfléchir à prendre un décret pour défendre les intérêts stratégiques de la Région. Il faut faire en sorte que la Région soit partie prenante dans ce dossier."

Le résumé

  • La faillite du groupe financier Greensill a entraîné dans son sillage la mise en réorganisation judiciaire de Liberty Steel à Liège.
  • La direction de Liberty Steel a jusqu'à la fin du mois de juillet pour trouver une solution.
  • La Région Wallonne pourrait accorder un prêt de 37 millions à condition que Liberty Steel cède les actifs liégeois.
  • Du côté des actionnaires de Liberty Steel, on plaide pour une réorganisation au sein du groupe.

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