interview

Christie Morreale: "J’aimerais pouvoir créer mon entreprise"

C'est en compagnie de son chien d'assistance Kama que Christie Morreale nous fait découvrir le terril du Gosson. Un lieu qui la symbolise.

Sicilienne et amoureuse de la cuisine italienne, la ministre Christie Morreale poursuit sa route en politique. "Mais je ne veux pas en être dépendante."

Elle aurait pu nous recevoir autour d’une assiette de pâtes à la sauce tomate. Une de ses passions même si elle avoue être une piètre cuisinière. "C’est vrai, je ne sais pas cuisiner, mais j’aime beaucoup la nourriture. Cela me procure du plaisir. Peut-être est-ce parce que cela me rappelle mes origines", avoue Christie Morreale, la ministre socialiste en charge de la Santé et de l’Emploi en Région wallonne.

"Je parle le dialecte plutôt que l’italien. L’Italie du Nord est bien plus séparée de l’Italie du Sud que la Flandre ne l’est de la Wallonie."
Christie Morreale
Ministre de l'Emploi et de la Santé

Ses racines, elle les puise dans la Sicile par son grand-père paternel venu travailler dans les mines en Belgique. "Je parle le dialecte plutôt que l’italien. L’Italie du Nord est bien plus séparée de l’Italie du Sud que la Flandre ne l’est de la Wallonie. Je me caractérise toujours comme cela, même si ma maman est blonde aux yeux bleus, à moitié flamande et à moitié wallonne. Toute la famille du côté de mes grands-parents maternels sont des bateliers flamands. Mais ce qui a bercé mon enfance, c’est l’Italie."

De la rue Staline à la rue de la Démocratie

Ce vendredi, elle délaissera pourtant la saveur culinaire de l’Italie pour fouler les sentiers du terril du Gosson à Saint-Nicolas dans la région liégeoise. "Un lieu qui me représente", reconnaît Christie Morreale. Kama, son jeune labrador, ne bronche pas. "C’est un chien d’assistance. Il va servir pour une personne qui est en chaise roulante. Il va ouvrir les portes, ramasser des objets, enlever son manteau… Il va lui donner plus d’autonomie. Nous sommes sa famille d’accueil le temps de son apprentissage. C’est un engagement, mais si j’avais su que je serais ministre, je ne pense pas que j’aurais pris le chien. Il ne suit pas le rythme d’un ministre. Mais c’est une belle expérience. L’idée que ce chien ne nous appartienne pas change le rapport à l’autre. Mes deux enfants l’ont compris. Cette expérience leur a aussi permis de rencontrer d’autres enfants, qui sont en situation de handicap et qu'ils n’auraient pas rencontrés par ailleurs. Cela nous a enrichis. Voir le quotidien de personnes en situation de handicap m’aide aussi dans le regard à avoir au niveau de la gestion de certains dossiers de l’Aviq."

"C'est une belle expérience. L’idée que ce chien ne nous appartienne pas change le rapport à l’autre."

La pluie nous pousse à l’intérieur de la cafétaria. "Les terrils, c’était ma plaine de jeux. La nature a repris ses droits. Le site ici a été transformé en réserve naturelle Natagora. J’ai grandi au pied d’un haut-fourneau à Ougrée et je suis née rue Joseph Staline qui est devenue sans transition rue de la Démocratie. J’ai fait mes premiers pas rue Joseph Staline, avouez que c’est surprenant." Ce clin d’œil à Staline fait sourire autant qu’il interpelle. "Staline, c’est un passé sanglant!"

"J’hésitais entre le PS et Ecolo, parce que j’aimais bien le côté éthique et environnementaliste."

De Staline à la politique, il n’y a évidemment pas qu’un pas. "La politique, c’est venu vers 16 ans avec mon prof d’histoire, qui était d’ailleurs un libéral. Il nous a donné un cours sur le socialisme et le capitalisme, et cela m’a marquée. Cela a été comme une forme de révélation. Je trouvais qu’il y avait beaucoup d’injustices selon l’endroit où on est né. J’ai commencé à suivre la politique de très près, en regardant les débats télévisés notamment. Je savais que j’étais de gauche. J’avais écrit au PS, au PSC (ancêtre du cdH) et à Ecolo pour recevoir leur programme. J’hésitais entre le PS et Ecolo parce que j’aimais bien le côté éthique et environnementaliste. J’ai finalement choisi le PS, qui avait une vision plus globale avec une assise de justice sociale qui fonde ma pensée et mon engagement."

"J'ai perdu une forme d'insouciance"

La vie de ministre, elle l’encaisse avec ses hauts et ses bas, comme cette crise sanitaire qui la touche depuis le début mars. "Ce qui arrive est difficilement acceptable pour les gens et les responsables. J’ai été convaincue qu’en fermant les maisons de repos, on mettait en place des forteresses face au Covid. On était tous convaincus que la maladie n’était pas à l’intérieur. En fait, le virus était tapi dans le corps des gens. Mais on ne le voyait pas. On ne savait pas l’identifier. C’est extrêmement difficile à vivre, à la fois le premier mort et les résultats au jour le jour. Avec cette crise, la vie a basculé. J’ai perdu une forme d’insouciance. Il suffit de regarder un film pour remarquer que son rapport à l’autre a changé. Il y a des tas de pratiques qu’on ne partage plus."

"J’aimerais pouvoir créer moi-même mon job, mon entreprise. On a donc cheminé ensemble pendant quelques mois pour créer un projet que je n’ai pas eu le temps de matérialiser."

Cette vie de ministre, elle l’a forcément choisie. "J’ai une vie sociale qui est extrêmement réduite. Je n’ai plus le temps de lire.  Mais cela ne me pose pas de souci. Je trouve qu’il y a beaucoup d’adrénaline, parfois de tensions, comme avec ce qu’on vient de vivre. Le temps est mon pire ennemi. Cela va très vite et les processus sont longs pour changer les choses."

Pour se reconnecter, Christie Morreale parle souvent de l’Italie. De son retour aux sources. "Mais cette année, il faudra faire sans! Je ne partirai pas en Italie cet été. J’aime aussi plonger dans la nature comme ici. D’une certaine manière, cela m’aide à me reconnecter. Kama (son chien, ndlr) m’oblige d’une certaine façon à sortir."

Préparer un nouveau cap

Ministre, Christie Morreale veut rester les pieds sur terre et conserver son indépendance par rapport à la politique. "Un jour, ce feu sacré peut s’éteindre. Je ne veux pas vivre de la politique ou en être dépendante. À un moment où la situation politique a été compliquée, j’ai été voir une coach pour aborder ce cap que j’avais envie de franchir et éventuellement faire autre chose. J’aimerais pouvoir créer moi-même mon job, mon entreprise. On a donc cheminé ensemble pendant quelques mois pour créer un projet, que je n’ai pas eu le temps de matérialiser. Il n’est pas suffisamment mûr. Mais je le garde en tête." Elle n’en dira pas plus sur le projet. "Mais c’est une chance, car cela me donne une sorte de liberté par rapport à des choix sur lesquels j’aurais un problème éthique. C’est une liberté de conscience que je veux garder."

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