interview

Céline Tellier: "Il faut avoir un droit à la déconnexion"

Ministre depuis septembre 2019, Céline Tellier avance, sans savoir si elle continuera la politique dans 4 ans. ©SISKA VANDECASTEELE

Sur le pont depuis son arrivée dans le gouvernement wallon, Céline Tellier décompresse comme elle peut. "Mais c'est difficile de mettre son cerveau en mode off."

Court-Saint-Etienne, un jeudi de juillet, en fin d’après-midi. Des jeunes flânent sur les quais de la gare. Une certaine insouciance s’échappe de leurs yeux. Ils profitent du temps, de l’après-confinement, pour revivre. Des cris d’enfants résonnent depuis la salle des pas perdus de la gare transformée en coopérative. Ce lieu de passage pour les voyageurs pressés est aujourd’hui devenu un endroit d’échanges entre citoyens. Un endroit qu’affectionne tout particulièrement la ministre Céline Tellier.

"C’est vrai que c’est un peu cliché de donner rendez-vous ici mais je trouve la dynamique de cet endroit très chouette."

"Je suis arrivée à Court-Saint-Etienne en 2014 et la coopérative a ouvert quelques années après. C’est vrai que c’est un peu cliché de donner rendez-vous ici mais je trouve la dynamique de cet endroit très chouette. Le fait que des citoyens s’approprient un lieu avec une histoire est quelque chose qui me parle. J’ai travaillé dans la mobilité avant. J’aime bien les gares. C’est un lieu de passage en tant que gare et c’est devenu un lieu de rencontre pour les gens et les ASBL qui manquait dans la commune."

L’apaisement via l’action

Issue de la société civile, Céline Tellier a dirigé Inter-Environnement Wallonie avant de plonger dans l’arène politique en septembre 2019 à l’invitation d’Ecolo pour diriger les portefeuilles de l’Environnement, de la Nature et du Bien-être animal au sein du gouvernement wallon. Sensibilisée très jeune à la problématique du climat, la ministre ne se définit pourtant pas comme une militante.

"Aujourd’hui, il y a un effet de génération. La jeune génération politique est davantage conscientisée par les questions climatiques."

"Je viens d’un milieu familial qui n’était pas forcément sensibilisé à la question de l’environnement. J’ai eu un déclic à 15 ans. Je suis tombée sur une revue de Greenpeace qui parlait du changement climatique. Cela m’a sauté aux yeux qu’il y avait un risque majeur par rapport au dérèglement climatique. Un peu comme les mouvements des jeunes il y a quelques mois, je me suis demandé pourquoi personne ne faisait rien! Avec d’autres élèves et des profs, on a mis en place une antenne écologie dans l’école. On a fait de la sensibilisation et aussi des petits changements à l’échelle de l’école. Cela a été le début de mon engagement. A l’unif, j’ai très peu exploré ces questions mais elles sont revenues forcément quand je travaillais chez Inter-Environnement. J’en ai fait un métier et cela, c’est très fort. Il y a beaucoup de personnes qui sont déprimées par les problèmes environnementaux mais se sentent impuissantes. Avoir la possibilité de pouvoir agir sur ces questions à travers son boulot confère une sorte d’apaisement parce qu’on se sent avoir une certaine puissance d’action."

Voilà comment tout a commencé! "Les mouvements de transition ont été un jalon dans mon parcours. Aujourd’hui, il y a un effet de génération. La jeune génération politique est davantage conscientisée par les questions climatiques."

Lâcher le mental

Être ministre, elle l’avoue sans détour, cela change une vie. "Il n’y a jamais de pause. On ne peut jamais être en stand-by. Il est donc important de profiter de chaque répit pour décompresser et s’évader." A côté de sa vie de ministre, Céline Tellier reconnaît qu’il est "difficile de mettre son cerveau en mode off. Mais parfois, je n’ai pas envie de parler écologie quand je rentre chez moi le soir".  

"Dans un boulot très prenant, le temps marginal disponible est très court. On n’a pas beaucoup de temps au-delà du travail."

Cette déconnexion, elle la puise à l’extérieur ou dans la musique. "J’aime bien aller faire du vélo. C’est aussi cliché. Je faisais du vélo utilitaire pour aller à la gare mais avec le confinement, j’ai commencé à faire des balades le week-end. Je sens les effets physiques et cela vide l’esprit. Lire un roman, jardiner (même si c’est un peu limité vu que je n’ai qu’un balcon), cela permet de lâcher le mental. J’écoute aussi beaucoup de musique et je chante même si je pratique peu. Par le passé, je faisais aussi de l’improvisation théâtrale. Mais c’est dur aujourd’hui de trouver le temps pour ses passions. Et nos smartphones ne nous aident pas à lâcher le mental. Il faut avoir un droit à la déconnexion. Dans un boulot très prenant, le temps marginal disponible est très court. On n’a pas beaucoup de temps au-delà du travail. La question qui se pose est de savoir si on passe ce temps sur Facebook ou Twitter machinalement, ou si on essaye de donner du temps de qualité. Je fais un peu de méditation et ça m’aide à me relâcher."

Cet été, elle ira par exemple chercher cette déconnexion dans les Alpes, en Valloise. Sans accès GSM! "J’ai donné les numéros de téléphone des refuges à ma secrétaire en cas d’urgence. Mais je ne verrai les messages que le soir. Être en contact sensoriel avec la nature, cela ressource. Il faut garder du temps pour se reconnecter à notre environnement. On fait partie de la nature."

Toujours pas de carte de parti

La pause estivale derrière elle, il sera alors temps de replonger dans les dossiers. "Dans mon métier, j’aime faire des visites de terrain. Cela donne du souffle et de l’inspiration. Mais le côté faiseur de voix, non. Ce n’est pas pour cela que je suis ici. Ce qui me fera rester en politique, c’est le sentiment d’avoir de l’impact sur les enjeux. Je ne suis pas là pour être sur les photos."

"Je ne sais strictement pas si je continuerai la politique au bout de 5 ans."

Elle le dit sans mystère, son avenir en politique n’est pas tout tracé. "Je n’ai toujours pas de carte de parti. Je ne suis plus officiellement membre de la société civile mais je ne sais strictement pas si je continuerai la politique au bout de 5 ans. Je me suis donné un an avant de faire le bilan et voir si c’est un levier qui permet de faire bouger les choses. On arrive tout doucement au bout de cette première année et je n’ai pas encore vraiment la réponse. Mais si je veux me faire élire, c’est vrai qu’il faudra que je rentre dans les rouages classiques de la politique."

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