interview

Christie Morreale, ministre wallonne de la Santé: "Dans 20 jours, les unités de soins intensifs seront saturées"

©anthony dehez

Face à des hôpitaux au bord de la saturation, la ministre de la Santé en Région wallonne Christie Morreale (PS) appelle les gens à respecter les règles. Elle prône également l'usage de tests salivaires auprès de la population.

À côté des décisions prises par le comité de concertation ce vendredi, la Région wallonne va-t-elle prendre d’autres mesures tant au niveau du soutien économique pour les secteurs touchés qu’au niveau coercitif?

Le gouvernement wallon va se réunir dans la foulée du comité de concertation [la réunion était prévue samedi matin, NDLR] pour débriefer sur les mesures prises par le comité de concertation et envisager la situation au niveau de la Wallonie. Le fédéral a par exemple annoncé des mesures de soutien pour les secteurs touchés. Nous allons voir à l'échelle de la Wallonie quelles mesures complémentaires nous pouvons prendre pour également aider ces secteurs.

Samedi après-midi, nous allons aussi rencontrer l’ensemble des bourgmestres et des gouverneurs pour faire le point avec eux sur la situation. Les gouverneurs sont importants dans notre politique de police. Nous verrons quelles sont les adaptations régionales à faire.

La situation épidémiologique sera également mise sur la table du gouvernement.

Justement, quelle est la situation sanitaire dans les hôpitaux wallons? Il y a énormément d’inquiétudes aujourd'hui.

Les hôpitaux sont alarmistes. La hausse est exponentielle aujourd’hui. De nombreux hôpitaux nous ont contactés vendredi après-midi pour nous dire que la situation est préoccupante. On est aujourd'hui dans la même situation que celle du 2 avril dernier. Or, le deux, c’était trois semaines après le lock-down. La montée a été vertigineuse. Les gens doivent s’en rendre compte. Dans 20 jours, les unités de soins intensifs seront saturées. Or, si les hôpitaux sont saturés, il y a des gens qui vont devoir rester chez eux alors qu’ils sont malades. Il faut aujourd’hui que la population soit solidaire.

"On est aujourd'hui dans la même situation que celle du 2 avril dernier. Or, le deux, c’était trois semaines après le lock-down. La montée a été vertigineuse."

Comment expliquez-vous cette différence entre Flandre, Wallonie et Bruxelles?

Il y a quelques semaines, Anvers a connu un pic de contamination, Bruxelles ensuite. C’est le tour de la Wallonie. Ce qui arrive maintenant en Wallonie va arriver dans les autres régions. Plusieurs facteurs sont identifiés. L’enseignement supérieur a repris chez nous une semaine avant la Flandre. À Anvers, les gens ont pris conscience plus tôt qu’il y avait rebond. En Wallonie, on tient tellement à nos liens sociaux que certains ne prennent pas toujours conscience de la situation.

Est-ce que les messages d’assouplissement de la fin du mois de septembre par le CNS n’y sont pas pour quelque chose?

Le retour des vacances, la diminution du télétravail et la reprise de l’enseignement supérieur ont fait en sorte que les gens se remélangent. À ceci s’ajoute une baisse de la garde au niveau des gestes barrière. On y est allé progressivement depuis le déconfinement partiel. À chaque étape, on a mesuré si on était dans le bon ou pas. Ce qui se passe démontre que les mesures de prévention classiques avec une vie sociale quasi normale ne sont pas suffisantes. Mais l’épidémie n’est pas éternelle. On en a encore pour quelques mois et on se serre les coudes. À un moment cette épidémie disparaîtra. Aujourd’hui ce qui est important, c’est de protéger ce qui est fondamental pour nous : l’éducation de nos enfants, l’accès aux soins de santé car à côté du Covid-19, des gens ont besoin d’être suivis pour d’autres pathologies, et enfin sauvegarder l’emploi. À la fin de la crise, il faudra conserver un taux d’emploi important. Il faut donc des mesures fortes mais sans arriver au lockdown qu’on a connu en mars. L’idée est de réduire les contacts sociaux pour ce qui n’est pas obligatoire.

"Aujourd’hui ce qui est important, c’est de protéger ce qui est fondamental pour nous : l’éducation de nos enfants, l’accès aux soins de santé."

L'organisation du testing semble toujours laborieux, comment est-ce possible alors que ce rebond était prévisible et prévu?

Les encombrements qu’on a connus avec les files d’attente, les saturations dans les laboratoires parfois par manque de réactifs ou d’écouvillons, sont dus à une augmentation importante des demandes de test. Parallèlement, on discute avec nos collègues fédéraux et régionaux d'une stratégie nationale sur la manière dont on va tester à l’avenir. Va-t-on tester tous les contacts à haut risque, les contacts à bas risque, les asymptomatiques, allons nous vers des tests salivaires...  J’ai demandé qu’on envisage l’élargissement du testing aux tests salivaire, cela devrait faire descendre la pression. Sur les centres de testing, nous travaillons à des améliorations depuis des semaines. Un système de rendez-vous en ligne sera automatique la semaine prochaine pour éviter les files. De nouvelles antennes vont être créées la semaine prochaine dans le Luxembourg, à Louvain-la-Neuve, à Charleroi ou à Andenne. Les laboratoires ont commandé des machines pour augmenter les capacités. La plateforme fédérale qui fait des milliers de tests par jour est en passe d’être transférée à Liège au sein d’un consortium, ce qui doit augmenter la capacité de 40.000 tests par jour au moins. La situation va s’améliorer dans les prochains jours.

"J’ai demandé qu’on envisage l’élargissement du testing au tests salivaire, cela devrait faire descendre la pression."

Êtes-vous partisane d'un testing plus généralisé?

M. Coppieters m’avait proposé un test sérologique sur l’ensemble des maisons de repos. On aurait pu alors faire passer un test PCR régulier à ceux n’avaient pas d’anticorps. Les scientifiques du Risk Management Group ont estimé que cela n’avait pas de pertinence scientifique. Mais ils ont accepté, suite à notre insistance, qu'à parti de la fin août, on teste de manière préventive tout le personnel des maisons de repos qui sont dans des zones rouges. En plus, chaque fois que deux cas sont confirmés, on peut tester tout le personnel et les résidents des maisons de repos. Le fait d’avoir pu faire des milliers de tests permet un bon monitoring de la situation. J’ai écrit pour qu’on envisage les tests salivaires et que cette demande de testing régulier soit reconsidérée car la situation épidémiologique a changé depuis que les scientifiques ont rejeté ce principe. Des possibilités existent. L’Université de Liège notamment a créé des tests salivaires, mais également des tests par gargarisme qui donnent de très bons résultats et qui pourrait convenir aux personnes âgées. En outre, leurs réactifs ne manquent pas car ils sont fabriqués en Belgique. Les tests salivaires ne doivent plus être réalisés par des médecins ou du personnel infirmier. Ces derniers sont saturés avec les malades, des tests salivaires pourraient les libérer des tests PCR. Une stratégie nationale sur le testing doit arriver dans les prochains jours.

"Les tests salivaires ne doivent plus être réalisés par des médecins ou du personnel infirmier. Ces derniers sont saturés avec les malades, des tests salivaires pourraient les libérer des tests PCR."

Allons-nous éviter la surmortalité d’avril dans les maisons de repos?

Les maisons de repos ont aujourd’hui des équipements de protection en suffisance. La Région a aussi trois mois de stocks stratégiques. On a réussi à relocaliser de la production de masques en Wallonie et grâce à Deltrian, on peut fabriquer 90 millions de masques par an. Le personnel des maisons de repos a aussi reçu des formations sur l’hygiène. ll y a les plans grippe, on a renforcé les liens avec les médecins généralistes et mis en place des partenariats avec le Forem pour recruter du personnel. Les maisons de repos peuvent aussi engager des infirmiers à domicile. Je pense donc qu'elles sont mieux préparées.

Y a-t-il un débat au niveau des autorités pour confiner les personnes les plus à risque afin d’éviter d’impacter toute la société?

C’est peut-être un peu égoïste de dire que dans une société ceux qui sont à risque n’ont plus droit à une vie sociale et les autres peuvent en avoir. Il faut une solidarité au sein de la population sur les comportements des uns et des autres. Mais on a pris des mesures plus spécifiques pour les personnes qui sont plus sensibles. On a investi des millions d’euros pour pouvoir faire en sorte que les institutions plus fragiles soient mieux protégées et mieux préparées, mieux outillées et mieux formées. Et, oui, la stratégie de testing prend en compte ces personnes-là et leur profil plus spécifique.

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