interview

Christie Morreale (PS): "Les actionnaires de Nethys ne peuvent prendre de décision sans avoir tous les éléments"

Christie Morreale, ministre wallonne de l'Emploi ©anthony dehez

Christie Morreale est l’un des nouveaux visages du gouvernement wallon. La nouvelle ministre wallonne de l'Emploi a accepté de rencontrer L’Echo en pleine tempête Nethys.

Les murs du cabinet sont blancs et plantés de clous. Pierre-Yves Jeholet (MR), son prédécesseur comme ministre de l’Emploi n’a laissé aucun élément de décoration dans ces locaux de ce quartier résidentiel de Jambes. Christie Morreale et son équipe s’installent peu à peu sans encore disposer de tout le matériel requis. La ministre héberge dans ses locaux le cabinet de son collègue des Pouvoirs locaux, Pierre-Yves Dermagne, dont les bureaux sont dépourvus de meubles, explique la socialiste liégeoise en souriant.

Le nouveau gouvernement wallon est encore dans ses caisses alors que l’actualité, elle, n’attend pas. Christie Morreale, 42 ans, criminologue de formation, a fait ses premières armes au cabinet de Laurette Onkelinx lorsqu’elle était vice-Première ministre en charge de l’Emploi avant de parfaire son expérience politique au Sénat puis au Parlement wallon. La Liégeoise nous raconte que c’est un discours de "Laurette" qui, après un cours d’histoire sur le socialisme, l’avait lancée dans un engagement politique passionné qui ne l’a plus quittée. Aujourd’hui, elle est l’un des nouveaux visages des exécutifs nés des élections du 26 mai dernier. Rencontre en pleine tempête Nethys.

"C’est étonnant d’en apprendre plus par la presse que via les actionnaires ou la direction."

On attaque directement sur cette actualité du genre brûlant en lui demandant quel est son état d’esprit en tant que vice-présidente du gouvernement wallon, mandataire d’une commune actionnaire de Nethys (Esneux) et socialiste liégeoise. La prudence étant d’or en ce moment, le costume de Sioux est enfilé fissa. La ligne, c’est le strict respect des recommandations de la commission Publifin. "On est à la fin de l’application de ces recommandations, il en reste trois principales: le transfert des activités concurrentielles, la question liée au management (dit autrement, le départ de Stéphane Moreau, NDLR) et la disparition de Finanpart, répond-elle. Les questions qu’on peut se poser concernent concernent la transparence des procédures, les conflits d’intérêts éventuels et les valorisations d’actifs destinés à la vente. Sommes-nous dans les bons prix? Y a-t-il eu mise en concurrence? Y a-t-il eu plusieurs offres? Comme membre du gouvernement, je ne veux pas avoir des expressions qui donneraient lieu à des vices de procédures. Il faut être prudent et déterminé, et c’est l’attitude de Pierre Yves Dermagne qui s’appuie sur des avocats d’affaires de pointe."

D’accord, mais le choix d’un fonds d’investissement pour reprendre les activités de VOO est-il judicieux à ses yeux? Elle cale et veut éviter d’exprimer un sentiment sur un tel dossier, dit-elle. "Il faut s’en tenir à une méthode. Aujourd’hui nous posons des questions. Ils ont cinq jours pour répondre, nous devons obtenir la clarté le plus vite possible. Les actionnaires de Nethys ne peuvent prendre de décision sans avoir tous les éléments." On lui demande si elle condamne cette opacité sur les reventes d’actifs, sur la position de François Fornieri, acheteur et vendeur. "Je ne sais pas si le secret demandé aux administrateurs est lié à des clauses ou autres, on est à la frontière entre la gestion des intercommunales, outils publics, et le management d’affaires. Dans le milieu politique, si quelqu’un veut ou a un intérêt à acheter, il devra l’exprimer et ne participera pas à la décision. Dans le business on est face à des règles différentes et à ce stade, je ne sais pas si je dois condamner quoique ce soit. Par contre je trouve que les actionnaires et la Région doivent obtenir toute la clarté avant de se prononcer."

"Les responsables de Nethys ont affirmé que les garanties en matière d’emploi ont été maintenues. Je jugerai sur pièce."

On revient sur le Fonds Providence qui pourrait être tenté par le profit à court terme au détriment de l’emploi et de l’économie wallonne. N’est-ce pas là l’ADN d’un fonds d’investissement? Ne faut-il pas craindre un fiasco industriel? "Comme ministre de l’Emploi, je veux que l’on s’assure que dans les conditions de vente on retrouve des garanties quant au maintien de l’emploi. On parle de 3.000 emplois. Pour l’instant, je ne me peux m’appuyer que sur les informations que je suis dans la presse. Les responsables de Nethys ont donné des informations en affirmant que les garanties en matière d’emploi avaient été maintenues et que c’était la meilleure formule. Je jugerai sur pièce. J’entends les uns et les autres mais ce n’est pas sur cela que nous allons fonder nos décisions. C’est étonnant d’en apprendre plus par la presse que via les actionnaires ou la direction. Nous demandons donc des informations écrites et précises."

Fin du chapitre Nethys! Il est temps de replacer le débat sur les dossiers qui vont la mobiliser ces prochains mois.

Aides à l’emploi prioritaires

Inutile de tourner autour du pot. En tant que ministre de l’Emploi, Christie Morreale hérite du délicat dossier des aides à l’emploi, aussi connu sous le nom APE. Le dossier est éminemment symbolique. La ministre l’a compris. Elle sait qu’elle s’aventure en terrain miné mais n’entend pas se prendre les pieds dans le tapis comme l’a fait son prédécesseur Pierre-Yves Jeholet. "C’est un dossier prioritaire. L’objectif, c’est le maintien de l’emploi. Il faut que le dispositif APE soit simplifié et transparent. Ce dispositif doit servir à la pérennisation de l’emploi et à la politique de l’emploi. On va dégager des marges pour pouvoir soutenir des besoins émergents."

"Je veux être la ministre qui rassemble, qui concerte et puis qui décide."

Pour l’heure, il est difficile de connaître les véritables intentions de la ministre. Ces subsides continueront-ils par exemple à financer les sportifs de haut niveau? "Comme je l’ai dit, c’est le dossier prioritaire. On va concerter. Les auditions qu’on a eues sous la précédente législature vont servir de démarrage. On ne part pas d’une feuille blanche." On ne peut évidemment pas lui reprocher cette prudence alors qu’elle a repris la compétence il y a à peine une semaine. "Le gouvernement maintiendra le volume de l’emploi et les moyens financiers alloués aux APE dont la réforme sera conduite dans le cadre d’une concertation avec les acteurs… C’est bien pour l’emploi que cela va servir. Ce n’est pas une subvention. C’est évident." Affaire à suivre donc…

Derrière cette réforme, il faut voir en filigrane la volonté du gouvernement d’augmenter le taux d’emploi de 5% d’ici la fin de la législature ou même de pousser la Wallonie vers le plein-emploi d’ici 2030. Christie Morreale détaille ici sa méthodologie. "Je veux être la ministre qui rassemble, qui concerte et puis qui décide. Je vais très rapidement rencontrer les interlocuteurs en matière d’emploi et ainsi que les partenaires sociaux. C’est mon marqueur! Je l’ai fait comme députée et je veux continuer à travailler de cette manière comme ministre. Cela ne veut pas dire que je vais me dérober lors de la décision finale. Je ne viens pas avec des dogmes mais avec une feuille de route. Il faut croiser les demandes des entreprises qui recherchent de l’emploi avec les opérateurs dans la formation et la remise à l’emploi."

Inspiration bruxelloise

Le chantier passera par la création de garanties pour les jeunes ou l’installation de zones zéro chômeur longue durée. "On veut donner un soutien aux personnes éloignées du marché de l’emploi tout comme aux jeunes. C’est un marqueur de ma formation politique. Il faut mettre l’accent sur ces deux groupes de gens. Actiris à Bruxelles a créé un dispositif qui marche très bien au niveau de la garantie jeune. Je vais d’ailleurs rencontrer Gregor Chapelle (le patron d’Actiris, NDLR) la semaine prochaine pour qu’il me l’explique. On a mis dans la Déclaration de politique régionale (DPR) que dans les 4 mois qui suivent sa sortie, si un étudiant n’a pas trouvé de boulot, on lui proposera un emploi, une formation ou un stage. Forcément on a des réalités économiques différentes entre Liège et Arlon. Dans le bassin sidérurgique liégeois, on a des quartiers entiers qui ont été des quartiers de travailleurs de Cockerill où le taux de demandeurs d’emploi est énorme. Il faut sortir de cette spirale ces personnes éloignées de l’emploi. Il faut leur donner des perspectives ainsi qu’à leurs enfants. Comment? En leur proposant une première formation d’insertion. Dans le bas d’Ougrée, les gens sont sortis du radar. Comme progressiste, c’est quelque chose d’inenvisageable. Il faut aller les chercher, les former. Mais il ne faut pas s’arrêter à mi-chemin après leur formation d’insertion en se disant qu’on a fini notre travail. Il faut poursuivre le parcours jusqu’à ce qu’ils décrochent un emploi."

"Je n’ai pas de souci à ce qu’on travaille avec le privé dans les maisons de repos mais pas à n’importe quel prix."

Pour gagner ce combat face au chômage, la ministre sait qu’elle va avoir besoin des entreprises. "Chacun doit faire des pas les uns envers les autres. Le Forem doit avoir un rôle de guichet mais pas uniquement. Il faut s’ouvrir au monde de l’entreprise. Mais cette ouverture doit venir de part et d’autre. J’ai rencontré des entreprises qui voulaient des travailleurs clés sur porte. Cela, ce n’est pas possible. Il faut sortir de cette logique."

Derrière l’enjeu de l’emploi et de la formation, il y a aussi les boules puantes qu’héritent les ministres. Pour Christie Morreale, c’est par exemple la réforme hospitalière. Pour faire court, les hôpitaux wallons doivent se mettre en réseaux, c’est-à-dire mener des rapprochements entre institutions publiques et privées d’ici la fin de l’année. C’est une exigence du fédéral. Il y a urgence car sans réseau, les hôpitaux wallons pourraient perdre leur financement fédéral en 2020. Le problème? À ce jour il n’y a aucun consensus politique, et donc aucun décret qui encadre juridiquement ces fusions. "C’est un dossier important et c’est de la tuyauterie institutionnelle qu’il faudra régler avec le Fédéral. Cela fait une semaine que je suis ministre et j’ai toutes les directions hospitalières qui ont pris contact avec mon cabinet pour demander des rencontres. On va les voir." Une demande de report n’est donc pas exclue. "On verra bien. Je souhaite avoir la pleine vision sur le dossier avant de dire que je veux un report ou pas."

Femme de convictions, elle assume à 100% l’abandon du projet d’assurance autonomie. "C’était un forfait unique pour tout le monde, on trouvait que c’était injuste." Pour s’occuper des personnes âgées, elle le dit: "Il faudra faire preuve d’innovation comme par exemple l’installation de maisons médicales par quartier ou en préparant la sortie des hôpitaux via des maisons de convalescence… Tout cela est à créer. Peut-être qu’il y a aussi des moyens financiers à revoir. La DPR prévoit qu’on travaille sur une régulation des tarifs dans les maisons de repos avec un plafond. Je n’ai pas de souci à ce qu’on travaille avec le privé dans les maisons de repos mais pas à n’importe quel prix car il y a toute la question de l’accessibilité qui se pose pour le citoyen. Il faut par ailleurs être plus innovant et sortir de la vision de l’hébergement à 100%. Cela veut dire aussi que ce n’est pas le même prix non plus. Ce sera moins cher pour les citoyens et la collectivité."

Bref, de beaux débats en perspective…

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